Traité Théologico-Politique de Spinoza
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- | "En conséquence, je décidais d'examiner l'Ecriture avec un esprit neuf. "( P.14 ligne 239 | + | "'''En conséquence, je décidais d'examiner l'Ecriture avec un esprit neuf.''' "( P.14 ligne 239) |
Spinoza élabore quelques principes de lecture des textes sacrés. | Spinoza élabore quelques principes de lecture des textes sacrés. | ||
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Spinoza sépare religion et philosophie et leur assigne deux domaines distincts. on rencontre deux formules : | Spinoza sépare religion et philosophie et leur assigne deux domaines distincts. on rencontre deux formules : | ||
- | « L'Ecriture laisse la raison absolument libre et elle n'a rien de commun avec la philosophie, mais l'une et l'autre se tiennent chacune sur leur propre terrain. » | + | '''« L'Ecriture laisse la raison absolument libre et elle n'a rien de commun avec la philosophie, mais l'une et l'autre se tiennent chacune sur leur propre terrain. »'''(Lignes 280-283) |
- | « La connaissance révélée n'a d'autre objet que l'obéissance, et est entièrement distincte de la connaissance naturelle, tant par son objet que par ses fondements et ses moyens » ( P.15 ligne 280 ) | + | |
+ | '''« La connaissance révélée n'a d'autre objet que l'obéissance, et est entièrement distincte de la connaissance naturelle, tant par son objet que par ses fondements et ses moyens » ( P.15 ligne 280 )''' | ||
Dans le TTP, Spinoza se préoccupe de ménager une place pour la philosophie, qui repose sur la raison naturelle, à côté de la religion (connaissance révélée), puisqu'il réclame la liberté d'opinion. | Dans le TTP, Spinoza se préoccupe de ménager une place pour la philosophie, qui repose sur la raison naturelle, à côté de la religion (connaissance révélée), puisqu'il réclame la liberté d'opinion. | ||
Quel sens assigne-t-il au texte sacré ? Ce sont des hommes, situés dans un contexte particulier, avec leur langue, leur tempérament qui les ont écrit. (Textes écrits en Hébreu du 10ème au 5eme siècle, traduits en grec au 2eme siècle par les Septantes, les textes chrétiens du Nouveau Testament sont en grec. La Vulgate est la traduction latine du 5e siècle. | Quel sens assigne-t-il au texte sacré ? Ce sont des hommes, situés dans un contexte particulier, avec leur langue, leur tempérament qui les ont écrit. (Textes écrits en Hébreu du 10ème au 5eme siècle, traduits en grec au 2eme siècle par les Septantes, les textes chrétiens du Nouveau Testament sont en grec. La Vulgate est la traduction latine du 5e siècle. | ||
+ | "Cette pensée divine a été enseignée dans l'Ecriture selon la capacité de compréhension et les opinions de ceux auxquels les prophètes avaient l'habitude de prêcher cette parole de Dieu" (Ligne 296-298). L'Ecriture s'adressait à des ignorants et s'adaptait à leur facultés de compréhension. | ||
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- | Spinoza considère que dans la Bible se trouvent des prescriptions concernant le bien temporel d'un état. Moïse a instauré une théocratie(vers 1300 avant JC) pour obtenir l'obéissance d'hommes vivant au niveau de l'imagination. Pour que les juifs accomplissent leur devoir de leur plein gré, il a introduit la religion dans l'état. et donné aux lois civiles l'autorité de lois religieuses. L'état s `appuie sur la dévotion, d'où les ordres concernant les rites, les sacrifices. « La religion a été donnée aux juifs comme une loi écrite parce qu'alors ils étaient comme des enfants. » L'obéissance à l'état prend l'apparence de l'obéissance à Dieu. C'est pour cette raison que Spinoza écrit : « La connaissance révélée n'a d'autre objet que l'obéissance. » | + | <u>Spinoza considère que dans la Bible se trouvent des prescriptions concernant le bien temporel d'un état</u>. Moïse a instauré une théocratie(vers 1300 avant JC) pour obtenir l'obéissance d'hommes vivant au niveau de l'imagination. Pour que les juifs accomplissent leur devoir de leur plein gré, il a introduit la religion dans l'état. et donné aux lois civiles l'autorité de lois religieuses. L'état s `appuie sur la dévotion, d'où les ordres concernant les rites, les sacrifices. « La religion a été donnée aux juifs comme une loi écrite parce qu'alors ils étaient comme des enfants. » L'obéissance à l'état prend l'apparence de l'obéissance à Dieu. C'est pour cette raison que Spinoza écrit : « La connaissance révélée n'a d'autre objet que l'obéissance. » |
