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La lettre à Ménécée d'Epicure

(Différences entre les versions)
(La fin de la vie : le bonheur. Le bonheur est à rechercher ici et maintenant)
(La thérapeutique des craintes.)
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Jeunes et vieux ne sont pas à égalité devant le bonheur. Le jeune homme se trouve devant un avenir incertain et craint l’avenir. Le vieillard, s’il a bien vécu peut être aussi bienheureux grâce à la mémoire qui lui permet de puiser dans ses souvenirs heureux comme dans une réserve de bonheur. Le plaisir ancien est principe d’autres plaisirs, ce qui permet par exemple au vieillard de lutter contre les douleurs présentes.
Jeunes et vieux ne sont pas à égalité devant le bonheur. Le jeune homme se trouve devant un avenir incertain et craint l’avenir. Le vieillard, s’il a bien vécu peut être aussi bienheureux grâce à la mémoire qui lui permet de puiser dans ses souvenirs heureux comme dans une réserve de bonheur. Le plaisir ancien est principe d’autres plaisirs, ce qui permet par exemple au vieillard de lutter contre les douleurs présentes.
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===La thérapeutique des craintes.===
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==La thérapeutique des craintes==
Epicure voit dans les fausses croyances la racine de toutes les servitudes. Les grecs craignent les dieux et ont peur de la mort.
Epicure voit dans les fausses croyances la racine de toutes les servitudes. Les grecs craignent les dieux et ont peur de la mort.
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====La première condition du bonheur comporte la rupture avec la religion. Il ne faut pas craindre les dieux====
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===La première condition du bonheur comporte la rupture avec la religion. Il ne faut pas craindre les dieux===
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'''Bibliographie''' : Marcel Conche : Lucrèce. Editions de Mégare Introduction à Epicure, Lettres et Maximes. PUF Epiméthée.  
'''Bibliographie''' : Marcel Conche : Lucrèce. Editions de Mégare Introduction à Epicure, Lettres et Maximes. PUF Epiméthée.  
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Introduction à Epicure, Lettres et Maximes. PUF Epiméthée.'''
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Introduction à Epicure, Lettres et Maximes. PUF Epiméthée. '''
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La superstition, c’est une frange inférieure de religion, faite d’espoir et de craintes .Le superstitieux pense que des forces surnaturelles interviennent dans la nature et dans sa vie. Il essaye de déchiffrer les signes de cette action. Pensant que les Dieux interviennent pour faire son bonheur ou son malheur, il essaie de ne pas leur déplaire et vit dans l’anxiété.
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La superstition, c’est une frange inférieure de religion, faite d’espoir et de craintes. Le superstitieux pense que des forces surnaturelles interviennent dans la nature et dans sa vie. Il essaye de déchiffrer les signes de cette action. Pensant que les Dieux interviennent pour faire son bonheur ou son malheur, il essaie de ne pas leur déplaire et vit dans l’anxiété.
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Epicure condamne aussi une religion plus savante la religion astrale. Dire que les dieux ont ordonné la nature, c’est aussi incompatible avec leur majesté : ils n’ont pas de souci.
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Epicure condamne aussi une religion plus savante la religion astrale. Dire que les dieux ont ordonné la nature, c’est aussi incompatible avec leur majesté : ils n’ont pas de souci.
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Epicure fonde sa critique de la religion populaire ou savante sur la distinction entre les '''''présomptions fausses ou conjectures trompeuses ''''' au sujet des dieux et les '''''prénotions''''' ou '''''notions communes'''''. La prénotion qu’on a des dieux est évidente et nous fait connaître, sans risque d’erreur (si on n’y ajoute rien) le dieu comme un vivant immortel (incorruptible) et bienheureux. Cette béatitude implique que les dieux ne sauraient avoir la tâche de gouverner le monde.
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Epicure fonde sa critique de la religion populaire ou savante sur la distinction entre les '''''présomptions fausses ou conjectures trompeuses ''''' au sujet des dieux et les '''''prénotions''''' ou '''''notions communes'''''. La prénotion qu’on a des dieux est évidente et nous fait connaître, sans risque d’erreur (si on n’y ajoute rien) le dieu comme un vivant immortel (incorruptible) et bienheureux. Cette béatitude implique que les dieux ne sauraient avoir la tâche de gouverner le monde.
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Comment construit-on une notion commune ? L’épicurisme est un empirisme : toutes notre connaissances proviennent de l’expérience et de l’expérience sensible. Les dieux, et cela surtout s’ils n’interviennent pas dans la nature, peuvent –ils être donnés à nos sens ?
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Comment construit-on une notion commune ? L’épicurisme est un empirisme : toutes notre connaissances proviennent de l’expérience et de l’expérience sensible. Les dieux, et cela surtout s’ils n’interviennent pas dans la nature, peuvent –ils être donnés à nos sens ?
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La notion commune</u> retient les caractères communs à tous les dieux. Il ne s’agit pas de sensation à proprement parler, car les dieux à cause de la nature ténue de leurs simulacres ne sont vus que par la raison.. Les simulacres des dieux ne peuvent être saisis que si l’esprit s’applique à eux. Ils sont donnés à la vision mentale. Elle est plus facile dans le sommeil, lorsque les sens sont silencieux et c’est pour cela sans doute que les hommes acquièrent des notions des dieux par des images reçues dans le sommeil.
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La notion commune< ; /u> ; retient les caractères communs à tous les dieux. Il ne s’agit pas de sensation à proprement parler, car les dieux à cause de la nature ténue de leurs simulacres ne sont vus que par la raison.. Les simulacres des dieux ne peuvent être saisis que si l’esprit s’applique à eux. Ils sont donnés à la vision mentale. Elle est plus facile dans le sommeil, lorsque les sens sont silencieux et c’est pour cela sans doute que les hommes acquièrent des notions des dieux par des images reçues dans le sommeil.
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La notion commune ne contient rien que du donné, et si l’on sait s’en tenir à elle, sans rien ajouter toute confusion est impossible entre ce qui mérite d’être appelé Dieu et ce qui ne mérite pas ce nom.
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La notion commune ne contient rien que du donné, et si l’on sait s’en tenir à elle, sans rien ajouter toute confusion est impossible entre ce qui mérite d’être appelé Dieu et ce qui ne mérite pas ce nom.
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NB La réflexion sur le bonheur menée dans la Lettre a des conditions qui n’y apparaissent pas expressément .Seule la connaissance délivre de la peur. L'éthique a pour fondement une physique matérialiste.
