rilpoint_mw113

Propos sur les Pouvoirs d'Alain

Version du 13 décembre 2008 à 15:49 par Amb (Discuter | Contributions)
(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)

"On serait tenté d'expliquer toute l'organisation sociale par le besoin de manger et de se vêtir, l'Economique dominant et expliquant alors tout le reste ; seulement il est probable que le besoin d'organisation est antérieur au besoin de manger. On connaît des peuplades heureuses qui n'ont point besoin de vêtements et cueillent leur nourriture en étendant la main ; or elles ont des rois, des prêtres, des institutions, des lois, une police ; j'en conclus que l'homme est citoyen par nature. J'en conclus autre chose, c'est que l'Economique n'est pas le premier des besoins. Le sommeil est bien plus tyrannique que la faim. On conçoit un état où l'homme se nourrirait sans peine ; mais rien ne le dispensera de dormir, si fort et si audacieux qu'il soit, il sera sans perceptions. et par conséquent sans défense, pendant le tiers de sa vie à peu près. Il est donc probable que ses premières inquiétudes lui vinrent de ce besoin-là ; il organisa le sommeil et la veille : les uns montèrent la garde pendant que les autres dormaient ; telle fut la première esquisse de la cité. La cité fut militaire avant d'être économique. Je crois que la Société est fille de la peur. et non pas de la faim. Bien mieux, je dirais que le premier effet de la faim a dû être de disperser les hommes plutôt que de les rassembler, tous allant chercher leur nourriture justement dans les régions les moins explorées. Seulement, tandis que le désir les dispersait, la peur les rassemblait. Le matin, ils sentaient la faim et devenaient anarchistes. Mais le soir ils sentaient la fatigue et la peur, et ils aimaient les lois ".

Thèse de l'extrait Problématique possible

Quelles sont les fins de la communauté politique? Que recherchent les hommes en vivant en société sous la loi ? Alain soutient que les hommes recherchent surtout la sécurité : ils veulent rester en vie. Le fondement du pouvoir politique, c’est le sommeil. Cette thèse soulève une première question. Alain ne nous dit pas ce que les hommes peuvent à son avis légitimement sacrifier pour parvenir à cette fin. La recherche de la sécurité ne risque-t-elle pas de se faire au détriment de la liberté? Ensuite, ne doit-on pas assigner à la communauté politique une fin plus haute? Les hommes cherchent-ils seulement à survivre, ne veulent –ils pas aussi «  bien vivre », être heureux ? L’état n’a t-il à pas à éduquer le citoyen, à le rendre raisonnable? Alain fait de la politique la servante des nécessités de la vie matérielle, n’est ce pas contestable?

Etapes de l’argumentation :

Alain commence par énoncer une thèse courante en utilisant l'expression « on serait tenté de  »,thèse selon laquelle la cité naît du besoin. (Platon le dit dans la République.) L’homme ne peut pas vivre en autarcie, les hommes se réunissent pour échanger. Il s’agit de vivre.

Il la réfute en s’appuyant sur un exemple. Les sauvages des mers du Sud qui n’ont pas à échanger pour satisfaire leurs besoins s’organisent quand même en société politique sous la loi. (On pourra si on le souhaite dans le commentaire souligner la faiblesse de l’argument.) Alain tire des conclusions de cet exemple : J’en conclus... J’en conclus... L’homme a besoin d’une organisation politique avant d’avoir à échanger pour satisfaire ses besoins. Le fondement du pouvoir politique, c’est le sommeil : l’homme recherche d’abord la sécurité.

Alain clôt ce passage en prenant le contrepied de la thèse initiale.Contre le sens commun, il affirme que la faim disperse les hommes plutôt qu'elle ne les rassemble.