L'écriture ne contient que des enseignements simples, elle ne combat pas l'ignorance, mais l'insoumission. | L'écriture ne contient que des enseignements simples, elle ne combat pas l'ignorance, mais l'insoumission. | ||
- | "J'ai compris que les lois révélées par Dieu à Moïse n'étaient rien d'autre que le droit propre à l'état des Hébreux, et que par suite, personne n'était contraint de les accepter, sauf eux. "( P.15 ligne 260) | + | '''"J'ai compris que les lois révélées par Dieu à Moïse n'étaient rien d'autre que le droit propre à l'état des Hébreux, et que par suite, personne n'était contraint de les accepter, sauf eux. "( P.15 ligne 260)''' |
- | Mais, dans la Bible, il y a aussi un enseignement purement moral. La seule connaissance que Dieu, par l'intermédiaire des prophètes ait exigé de tous sans distinction et dont nul ne saurait être dispensé, est l'obéissance à des lois de justice et de charité. | + | <u>Mais, dans la Bible, il y a aussi un enseignement purement moral</u>. La seule connaissance que Dieu, par l'intermédiaire des prophètes ait exigé de tous sans distinction et dont nul ne saurait être dispensé, est l'obéissance à des lois de justice et de charité. |
On peut se demander ici s'il convient de distinguer vraiment connaissance par raison naturelle et connaissance révélée. | On peut se demander ici s'il convient de distinguer vraiment connaissance par raison naturelle et connaissance révélée. | ||
- | "J'ai voulu chercher si la religion universelle, c'est à dire, la loi divine révélée par le prophètes et les apôtres à tout le genre humain était autre que celle qu'enseigne aussi la lumière naturelle" (Ligne 268) | + | '''"J'ai voulu chercher si la religion universelle, c'est à dire, la loi divine révélée par le prophètes et les apôtres à tout le genre humain était autre que celle qu'enseigne aussi la lumière naturelle" (Ligne 268)''' |
Spinoza considère que la parole de Dieu est divinement inscrite au cœur de l'homme c'est à dire dans la pensée humaine. La parole de Dieu est au fondement de l'Ancien et du Nouveau Testament, et elle ne se perdrait pas même si les textes sacrés étaient détruits. (Ils sont de l'encre sur du papier) Elle peut se retrouver sans leur secours. La connaissance naturelle émane de Dieu, Dieu parle dans la raison du sage, et elle peut être tenue pour une révélation ou une prophétie. « La connaissance naturelle a autant que n'importe quelle autre le droit de s'appeler divine car elle nous vient en quelque sorte sous la pression de la nature divine, et dans la mesure où nous y participons. Du point de vue de la certitude et de la source d'où elle provient, la connaissance naturelle n'est inférieure en rien à la connaissance prophétique. »( De la connaissance prophétique P. 32) | Spinoza considère que la parole de Dieu est divinement inscrite au cœur de l'homme c'est à dire dans la pensée humaine. La parole de Dieu est au fondement de l'Ancien et du Nouveau Testament, et elle ne se perdrait pas même si les textes sacrés étaient détruits. (Ils sont de l'encre sur du papier) Elle peut se retrouver sans leur secours. La connaissance naturelle émane de Dieu, Dieu parle dans la raison du sage, et elle peut être tenue pour une révélation ou une prophétie. « La connaissance naturelle a autant que n'importe quelle autre le droit de s'appeler divine car elle nous vient en quelque sorte sous la pression de la nature divine, et dans la mesure où nous y participons. Du point de vue de la certitude et de la source d'où elle provient, la connaissance naturelle n'est inférieure en rien à la connaissance prophétique. »( De la connaissance prophétique P. 32) |
Version du 8 mars 2009 à 17:30
Traité théologico- politique de Spinoza
Préface et chapitre XX Références à l'édition Hatier Poche.