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NB La réflexion sur le bonheur menée dans la Lettre a des conditions qui n’y apparaissent pas expressément. Seule la connaissance délivre de la peur. L'éthique a pour fondement une physique matérialiste.
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'''Le matérialisme antique''' est une vision du monde qui affirme que tout dans la nature est fait de matière à l’exclusion de tout autre principe spirituel. (L’âme humaine est pensée comme matérielle) Tout l'univers est fait de matière et de vide. Les atomes, petites parties insécables de matière tombent dans vide.(Clinamen=déclinaison selon Lucrèce). Les atomes n'ont ni commencement, ni fin. Rien ne naît de rien, ils ont toujours été. Ils sont insécables, ils seront toujours. L'univers est le fruit des combinaisons au hasard des atomes. Seules ces combinaisons se font et se défont. L'univers ne requiert donc pas l'intervention de dieux créateurs et ordonnateurs. Des dieux, on peut seulement dire qu'ils sont matériels, peut être antérieurs à notre monde, mais ils n'interviennent pas dans la nature. Aucune providence bienveillante n’a voulu le monde.
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'''Le matérialisme antique''' est une vision du monde qui affirme que tout dans la nature est fait de matière à l’exclusion de tout autre principe spirituel. (L’âme humaine est pensée comme matérielle) Tout l'univers est fait de matière et de vide. Les atomes, petites parties insécables de matière tombent dans vide. (Clinamen=déclinaison selon Lucrèce). Les atomes n'ont ni commencement, ni fin. Rien ne naît de rien, ils ont toujours été. Ils sont insécables, ils seront toujours. L'univers est le fruit des combinaisons au hasard des atomes. Seules ces combinaisons se font et se défont. L'univers ne requiert donc pas l'intervention de dieux créateurs et ordonnateurs. Des dieux, on peut seulement dire qu'ils sont matériels, peut être antérieurs à notre monde, mais ils n'interviennent pas dans la nature. Aucune providence bienveillante n’a voulu le monde.
Les craintes superstitieuses n'ont pas de raison d’être.
Les craintes superstitieuses n'ont pas de raison d’être.
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"Les dieux sont des vivants immortels et bienheureux. " Cette notion commune doit remplacer les croyances fausses.
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"Les dieux sont des vivants immortels et bienheureux." Cette notion commune doit remplacer les croyances fausses.
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La foule a des opinions fausses sur les dieux parce qu’elle s’en forme une image sur le modèle des hommes et leur prête les passions humaines.
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La foule a des opinions fausses sur les dieux parce qu’elle s’en forme une image sur le modèle des hommes et leur prête les passions humaines.
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"Les dieux sont immortels". Les dieux sont faits d’atomes ; de ces combinaisons d’atomes on peut seulement dire qu’elles durent plus longtemps que les hommes.
"Les dieux sont immortels". Les dieux sont faits d’atomes ; de ces combinaisons d’atomes on peut seulement dire qu’elles durent plus longtemps que les hommes.
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Comment des combinaisons d’atomes peuvent elles être incorruptibles ? Les échanges entre les corps des dieux et le vide peuplé extérieur doivent être équilibrés.
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Comment des combinaisons d’atomes peuvent elles être incorruptibles ? Les échanges entre les corps des dieux et le vide peuplé extérieur doivent être équilibrés.
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"Les dieux sont bienheureux": ils n’entrent pas en contact et n’ont aucun échange avec les systèmes périssables. Les dieux ne participent pas au gouvernement du monde.
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"Les dieux sont bienheureux" : ils n’entrent pas en contact et n’ont aucun échange avec les systèmes périssables. Les dieux ne participent pas au gouvernement du monde.
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Un être bienheureux est en paix, ne désire rien, n'a pas de craintes puisqu’il est incorruptible et n’éprouve pas la crainte de la mort. Les dieux n'ont besoin de rien et surtout pas des hommes, ils n’ont pas voulu le monde, ne l’ont pas crée. Ils ne se fâchent pas, ne connaissent pas la jalousie...etc.
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Un être bienheureux est en paix, ne désire rien, n'a pas de craintes puisqu’il est incorruptible et n’éprouve pas la crainte de la mort. Les dieux n'ont besoin de rien et surtout pas des hommes, ils n’ont pas voulu le monde, ne l’ont pas crée. Ils ne se fâchent pas, ne connaissent pas la jalousie...etc.
Les images de paix et de béatitude qui proviennent des dieux peuvent inspirer notre vie. Nous pouvons prendre pour modèle un être dont la vie est sans troubles.
Les images de paix et de béatitude qui proviennent des dieux peuvent inspirer notre vie. Nous pouvons prendre pour modèle un être dont la vie est sans troubles.
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Epicure continue à participer aux fêtes religieuses, parce qu'elles ont un aspect civique.
Epicure continue à participer aux fêtes religieuses, parce qu'elles ont un aspect civique.
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====Deuxième condition.Il ne faut pas craindre la mort.====  
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===Deuxième condition. Il ne faut pas craindre la mort===
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Epicure combat les mythes relatifs aux enfers
Epicure combat les mythes relatifs aux enfers
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La mort n'est pas d'avantage à redouter, l’âme est matérielle et ne survit pas.(L’éthique est ici encore en relation avec la physique, elle ne se suffit pas à elle-même. Il faut combattre, par la clarté rationnelle la fausse clarté des récits de type religieux.
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La mort n'est pas d'avantage à redouter, l’âme est matérielle et ne survit pas. (L’éthique est ici encore en relation avec la physique, elle ne se suffit pas à elle-même. Il faut combattre, par la clarté rationnelle la fausse clarté des récits de type religieux.
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Qu’est-ce qu’un homme – un grec- craint dans la mort?  
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Qu’est-ce qu’un homme – un grec- craint dans la mort ?
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Quels sont les effets de cette crainte?  
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Quels sont les effets de cette crainte ?
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Comment l’étude de la nature nous en délivre?
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Comment l’étude de la nature nous en délivre ?
Que craint-on en Grèce dans la mort ?
Que craint-on en Grèce dans la mort ?
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On se représente la mort comme une quasi vie, inerte et morne. On craint les châtiments des Dieux : on imagine de grands coupables aux enfers : Sisyphe, Tantale, Tityos) les châtiments frappent plus les imaginations que les récompenses.. Les grecs craignent aussi que le corps n’ait pas de sépulture rituelle, ce qui condamne l’âme à errer toute l’éternité. (En 406 Les stratèges des Iles Arginuses). On craint aussi d’être privé des joies de la vie(ce thème est chez Lucrèce. La crainte de la mort est aussi corrélative du désir d’immortalité).
