rilpoint_mw113

Traité Théologico-Politique de Spinoza

Version du 8 mars 2009 à 17:03 par Amb (Discuter | Contributions)
(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)

Sommaire

Traité théologico- politique de Spinoza

Préface et chapitre XX Références à l'édition Hatier Poche.

Contexte historique

A la fin du 16ème siècle, les Pays bas s'émancipent de la domination espagnole et forment les Provinces Unies Confédéréessous la direction d'un Stadhouder, Guillaume d'Orange. (La paix avec l'Espagne est réellement signée en 1648). Chaque ville est gérée par un conseil municipal : "Les Régents"Dans chaque province les États Généraux sont présidés par un pensionnaire. L'union a à sa tête un Grand Pensionnaire. La tolérance est proclamée : nul ne peut être inquiété pour des opinions religieuses. Au Chapitre XX du TTP, Spinoza écrit : "La ville d'Amsterdam a expérimenté les bienfaits d'une telle liberté. "A Amsterdam, la religion officielle est le protestantisme, mais il y a des catholiques et une communauté juive, "marranes" venus d'Espagne". (Spinoza Bento- Baruch)Le mariage civil existe. La communauté juive joue un rôle important, plus intellectuel qu'économique, par sa connaissance de l'hébreu et des textes bibliques. Les fluctuations de la situation politique altèrent cependant la liberté religieuse. Un herem (sentence d'exclusion)est prononcé contre Spinoza par la communauté juive en 1656.IL n'est pas placardé avant 1661, car les Régents ne se pressent pas de le diffuser. Spinoza quitte Amsterdam en 1661.Il vit en taillant des verres de lunettes ( les savants de l'époque sont tous passionnés par la Dioptrique de descartes.) A partir de 1665 commence la guerre contre l' Angleterre. La Hollande est envahie par les armées de l'Angleterre, de Louis XIV et de certains états Allemands.Vers 1670 Spinoza vit à La Haye, il rédige l'Ethique et le TTP. La population de La Haye ameutée par les Orangistes assassine les frères De Witt. (J de Witt, grand pensionnaire). Guillaume d'Orange est proclamé souverain de Hollande en 1672. Le régime républicain est aboli les consistoires religieux(pasteurs protestants et parnassim juif ) poussent Guillaume et les autorités judiciaires des états de Hollande à interdire et à saisir en 1674 le TTP (publié en 1670 et déjà poursuivi)Spinoza avait sans doute été protégé par la tolérance des frères De Witt..Entre 1670 et 1677, Spinoza rédige le Traité Politique qui demeure inachevé. Spinoza meurt en 1677. En 1678, les Oeuvres Posthumes sont interdites. Malgre l'interdiction, plusieurs éditions paraissent avant 1680. Spinoza a donc fait l'expérience de la relative liberté religieuse de la République de Hollande, alors qu'il était issu lui même d'une communauté persécutée pour ses opinions religieuses en Espagne et au Portugal. Il connait aussi les conséquences redoutables pour la liberté de penser des liens qui peuvent unir un pouvoir politique (les orangistes ) et une religion (les calvinistes)


5 grands points pour faciliter la lecture

La racine de la superstition, c'est la crainte. Analyse de la superstition P.6 et 7

"Condamnés par leur désir immodéré des biens incertains du sort à flotter misérablement entre l'espoir et la crainte" P.6 . La cause qui fait naître la superstition, qui la conserve, l'alimente, c'est la crainte. Elle ne naît pas de la raison, mais de la seule passion. La superstition est une forme inférieure de religion fondée sur la crainte, qui prend donc sa racine dans des passions et est liée aux limites de la connaissance humaine. Pour l'expliquer, il faut en trouver les mobiles psychologiques et montrer en quoi elle s'appuie sur des erreurs intellectuelles. L'homme vit dans un état d'impuissance relative, il ne se connait pas comme une partie de la totalité de la nature, il se prend pour "un empire dans un empire" et il ignore les causes qui produisent les événements. Il a donc des désirs immodérés (immortalité par exemple) et flotte entre l'espoir et la crainte. Les malheurs décuplent ses craintes (exemple d'Alexandre)

A relier à la critique de l' Appendice de la première partie de l'Ethique.