Contexte historique
A la fin du 16ème siècle, les Pays bas s'émancipent de la domination espagnole et forment les Provinces Unies Confédéréessous la direction d'un Stadhouder, Guillaume d'Orange. (La paix avec l'Espagne est réellement signée en 1648). Chaque ville est gérée par un conseil municipal : "Les Régents"Dans chaque province les États Généraux sont présidés par un pensionnaire. L'union a à sa tête un Grand Pensionnaire. La tolérance est proclamée : nul ne peut être inquiété pour des opinions religieuses. Au Chapitre XX du TTP, Spinoza écrit : "La ville d'Amsterdam a expérimenté les bienfaits d'une telle liberté. "A Amsterdam, la religion officielle est le protestantisme, mais il y a des catholiques et une communauté juive, "marranes" venus d'Espagne". (Spinoza Bento- Baruch)Le mariage civil existe. La communauté juive joue un rôle important, plus intellectuel qu'économique, par sa connaissance de l'hébreu et des textes bibliques. Les fluctuations de la situation politique altèrent cependant la liberté religieuse. Un herem (sentence d'exclusion)est prononcé contre Spinoza par la communauté juive en 1656.IL n'est pas placardé avant 1661, car les Régents ne se pressent pas de le diffuser. Spinoza quitte Amsterdam en 1661.Il vit en taillant des verres de lunettes ( les savants de l'époque sont tous passionnés par la Dioptrique de descartes.) A partir de 1665 commence la guerre contre l' Angleterre. La Hollande est envahie par les armées de l'Angleterre, de Louis XIV et de certains états Allemands.Vers 1670 Spinoza vit à La Haye, il rédige l'Ethique et le TTP. La population de La Haye ameutée par les Orangistes assassine les frères De Witt. (J de Witt, grand pensionnaire). Guillaume d'Orange est proclamé souverain de Hollande en 1672. Le régime républicain est aboli les consistoires religieux(pasteurs protestants et parnassim juif ) poussent Guillaume et les autorités judiciaires des états de Hollande à interdire et à saisir en 1674 le TTP (publié en 1670 et déjà poursuivi)Spinoza avait sans doute été protégé par la tolérance des frères De Witt..Entre 1670 et 1677, Spinoza rédige le Traité Politique qui demeure inachevé. Spinoza meurt en 1677. En 1678, les Oeuvres Posthumes sont interdites. Malgre l'interdiction, plusieurs éditions paraissent avant 1680. Spinoza a donc fait l'expérience de la relative liberté religieuse de la République de Hollande, alors qu'il était issu lui même d'une communauté persécutée pour ses opinions religieuses en Espagne et au Portugal. Il connait aussi les conséquences redoutables pour la liberté de penser des liens qui peuvent unir un pouvoir politique (les orangistes ) et une religion (les calvinistes)
5 grands points pour faciliter la lecture
La racine de la superstition, c'est la crainte. Analyse de la superstition P.6 et 7
"Condamnés par leur désir immodéré des biens incertains du sort à flotter misérablement entre l'espoir et la crainte" P.6 . La cause qui fait naître la superstition, qui la conserve, l'alimente, c'est la crainte. Elle ne naît pas de la raison, mais de la seule passion. La superstition est une forme inférieure de religion fondée sur la crainte, qui prend donc sa racine dans des passions et est liée aux limites de la connaissance humaine. Pour l'expliquer, il faut en trouver les mobiles psychologiques et montrer en quoi elle s'appuie sur des erreurs intellectuelles. L'homme vit dans un état d'impuissance relative, il ne se connait pas comme une partie de la totalité de la nature, il se prend pour "un empire dans un empire" et il ignore les causes qui produisent les événements. Il a donc des désirs immodérés (immortalité par exemple) et flotte entre l'espoir et la crainte. Les malheurs décuplent ses craintes (exemple d'Alexandre)
A relier à la critique de l' Appendice de la première partie de l'Ethique.