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On se représente la mort comme une quasi vie, inerte et morne. On craint les châtiments des Dieux : on imagine de grands coupables aux enfers : Sisyphe, Tantale, Tityos) les châtiments frappent plus les imaginations que les récompenses.. Les grecs craignent aussi que le corps n’ait pas de sépulture rituelle, ce qui condamne l’âme à errer toute l’éternité. (En 406 Les stratèges des Iles Arginuses). On craint aussi d’être privé des joies de la vie(ce thème est chez Lucrèce. La crainte de la mort est aussi corrélative du désir d’immortalité).
L’âme malade est celle en laquelle se creuse un désir, un manque perpétuels. Elle ne manque pas réellement d’un certain objet, mais elle se jette en avant d’elle-même, elle place tout dans l’avenir, son existence est oublieuse et ingrate.
L’âme malade est celle en laquelle se creuse un désir, un manque perpétuels. Elle ne manque pas réellement d’un certain objet, mais elle se jette en avant d’elle-même, elle place tout dans l’avenir, son existence est oublieuse et ingrate.
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La physique nous fait connaître la nature de l’âme et de la sensibilité. L’âme est corporelle, elle est faite d’atomes qui à la mort n’étant plus retenus par le corps se dispersent dans tous les sens. Elle comporte une partie rationnelle et une partie irrationnelle.
La physique nous fait connaître la nature de l’âme et de la sensibilité. L’âme est corporelle, elle est faite d’atomes qui à la mort n’étant plus retenus par le corps se dispersent dans tous les sens. Elle comporte une partie rationnelle et une partie irrationnelle.
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Une formule essentielle est à noter : « Tout bien et tout mal résident dans la sensation » Dans le cadre d’un matérialisme, l’homme est d’abord pensé comme un corps. C’est ce corps, par la manière dont il est affecté, qui donne la règle du bien et du mal. Le corps fuit la douleur et recherche le plaisir. (Il n’y a pas d’Idées transcendantes, au sens platonicien, ni de Dieux définissant des tables de la loi.) Pour être plus précis, il faut dire que la sensibilité suppose la conjonction de l'âme et du corps. Le corps ne possède pas en lui-même la sensibilité mais la procure à une autre réalité, l’âme née en même temps que lui. Quand celle -ci se défait, il n'y a plus de sensations. "La mort n'est rien pour nous." La mort est « privation de sensation ». Elle n’est donc pas un mal, car un mal non senti n’est pas un mal ;
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Une formule essentielle est à noter : « Tout bien et tout mal résident dans la sensation » Dans le cadre d’un matérialisme, l’homme est d’abord pensé comme un corps. C’est ce corps, par la manière dont il est affecté, qui donne la règle du bien et du mal. Le corps fuit la douleur et recherche le plaisir. (Il n’y a pas d’Idées transcendantes, au sens platonicien, ni de Dieux définissant des tables de la loi.) Pour être plus précis, il faut dire que la sensibilité suppose la conjonction de l'âme et du corps. Le corps ne possède pas en lui-même la sensibilité mais la procure à une autre réalité, l’âme née en même temps que lui. Quand celle -ci se défait, il n'y a plus de sensations. "La mort n'est rien pour nous. " La mort est « privation de sensation ». Elle n’est donc pas un mal, car un mal non senti n’est pas un mal ;
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Epicure souligne qu’il n’y a jamais pour un individu de conscience de sa mort. La mort ne peut être douloureuse puisque nous n’en aurons jamais conscience. (Elle ne peut nous « affliger quand elle arrive »). La survie après la mort n’existe pas. Il ne faut pas gâcher sa vie en se projetant vers un avenir qui ne nous concerne pas. « Souffrir à l’idée qu’elle arrivera un jour » Ni jugement, ni enfers ne sont à craindre. Il ne faut donc pas obscurcir sa vie en redoutant la mort, mais au contraire apprécier "les joies de la vie éphémère"
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Epicure souligne qu’il n’y a jamais pour un individu de conscience de sa mort. La mort ne peut être douloureuse puisque nous n’en aurons jamais conscience. (Elle ne peut nous « affliger quand elle arrive »). La survie après la mort n’existe pas. Il ne faut pas gâcher sa vie en se projetant vers un avenir qui ne nous concerne pas. « Souffrir à l’idée qu’elle arrivera un jour » Ni jugement, ni enfers ne sont à craindre. Il ne faut donc pas obscurcir sa vie en redoutant la mort, mais au contraire apprécier "les joies de la vie éphémère"
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''Remarque:'' ce texte ne prend pas en compte certains aspects liés à la peur de la mort : peur de souffrir avant de mourir (mais il y a chez Epicure une réflexion sur l’art de gérer sa souffrance,le quadruple remède affirme qu’on peut supporter la douleur), peur de voir mourir ses proches( mais le remède est peut être dans la remémoration.)
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''Remarque : '' ce texte ne prend pas en compte certains aspects liés à la peur de la mort : peur de souffrir avant de mourir (mais il y a chez Epicure une réflexion sur l’art de gérer sa souffrance, le quadruple remède affirme qu’on peut supporter la douleur), peur de voir mourir ses proches( mais le remède est peut être dans la remémoration.)
On peut « jouir de cette vie mortelle » : ne pas faire de contresens, (Ne traduisons pas par le « Carpe Diem » d’Horace) Il ne s’agit pas de se jeter inconsidérément dans une accumulation de plaisirs, parce que la vie est brève mais de trouver le bonheur ici et maintenant.
On peut « jouir de cette vie mortelle » : ne pas faire de contresens, (Ne traduisons pas par le « Carpe Diem » d’Horace) Il ne s’agit pas de se jeter inconsidérément dans une accumulation de plaisirs, parce que la vie est brève mais de trouver le bonheur ici et maintenant.
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Epicure condamne le suicide : « le sage ne fait pas fi de la vie » Tout homme, peut travailler à se rendre heureux, quelques soient ses conditions de vie.
Epicure condamne le suicide : « le sage ne fait pas fi de la vie » Tout homme, peut travailler à se rendre heureux, quelques soient ses conditions de vie.
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NB : Lucrèce complète Epicure en décrivant la difficulté qu’à l’homme lorsqu’il s’agit de penser l’anéantissement de sa conscience. Voir '''<u>De la Nature §3Il montre aussi que certaines passions naissent de la peur de la mort : le souci de la gloire naît du désir de vivre éternellement au moins dans la mémoire des hommes.
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NB : Lucrèce complète Epicure en décrivant la difficulté qu’à l’homme lorsqu’il s’agit de penser l’anéantissement de sa conscience. Voir '''< ; u> ; De la Nature §3Il montre aussi que certaines passions naissent de la peur de la mort : le souci de la gloire naît du désir de vivre éternellement au moins dans la mémoire des hommes.
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===Les conditions positives du bonheur===
===Les conditions positives du bonheur===

Version du 1 février 2009 à 21:58

texte



Le bonheur peut –il être pris pour fin ? (Pour souverain bien) Pour que cela soit possible, il faut être capable de dire ce qu’est le bonheur (son essence) et il faut donner une méthode pour l’atteindre.

Les grecs considèrent en général que le bonheur est paix de l'âme, absence de trouble. Le passionné parait avide, insatiable, jamais comblé. Le désir est illimité. L’homme qui recherche le plaisir (exemple Calliclès dans le Gorgias de Platon) semble voué à l’échec. Il ne sera jamais comblé. L'épicurisme essaie de tracer le chemin d'un bonheur stable. C’est pourtant une philosophie du plaisir, mais il ne faut pas s’y tromper. Epicure cherche à montrer qu’il faut introduire une mesure au plaisir.

La Lettre à Ménécée analyse donc les conditions du bonheur.Elle renvoie toutefois à des présupposés sans lesquels ces conditions ne peuvent pas être remplies : l’étude et la science de la nature.

Epicure est né en 341. Alexandre meurt en 323.Une période de troubles politiques s’ouvre. Les philosophes ont tendance à cesser de vouloir réformer la cité, ils essaient de s'assurer le bien vivre, idéal de la morale hellénique, sans recours extérieur. Epicure élabore une morale, non une politique. Son but est d'une part de délivrer ses contemporains des craintes qui les troublent et d'autre part de leur indiquer le chemin d'un bonheur stable.

Sommaire

La fin de la vie : le bonheur. Le bonheur est à rechercher ici et maintenant

La philosophie est dans le monde grec pensée comme la recherche de la vérité. Epicure subordonne la recherche de la vérité au bonheur. (Si l’on veut philosopher, c’est pour être heureux, c’est à dire « bien vivre ».)

Les grecs accordent une grande importance à l’idée du moment opportun auquel on se livre à une activité. La même activité peut ne pas avoir la même valeur à deux moments de la vie d’un homme.

Traditionnellement, on trouve un débat sur l’âge opportun pour philosopher. Calliclès, dans le < ; u> ; Gorgias< ; /u> ; de Platon, dit à Socrate que la philosophie, c’est bon pour la jeunesse. La jeunesse est la période où l’on est en retrait de l’action ; on peut donc s’investir dans une activité théorique. Par contre l’homme arrivé à la maturité doit agir, et par exemple avoir une activité politique. Il n’est donc plus temps de s’en tenir à la réflexion théorique, de douter, de s’interroger sur les valeurs, cette interrogation risquerait d’empêcher d’agir.

Epicure pense que notre réflexion doit avoir pour fin essentielle le bonheur. Le bonheur est le sens de toutes nos conduites, or, nous ne l’obtenons pas parce que nous en différons la recherche. La philosophie veut donc substituer à une mauvaise méthode pour aller vers le bonheur, une bonne méthode. Il faut modifier profondément notre façon de vivre. Différer de philosopher, ce serait différer d’être heureux. Il faut se convertir au bonheur dès la minute même. Epicure ne croit pas à une survie de l’âme après la mort. Il ne s’agit donc pas de bien vivre en se projetant vers une éternité heureuse. Le bonheur, c’est « ici et maintenant ». Il faut que notre vie soit accomplie à chaque moment.

Epicure critique l’enseignement tel que les sophistes le donnaient par exemple aux jeunes gens. Rhétorique, musique géomètre, ne sont pas utiles au bonheur. Ce serait un trop long détour. Est utile bien sûr la droite philosophie : la philosophie épicurienne. Elle contient le remède qui nous délivre des maux : le quadruple remède. (Tétrapharmakos) C’est un remède de nature philosophique, il ne peut m’être utile que si je me l’administre moi-même.

Jeunes et vieux ne sont pas à égalité devant le bonheur. Le jeune homme se trouve devant un avenir incertain et craint l’avenir. Le vieillard, s’il a bien vécu peut être aussi bienheureux grâce à la mémoire qui lui permet de puiser dans ses souvenirs heureux comme dans une réserve de bonheur. Le plaisir ancien est principe d’autres plaisirs, ce qui permet par exemple au vieillard de lutter contre les douleurs présentes.

La thérapeutique des craintes

Epicure voit dans les fausses croyances la racine de toutes les servitudes. Les grecs craignent les dieux et ont peur de la mort.

La première condition du bonheur comporte la rupture avec la religion. Il ne faut pas craindre les dieux

Bibliographie : Marcel Conche : Lucrèce. Editions de Mégare Introduction à Epicure, Lettres et Maximes. PUF Epiméthée.