Les hommes construisent une conception finaliste du monde, parce qu'eux mêmes agissent en vue de fins et s'étant donné une volonté libre, ils imaginent des dieux ou un Dieu doté d'une volonté libre et agissant en vue de fins qu'ils essaient de fléchir. Comme ils font l'expérience de l'inadéquation de la nature à leurs désirs, ils inventent des idées de châtiments et de récompenses et multiplient leur peur. Les hommes sont superstitieux parce qu'au lieu de connaître, ils imaginent. L'imagination renvoie à une forme de connaissance inadéquate, mutilée, confuse, et elle traduit l'existence en l'homme de désirs. "Ils forgent d'innombrables fictions"
L'imagination superstitieuse est dangereuse parce que la superstition est aussi imposée par les régimes politiques qui manipulent la crainte et les espoirs des hommes et font passer leur pouvoir pour sacré. Spinoza fait la critique de l'utilisation politique de la superstition. (Marx, dans Le " Manuscrit de 44 " commente le TTP
Fonction politique de la superstition
P.8 Ligne 72 : "Les devins n'ont jamais autant régné sur la foule" P.9 "Rien n'est plus efficace pour gouverner la multitude que la superstition"
"Le grand secret du régime monarchique et son intérêt majeur est de tromper les hommes, et de masquer, du nom spécieux de religion, la crainte par où ils doivent être maîtrisés" ( P.10 Ligne 111)
La liberté de penser peut et doit être accordée dans l'état."C'est là la thèse principale que j'ai entrepris de démontrer dans ce traité " P.11
Spinoza fait une critique de la Monarchie et trace les lignes directrices d'une démocratie. Il faut distinguer l'ordre politique de toute autorité qui aurait la forme d'une autorité religieuse et se prétendrait sacrée. La question de la tolérance religieuse dans une démocratie se pose alors.
"Les hommes combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut. "
Pourquoi les hommes en viennent-ils là. Pourquoi l'ordre politique s' auto-détruit-il constamment ? La cité devrait être le lieu on les hommes prennent en charge leur destinée au lieu de cela, ils construisent un trône et n'ont de cesse de donner leur assentiment au pouvoir.Ces pouvoirs politiques sont appuyés sur des pouvoirs religieux et ainsi naissent les guerres civiles . Spinoza a connu en Hollande des luttes politiques appuyées sur des luttes religieuses (les Orangistes s'appuient sur les calvinistes et les Régents sur les Remontrants issus d'un schisme du catholicisme).Le peuple se range du coté des monarchistes "Ils combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut." (texte écrit deux ans avant l'assassinat des frères De Witt) Pourquoi l'ordre politique s'auto - détruit il en la faveur d'un pouvoir religieux? Quel régime politique éviterait ces problèmes? (Ligne 119) "des lois ont été établies sur des questions spéculatives" Le pouvoir politique se lie à certaines opinions religieuses;et toutes les opinions autres sont persécutées.
L'idée de libre République.
Spinoza en vient à poser qu'il faut un état non religieux et tolérant à l'égard des religions. L'autorité politique doit contrôler les actions, mais ne doit pas poser de lois concernant les opinions.La liberté d'expression doit être favorisée au maximum.Le but d'une libre République est de faire vivre les hommes sous la conduite de la raison et non de les asservir aux préjugés. Les pouvoirs politiques n'aiment pas accorder la liberté de penser parce qu'ils craignent les séditions. celle-ci(soulèvements, révoltes contre l'autorité établie) peuvent être évitées si les idées circulent librement sans jamais se traduire en actes de désobéissance. Mais il faut évidemment que le débat d' idées soit rationnel.Les religions ne doivent pas user de cette liberté pour inciter à la haine et engendrer des conflits.(P.11) Les religions doivent être débarrassées de leurs aspects irrationnels.( Au XVIII ème siècle, Kant en appellera à la création d'un espace public de débats entre intellectuels éclairés.)