Introduction à Epicure, Lettres et Maximes. PUF Epiméthée.

La superstition, c’est une frange inférieure de religion, faite d’espoir et de craintes. Le superstitieux pense que des forces surnaturelles interviennent dans la nature et dans sa vie. Il essaye de déchiffrer les signes de cette action. Pensant que les Dieux interviennent pour faire son bonheur ou son malheur, il essaie de ne pas leur déplaire et vit dans l’anxiété.

Epicure condamne aussi une religion plus savante la religion astrale. Dire que les dieux ont ordonné la nature, c’est aussi incompatible avec leur majesté : ils n’ont pas de souci.

Epicure fonde sa critique de la religion populaire ou savante sur la distinction entre les présomptions fausses ou conjectures trompeuses au sujet des dieux et les prénotions ou notions communes. La prénotion qu’on a des dieux est évidente et nous fait connaître, sans risque d’erreur (si on n’y ajoute rien) le dieu comme un vivant immortel (incorruptible) et bienheureux. Cette béatitude implique que les dieux ne sauraient avoir la tâche de gouverner le monde.

Comment construit-on une notion commune ? L’épicurisme est un empirisme : toutes notre connaissances proviennent de l’expérience et de l’expérience sensible. Les dieux, et cela surtout s’ils n’interviennent pas dans la nature, peuvent –ils être donnés à nos sens ? < ; u> ; La notion commune< ; /u> ; retient les caractères communs à tous les dieux. Il ne s’agit pas de sensation à proprement parler, car les dieux à cause de la nature ténue de leurs simulacres ne sont vus que par la raison.. Les simulacres des dieux ne peuvent être saisis que si l’esprit s’applique à eux. Ils sont donnés à la vision mentale. Elle est plus facile dans le sommeil, lorsque les sens sont silencieux et c’est pour cela sans doute que les hommes acquièrent des notions des dieux par des images reçues dans le sommeil.

La notion commune ne contient rien que du donné, et si l’on sait s’en tenir à elle, sans rien ajouter toute confusion est impossible entre ce qui mérite d’être appelé Dieu et ce qui ne mérite pas ce nom.

NB La réflexion sur le bonheur menée dans la Lettre a des conditions qui n’y apparaissent pas expressément. Seule la connaissance délivre de la peur. L'éthique a pour fondement une physique matérialiste.

Le matérialisme antique est une vision du monde qui affirme que tout dans la nature est fait de matière à l’exclusion de tout autre principe spirituel. (L’âme humaine est pensée comme matérielle) Tout l'univers est fait de matière et de vide. Les atomes, petites parties insécables de matière tombent dans vide. (Clinamen=déclinaison selon Lucrèce). Les atomes n'ont ni commencement, ni fin. Rien ne naît de rien, ils ont toujours été. Ils sont insécables, ils seront toujours. L'univers est le fruit des combinaisons au hasard des atomes. Seules ces combinaisons se font et se défont. L'univers ne requiert donc pas l'intervention de dieux créateurs et ordonnateurs. Des dieux, on peut seulement dire qu'ils sont matériels, peut être antérieurs à notre monde, mais ils n'interviennent pas dans la nature. Aucune providence bienveillante n’a voulu le monde. Les craintes superstitieuses n'ont pas de raison d’être.

"Les dieux sont des vivants immortels et bienheureux. " Cette notion commune doit remplacer les croyances fausses.

La foule a des opinions fausses sur les dieux parce qu’elle s’en forme une image sur le modèle des hommes et leur prête les passions humaines.

"Les dieux sont immortels". Les dieux sont faits d’atomes ; de ces combinaisons d’atomes on peut seulement dire qu’elles durent plus longtemps que les hommes.

Comment des combinaisons d’atomes peuvent elles être incorruptibles ? Les échanges entre les corps des dieux et le vide peuplé extérieur doivent être équilibrés.

"Les dieux sont bienheureux" : ils n’entrent pas en contact et n’ont aucun échange avec les systèmes périssables. Les dieux ne participent pas au gouvernement du monde.

Un être bienheureux est en paix, ne désire rien, n'a pas de craintes puisqu’il est incorruptible et n’éprouve pas la crainte de la mort. Les dieux n'ont besoin de rien et surtout pas des hommes, ils n’ont pas voulu le monde, ne l’ont pas crée. Ils ne se fâchent pas, ne connaissent pas la jalousie...etc. Les images de paix et de béatitude qui proviennent des dieux peuvent inspirer notre vie. Nous pouvons prendre pour modèle un être dont la vie est sans troubles.

Epicure combat les mythes relatifs aux enfers

Epicure continue à participer aux fêtes religieuses, parce qu'elles ont un aspect civique.

Deuxième condition. Il ne faut pas craindre la mort

Epicure combat les mythes relatifs aux enfers

La mort n'est pas d'avantage à redouter, l’âme est matérielle et ne survit pas. (L’éthique est ici encore en relation avec la physique, elle ne se suffit pas à elle-même. Il faut combattre, par la clarté rationnelle la fausse clarté des récits de type religieux.

Qu’est-ce qu’un homme – un grec- craint dans la mort ? Quels sont les effets de cette crainte ? Comment l’étude de la nature nous en délivre ?

Que craint-on en Grèce dans la mort ? On se représente la mort comme une quasi vie, inerte et morne. On craint les châtiments des Dieux : on imagine de grands coupables aux enfers : Sisyphe, Tantale, Tityos) les châtiments frappent plus les imaginations que les récompenses.. Les grecs craignent aussi que le corps n’ait pas de sépulture rituelle, ce qui condamne l’âme à errer toute l’éternité. (En 406 Les stratèges des Iles Arginuses). On craint aussi d’être privé des joies de la vie(ce thème est chez Lucrèce. La crainte de la mort est aussi corrélative du désir d’immortalité).

L’âme malade est celle en laquelle se creuse un désir, un manque perpétuels. Elle ne manque pas réellement d’un certain objet, mais elle se jette en avant d’elle-même, elle place tout dans l’avenir, son existence est oublieuse et ingrate.

Quels effets a la crainte de la mort ?

Le souci, l’inquiétude, la préoccupation anxieuse ; La vie se passe dans un perpétuel affairement (le divertissement- dira Pascal) Des passions fondamentales sont issues de la crainte de la mort : les honneurs l’argent la richesse ne sont pas vraiment recherchés pour eux-mêmes, mais parce qu’on croit qu’ils constituent une sécurité. On recherche aussi la gloire parce qu’on pense trouver une pseudo immortalité dans la mémoire des hommes

Comment l’étude de la nature nous délivre-t- elle de la crainte ?

La physique nous fait connaître la nature de l’âme et de la sensibilité. L’âme est corporelle, elle est faite d’atomes qui à la mort n’étant plus retenus par le corps se dispersent dans tous les sens. Elle comporte une partie rationnelle et une partie irrationnelle.

Une formule essentielle est à noter : « Tout bien et tout mal résident dans la sensation » Dans le cadre d’un matérialisme, l’homme est d’abord pensé comme un corps. C’est ce corps, par la manière dont il est affecté, qui donne la règle du bien et du mal. Le corps fuit la douleur et recherche le plaisir. (Il n’y a pas d’Idées transcendantes, au sens platonicien, ni de Dieux définissant des tables de la loi.) Pour être plus précis, il faut dire que la sensibilité suppose la conjonction de l'âme et du corps. Le corps ne possède pas en lui-même la sensibilité mais la procure à une autre réalité, l’âme née en même temps que lui. Quand celle -ci se défait, il n'y a plus de sensations. "La mort n'est rien pour nous. " La mort est « privation de sensation ». Elle n’est donc pas un mal, car un mal non senti n’est pas un mal ;

Epicure souligne qu’il n’y a jamais pour un individu de conscience de sa mort. La mort ne peut être douloureuse puisque nous n’en aurons jamais conscience. (Elle ne peut nous « affliger quand elle arrive »). La survie après la mort n’existe pas. Il ne faut pas gâcher sa vie en se projetant vers un avenir qui ne nous concerne pas. « Souffrir à l’idée qu’elle arrivera un jour » Ni jugement, ni enfers ne sont à craindre. Il ne faut donc pas obscurcir sa vie en redoutant la mort, mais au contraire apprécier "les joies de la vie éphémère"

Remarque : ce texte ne prend pas en compte certains aspects liés à la peur de la mort : peur de souffrir avant de mourir (mais il y a chez Epicure une réflexion sur l’art de gérer sa souffrance, le quadruple remède affirme qu’on peut supporter la douleur), peur de voir mourir ses proches( mais le remède est peut être dans la remémoration.)

On peut « jouir de cette vie mortelle » : ne pas faire de contresens, (Ne traduisons pas par le « Carpe Diem » d’Horace) Il ne s’agit pas de se jeter inconsidérément dans une accumulation de plaisirs, parce que la vie est brève mais de trouver le bonheur ici et maintenant.

L « application à bien vivre ne se distingue pas de celle à bien mourir. » Bien mourir c’est mourir sans crainte, bien vivre, c’est vivre sans crainte.

Encore une fois est reprise la réflexion sur le moment opportun. On ne dit pas que jeune homme ou vieillard doivent avoir deux attitudes différentes envers la mort, mais qu’il est toujours temps de se rendre heureux. Ne plus craindre la mort est la condition du bien vivre.

Le monde épicurien est régi par le hasard ; (la fortune). « L’avenir n’est pas entièrement en notre pouvoir » mais la sagesse permet de s’assurer une certaine maîtrise sur les aléas de la vie.

Epicure condamne le suicide : « le sage ne fait pas fi de la vie » Tout homme, peut travailler à se rendre heureux, quelques soient ses conditions de vie.

NB : Lucrèce complète Epicure en décrivant la difficulté qu’à l’homme lorsqu’il s’agit de penser l’anéantissement de sa conscience. Voir < ; u> ; De la Nature §3Il montre aussi que certaines passions naissent de la peur de la mort : le souci de la gloire naît du désir de vivre éternellement au moins dans la mémoire des hommes.

Les conditions positives du bonheur

Condition (positive) du bonheur: la régulation des désirs, la vie prudente.

La connaissance délivre de certaines passions.Il reste à voir de manière positive comment trouver son bonheur. Epicure croit possible de prescrire quelques règles raisonnées qui rendent assurément heureux.

Atteindre le bonheur n’est pas impossible. La réalisation du bonheur est assurée par notre nature.La nature est en chacun de nous la norme (ce d’après quoi on doit se diriger) Il suffit de ne pas s’en écarter pour vivre une vie «  normale » et heureuse". Il s’agit pour être heureux de simplifier sa vie, de revenir aux exigences de notre nature, à celle qui ne proviennent pas de vaines opinions. La nature se prononce par la sensation : elle nous révèle que le plaisir est à rechercher et la douleur à fuir. C’est toujours en fonction du plaisir qu’il faudra fuir ou rechercher quoi que ce soit.

Notons aussi que « notre nature » c’est ce que nous avons de commun avec tous les hommes. Ceci signifierait que les règles de recherche du bonheur sont les mêmes pour tous les hommes.

"Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse."

La formule semblait scandaleuse, car le plaisir n'était pas considéré comme un état stable. Platon le pensait toujours mélangé de douleur, et par nature illimité. (Voir le débat Socrate- Calliclès dans le Gorgias.)Epicure fait du plaisir un état stable en le définissant comme absence de douleur Le besoin est manque, souffrance. Le plaisir suit la douleur mais l’exclut.

Quand le corps manque de quelque chose, c’est la douleur.La définition du plaisir est négative : c’est l’absence de douleur.

Le plaisir comme but est relié aux désirs qui ont leur raison d’être dans notre nature. Il faut donc distinguer les désirs naturels de ceux qui ne le sont pas – des désirs d’opinion.

Le corps n'a que des besoins limités. Seule notre imagination crée l'illimitation du désir et provoque l'absence de satiété. La juste estimation des désirs commande la paix de l'âme. Pour le bonheur. Pour le bien être du corps Nécessaires Pour la vie même ; Désirs : naturels Simplement naturels. vains

Les désirs naturels et nécessaires Pour la vie même.