Spinoza entreprend alors de faire une critique de la religion en montrant comment la religion a pu être pervertie
P.11 Ligne 143 .
Pour cela il a été nécessaire d'indiquer en premier lieu ce qui a fait dégénérer les religions. Il faut analyser les préjugés qui concernent la religion et les préjugés qui concernent la politique.
Le comportement des hommes religieux - toutes religions confondues - est loin d'être vertueux."Il est plus facile de connaitre la foi de chacun par les exactions, que par les précédentes vertus".
On veut s'emparer des charges sacerdotales pour le pouvoir qu'elles procurent. Les autorités sacerdotales perverties ne cherchent qu'à répandre la superstition pour mieux gouverner.
Les religieux cherchent à se faire admirer pour leurs qualités rhétoriques,au lieu d'enseigner leur foi.
Spinoza critique les théologiens préoccupés de faire des synthèses de leur religion avec Platon ou Aristote .(ST Thomas 1227-1272) - (Maïmonide 1135-1204 savant et philosophe juif, qui a tenté de concilier Aristote et le Bible).Les querelles entre religions viennent de ces spéculations, les partisans de tel ou tel docteur s'affrontent.
Il critique le manque de rationalité dans l'approche de la religion.On admire surtout les mystères des Écritures.On déteste la raison.(ligne 110) Sur l'écriture : "on proclame qu'elle est partout vraie et divine".(P.13 Ligne 222) Spinoza refuse de s'en tenir à la lettre du texte.(voir plus loin) et invite à une meilleure lecture des textes
Quelques principes de lecture des textes sacrés.
"En conséquence, je décidais d'examiner l'Ecriture avec un esprit neuf. "( P.14 ligne 239)
Spinoza élabore quelques principes de lecture des textes sacrés. Chacun peut se servir de sa raison pour lire l'Ecriture et ne doit pas se soumettre à la lettre du texte, c'est à dire pour Spinoza, se soumettre à ceux qui savent lire, les théologiens ). Au 17ème siècle, il était interdit aux catholiques de lire la Bible seuls,les juifs se référaient aux commentaires talmudistes. Les protestants font de la Bible une lecture personnelle, mais ne mettent pas en question son caractère révélé. Spinoza remet en question l'idée de révélation et veut faire une exégèse scientifique des textes sacrés. "Comprendre l'Ecriture par elle même ", c'est en faire une critique historique, comme l'historien moderne fait une critique de document.
Spinoza sépare religion et philosophie et leur assigne deux domaines distincts. on rencontre deux formules : « L'Ecriture laisse la raison absolument libre et elle n'a rien de commun avec la philosophie, mais l'une et l'autre se tiennent chacune sur leur propre terrain. »(Lignes 280-283)
« La connaissance révélée n'a d'autre objet que l'obéissance, et est entièrement distincte de la connaissance naturelle, tant par son objet que par ses fondements et ses moyens » ( P.15 ligne 280 )
Dans le TTP, Spinoza se préoccupe de ménager une place pour la philosophie, qui repose sur la raison naturelle, à côté de la religion (connaissance révélée), puisqu'il réclame la liberté d'opinion.
Quel sens assigne-t-il au texte sacré ? Ce sont des hommes, situés dans un contexte particulier, avec leur langue, leur tempérament qui les ont écrit. (Textes écrits en Hébreu du 10ème au 5eme siècle, traduits en grec au 2eme siècle par les Septantes, les textes chrétiens du Nouveau Testament sont en grec. La Vulgate est la traduction latine du 5e siècle. "Cette pensée divine a été enseignée dans l'Ecriture selon la capacité de compréhension et les opinions de ceux auxquels les prophètes avaient l'habitude de prêcher cette parole de Dieu" (Ligne 296-298). L'Ecriture s'adressait à des ignorants et s'adaptait à leur facultés de compréhension.