(Besoins physiologiques, faim, soif,) On ne peut pas vivre sans les satisfaire. Les dieux ne connaissent pas la douleur car leurs pertes atomiques sont toujours exactement compensées. Chez les humains lorsqu’il y a une destruction de la nature : douleur. Le plaisir de manger et de boire traduit la restauration de notre nature. Le manque étant fini, le plaisir a un terme. Le terme étant atteint, le plaisir est « en repos » et traduit l’équilibre du corps. Le désir de nourriture est le désir de la nourriture qui convient à notre espèce.

Pour le bien être du corps.

Le froid peut entamer un processus de destruction de notre nature ; vêtement, feu maison sont utiles à notre nature. La vie simple est frugale n’est pas un retour à une vie primitive. Il faut noter que désormais le progrès matériel ne contribuera plus au bonheur.

Pour le bonheur :

Le désir de philosophie est une voie vers le bonheur. Le non bonheur tient à deux choses : l’absence d’une relation satisfaisante avec soi même,l’absence d’une relation satisfaisante avec autrui. Il s’agit de conquérir la paix (ataraxia) et la philia : l’amitié avec soi même et l’amitié avec autrui. La philosophie nous délivre de l’ambition, du désir de richesses et de la gloire, elle nous permet un rapport nouveau avec autrui : l’amitié.

Les désirs naturels et non nécessaires Le désir sexuel :

La non satisfaction sexuelle est compatible avec le bonheur ;

L’homme qui a faim a des atomes en moins. Celui qui éprouve un désir sexuel a des atomes en trop (Lucrèce II 437) Il peut se livrer à une activité quelconque entraînant une déperdition d’atomes, promenade, travail fatigant pour rétablir en lui l’équilibre.) Le désir non satisfait n’est pas « refoulé », mais il disparaît. Tout plaisir n’a pas à être choisi. Il ne faut pas que les désagréments l’emportent.

Les désirs relatifs à la beauté.

Notre nature cherche une harmonie. La beauté qui est une harmonie va dans ce sens.

NB Critique par Epicure de la poésie Homérique : mythes mensongers, peinture attrayante des passions …) Les désirs passionnels et vains

Ils vont au-delà de la limite inhérente à notre nature ; ils nous engagent à une poursuite sans fin. "Écoutez le cri du corps" dit Epicure, pour souligner que les besoins du corps sont limités et aisés à satisfaire en toutes circonstances.

On peut introduire de l’illimitation dans les désirs naturels et nécessaires, raffinements de la cuisine gourmandise, recherche du luxe dans l’habitat et le vêtement. L’illimitation dans les désirs naturels et non nécessaires.

En ce qui concerne la sexualité , l’amour risque d’être une illusion , l’amour est souvent une illusion de bonheur , il fait souffrir et nous rend dépendant pour notre bonheur d’un objet extérieur. On aime toujours quelqu’un d’autre que celui que l’on pense aimer. L’amour contredit l’indépendance du sage, la philia, car les amoureux font une totalité exclusive, la limite recherchée, car la passion amoureuse est insatiable.

En ce qui concerne l’esthétique, il s’agirait des recherches savantes en matière d’art.

Les désirs ni naturels ni nécessaires :

Ils sont entièrement fondés sur de vaines opinions et ne sont pas contenus dans les limites de notre nature. Ambition, désir de gloire, d’immortalité. Il s’agit toujours d’un vouloir plus.La nature donne une mesure, au contraire l’opinion n’en donne pas. L’origine des désirs vains est à rechercher pour une bonne part dans la peur de la mort. Nous pouvons en nous délivrant de la crainte de la mort, nous délivrer aussi de désirs qui ne s’enracinent pas réellement dans notre nature.

Le plaisir selon la nature (§5)

« Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse ; » La fin, c’est le but recherché. Absence de douleur pour le corps, absence de trouble pour l’âme ;(aponie- ataraxie) Le bien est défini de manière négative, c’est l’abolition d’un désordre. L’absence de trouble et l’absence de douleur sont des plaisirs en repos (catastématiques). Le plaisir en repos reflète l’état d’équilibre de l’organisme dans toutes ses parties. Ce plaisir est stable, il est ce qu’on éprouve quand toute douleur est retranchée. Il ne peut être accru. Il ne peut que se diversifier. Il y a des plaisirs en mouvement (joie et gaieté) qui accompagnent le corps en train de se satisfaire. La nature est en train de se reconnaître elle-même.

Il ne faut quand même pas identifier le bonheur épicurien à la réplétion de l'estomac. Epicure place effectivement le principe et la racine de tout bien dans le plaisir du ventre. Sentence 33 : « Le cri de la chair : ne pas avoir faim, ne pas avoir soif, ne pas avoir froid. Celui qui a ces choses, et l’espoir de les avoir peut rivaliser avec Zeus en bonheur. »

Le plaisir stable du corps naît de la suppression de la douleur du besoin, mais le plaisir de l’âme parait relatif au présent, au passé et à l’avenir L’ataraxie est relative à la suppression de la douleur du corps, non dans le présent seulement, mais dans tous les temps.).

La gestion des plaisirs suppose le bon usage du raisonnement.

On doit être capable de calculer, et parfois de supporter une douleur pour obtenir ensuite un plaisir, ou au contraire de se priver d’un plaisir parce qu’il entraînerait une douleur. «  C’est de lui que nous partons pour reconnaître ce qu’il faut choisir et ce qu’il faut éviter ». L'épicurisme n'est pas une ascèse, (mortification du corps); il s'agit de ne pas être prisonnier du désir pour pouvoir être heureux en toutes circonstances. Il ne s’agit pas «  de vivre de peu », il s’agit, si les circonstances l’imposent de pouvoir se passer de l’abondance. « Tout ce qui est naturel est aisé à se procurer, tout ce qui est vain est difficile à avoir. »

La sagesse pratique ou prudence §5 et §6

Cueillir le plaisir du moment n’est pas épicurien : il faut vivre en fonction du « tout de la vie »

Choisir les plaisirs et les douleurs qu’il faut c’est affaire de prudence (§7 « elle est plus précieuse que la philosophie ») La philosophie donne le vrai, mais la sagesse pratique donne le discernement concret, elle montre dans la vie ce qu’il faut fuir ou rechercher.