Spinoza considère que dans la Bible se trouvent des prescriptions concernant le bien temporel d'un état. Moïse a instauré une théocratie(vers 1300 avant JC) pour obtenir l'obéissance d'hommes vivant au niveau de l'imagination. Pour que les juifs accomplissent leur devoir de leur plein gré, il a introduit la religion dans l'état. et donné aux lois civiles l'autorité de lois religieuses. L'état s `appuie sur la dévotion, d'où les ordres concernant les rites, les sacrifices. « La religion a été donnée aux juifs comme une loi écrite parce qu'alors ils étaient comme des enfants. » L'obéissance à l'état prend l'apparence de l'obéissance à Dieu. C'est pour cette raison que Spinoza écrit : « La connaissance révélée n'a d'autre objet que l'obéissance. »
L'écriture ne contient que des enseignements simples, elle ne combat pas l'ignorance, mais l'insoumission.
"J'ai compris que les lois révélées par Dieu à Moïse n'étaient rien d'autre que le droit propre à l'état des Hébreux, et que par suite, personne n'était contraint de les accepter, sauf eux. "( P.15 ligne 260)
Mais, dans la Bible, il y a aussi un enseignement purement moral. La seule connaissance que Dieu, par l'intermédiaire des prophètes ait exigé de tous sans distinction et dont nul ne saurait être dispensé, est l'obéissance à des lois de justice et de charité.
On peut se demander ici s'il convient de distinguer vraiment connaissance par raison naturelle et connaissance révélée. "J'ai voulu chercher si la religion universelle, c'est à dire, la loi divine révélée par le prophètes et les apôtres à tout le genre humain était autre que celle qu'enseigne aussi la lumière naturelle" (Ligne 268)
Spinoza considère que la parole de Dieu est divinement inscrite au cœur de l'homme c'est à dire dans la pensée humaine. La parole de Dieu est au fondement de l'Ancien et du Nouveau Testament, et elle ne se perdrait pas même si les textes sacrés étaient détruits. (Ils sont de l'encre sur du papier) Elle peut se retrouver sans leur secours. La connaissance naturelle émane de Dieu, Dieu parle dans la raison du sage, et elle peut être tenue pour une révélation ou une prophétie. « La connaissance naturelle a autant que n'importe quelle autre le droit de s'appeler divine car elle nous vient en quelque sorte sous la pression de la nature divine, et dans la mesure où nous y participons. Du point de vue de la certitude et de la source d'où elle provient, la connaissance naturelle n'est inférieure en rien à la connaissance prophétique. »( De la connaissance prophétique P. 32)
Spinoza utilise pourtant sa raison pour lire les textes sacrés. Il les lit en particulier à la lumière de la physique de Descartes. En ce qui concerne les prophètes, ils sont les moyens par lesquels Dieu révèle ce qui dépasse la raison naturelle. On dit donc bien qu'une sorte de connaissance dépasse la raison naturelle. Cependant Spinoza admet que beaucoup de prophètes ont été dépassés par le sens de la révélation qu'ils recevaient et n'en ont pas compris le sens. Comment éviter alors de faire appel à une critique d'ordre rationnel. Isaïe ignore les parhélies et croit que Dieu a arrêté pour Josué le soleil dans le ciel. Le prophète ignorant les lois physiques n'a pas compris ce dont il était témoin. Quant aux miracles, Spinoza les nie. Il s'agit de réfuter l'opinion du vulgaire qui pense que la puissance et la providence de Dieu n'apparaissent jamais plus clairement que lorsqu'il semble arriver dans la nature quelque chose d'insolite. Dieu ne viole jamais l'ordre naturel. Spinoza utilise sa raison pour comprendre l'écriture. Il dit que la vérité ne saurait s'opposer à la vérité. L'Ecriture bien comprise doit être conforme à la raison.