Les épicuriens privilégient l’autarcie «  se suffire à soi même », non pas au sens économique, mais au sens où l’on peut se procurer ce qui est nécessaire à son bonheur, quelles que soient les circonstances.

La prudence est mère de toutes les vertus.Juger ce qu’on doit faire ou ne pas faire, est l’œuvre de la prudence.

Encore faut-il vivre selon les conseils de la prudence, et c’est là le propre des vertus ; la première chose que conseille la prudence, c’est elle-même : elle conseille « réfléchis »

La morale du plaisir n'est pas une invitation à la débauche : la Lettre à Ménécée le précise bien L’épicurisme a eu beaucoup de détracteurs. Toute la tradition chrétienne le critique parce qu’il soutient que l’âme est mortelle .Elle transmet de celui-ci une image déformée en reprenant la formule d'Horace : "pourceaux du troupeau d'Epicure"

Les critiques étaient vives du temps même d’Epicure.

Epicure répond à des attaques. Le texte devient polémique et prend la forme d’une réfutation : «  Nous n’entendons pas par là … » Il peut s’agir de critiques de disciples de Platon qui considèrent que le plaisir est toujours illimité. Lucrèce précise l’analyse épicurienne en écrivant que les hommes sont toujours responsables de leurs propres tourments. Les enfers ne se situent pas après la mort, mais c’est en nourrissant des désirs illimités et des passions que les hommes se tourmentent eux mêmes sur cette terre. La mythologie est le produit de l’imagination, mais les mythes ont psychologiquement un sens.

« C’est ici bas que la vie des sots est un véritable enfer » (Voir De La Nature §7)

Epicure souligne donc le rôle donné à la mesure .Il souligne l’importance du raisonnement vigilant qui choisit ce qu’il faut poursuivre et éviter.

§7La fin de la lettre brosse un portrait du sage.

La sagesse peut être une sagesse théorique (sophia) .Elle vise la vérité. Elle peut être aussi une sagesse pratique ou prudence ( phronesis) . La prudence ou sagesse pratique nous fait découvrir ce qui est à choisir ou à éviter, elle règle la conduite pour parvenir au bonheur.

La prudence est mère des autres vertus.

« Il n’est pas possible d’être heureux, sans être sage, honnête et juste sans être heureux »

A l’égard de l’opinion, il faut être honnête. A l’égard de la loi, il faut être juste.

Vivre honnête, c’est ne jamais ressentir de la honte. On peut aimer l’argent sans injustice, mais c’est néanmoins honteux. L’opinion qui compte n’est pas celle de la foule, mais celle de l’homme de bien. «  Agis en tout comme si Epicure regardait » tel est l’impératif de l’honnêteté.

La vertu de justice est négative, il s’agit de respecter la justice mise en place par les hommes. (Non pas que les lois positives soient justes) Cela permet d’éviter les craintes .L’action injuste est sans intérêt pour le sage qui limite ses exigences à la satisfaction de désirs naturels. La sphère du sage ne se heurte pas à la sphère de la loi. (NB Enterrer rituellement les morts est juste selon la loi positive, pas pour le sage.)

Condition (positive) du bonheur : la capacité d’endurer la douleur.

Le sage a su intégrer le quadruple remède : Il n’y a rien à craindre des dieux, Il n’y a rien à craindre de la mort. On peut atteindre le bonheur. On peut supporter la douleur.'

« Le mal le plus extrême, ou bien ne dure pas longtemps, ou bien ne nous cause qu’une peine légère. » La douleur de la maladie par exemple peut être supportée. Si elle est très intense, elle sera brève. La douleur est le signe d’une destruction de notre nature, si cette destruction est trop forte, la sensibilité s’atténue.

La condition suprême du bonheur et du savoir : la liberté. Fondamentalement, le sage se croit libre, il est persuadé que certaines choses sont en sont pouvoir.

Le sage épicurien ne croit pas au destin : Epicure fait une critique du stoïcisme et de l’idée d’un enchaînement nécessaire des événements.

Epicure admet que certaines choses arrivent selon la nécessité, mais pas toutes. La nécessité n’est pas une cause unique ; L’univers épicurien est le règne du hasard (pas de providence) mais cette fortune n’est pas une divinité. « Le sage ne la considère pas comme un dieu » Il y a place pour une liberté d’action des hommes. Le hasard ne fait que «  fournir des occasions ». L’homme quelles que soient les circonstances est capable de faire lui même, ou son bonheur ou son malheur

Prolongements :

Le souci de trouver un bonheur stable conduit donc à refuser toute passion. Cependant, se contenter de donner satisfaction à des besoins naturels et nécessaires aurait fait stagner l'humanité dans un état proche de l'animalité. On peut comprendre l'épicurisme comme une morale des temps de troubles, qui permet à l'individu de trouver le bonheur quelles que soient les circonstances. A l'échelle de l'histoire, on pourrait lui reprocher d'interdire à l'humanité tout progrès. Rousseau décrit un hypothétique homme naturel. Seul, ne parlant pas, il n'a ni idées, ni imagination. Il ne connaît que des besoins physiologiques aisément satisfaits. En un sens, on peut le dire heureux, pourtant il n'accomplit aucunement la perfectibilité de l'homme. Dans le Discours sur l'Origine de l'Inégalité Rousseau remarque que la naissance de la société suscite le développement des passions, mais que sous l'impulsion de ces passions l'entendement se perfectionne. Plus l'homme développe son imagination et multiplie ses désirs, plus il invente des moyens pour leur donner satisfaction. Il transforme la nature, mais ce faisant se transforme lui même. Les moralistes condamnent les passions au nom de la recherche d'un bonheur stable, mais si l'on considère l'homme comme un être historique, on doit peut être constater que les passions sont le moteur de son développement intellectuel et moral. (Voir : Kant : Idée d'une histoire universelle ; § 4 ) "Tout homme qui ne voudrait que vivre, vivrait heureux" écrit Rousseau dans l'Emile. Son œuvre véhicule les deux affirmations contradictoires, selon qu'il se préoccupe du problème du bonheur de l'homme ou de celui de sa perfectibilité.