Les hommes construisent une conception finaliste du monde, parce qu'eux mêmes agissent en vue de fins et s'étant donné une volonté libre, ils imaginent des dieux ou un Dieu doté d'une volonté libre et agissant en vue de fins qu'ils essaient de fléchir. Comme ils font l'expérience de l'inadéquation de la nature à leurs désirs, ils inventent des idées de châtiments et de récompenses et multiplient leur peur. Les hommes sont superstitieux parce qu'au lieu de connaître, ils imaginent. L'imagination renvoie à une forme de connaissance inadéquate, mutilée, confuse, et elle traduit l'existence en l'homme de désirs. "Ils forgent d'innombrables fictions"

L'imagination superstitieuse est dangereuse parce que la superstition est aussi imposée par les régimes politiques qui manipulent la crainte et les espoirs des hommes et font passer leur pouvoir pour sacré. Spinoza fait la critique de l'utilisation politique de la superstition. (Marx, dans Le " Manuscrit de 44 " commente le TTP

Fonction politique de la superstition

P.8 Ligne 72 : "Les devins n'ont jamais autant régné sur la foule" P.9 "Rien n'est plus efficace pour gouverner la multitude que la superstition"

"Le grand secret du régime monarchique et son intérêt majeur est de tromper les hommes, et de masquer, du nom spécieux de religion, la crainte par où ils doivent être maîtrisés" ( P.10 Ligne 111)

La liberté de penser peut et doit être accordée dans l'état."C'est là la thèse principale que j'ai entrepris de démontrer dans ce traité " P.11

Spinoza fait une critique de la Monarchie et trace les lignes directrices d'une démocratie. Il faut distinguer l'ordre politique de toute autorité qui aurait la forme d'une autorité religieuse et se prétendrait sacrée. La question de la tolérance religieuse dans une démocratie se pose alors.

"Les hommes combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut. "

Pourquoi les hommes en viennent-ils là. Pourquoi l'ordre politique s' auto-détruit-il constamment ? La cité devrait être le lieu on les hommes prennent en charge leur destinée au lieu de cela, ils construisent un trône et n'ont de cesse de donner leur assentiment au pouvoir.Ces pouvoirs politiques sont appuyés sur des pouvoirs religieux et ainsi naissent les guerres civiles . Spinoza a connu en Hollande des luttes politiques appuyées sur des luttes religieuses (les Orangistes s'appuient sur les calvinistes et les Régents sur les Remontrants issus d'un schisme du catholicisme).Le peuple se range du coté des monarchistes "Ils combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut." (texte écrit deux ans avant l'assassinat des frères De Witt) Pourquoi l'ordre politique s'auto - détruit il en la faveur d'un pouvoir religieux? Quel régime politique éviterait ces problèmes? (Ligne 119) "des lois ont été établies sur des questions spéculatives" Le pouvoir politique se lie à certaines opinions religieuses;et toutes les opinions autres sont persécutées.

L'idée de libre République.

Spinoza en vient à poser qu'il faut un état non religieux et tolérant à l'égard des religions. L'autorité politique doit contrôler les actions, mais ne doit pas poser de lois concernant les opinions.La liberté d'expression doit être favorisée au maximum.Le but d'une libre République est de faire vivre les hommes sous la conduite de la raison et non de les asservir aux préjugés. Les pouvoirs politiques n'aiment pas accorder la liberté de penser parce qu'ils craignent les séditions. celle-ci(soulèvements, révoltes contre l'autorité établie) peuvent être évitées si les idées circulent librement sans jamais se traduire en actes de désobéissance. Mais il faut évidemment que le débat d' idées soit rationnel.Les religions ne doivent pas user de cette liberté pour inciter à la haine et engendrer des conflits.(P.11) Les religions doivent être débarrassées de leurs aspects irrationnels.( Au XVIII ème siècle, Kant en appellera à la création d'un espace public de débats entre intellectuels éclairés.)

Spinoza entreprend alors de faire une critique de la religion en montrant comment la religion a pu être pervertie

P.11 Ligne 143 .

Pour cela il a été nécessaire d'indiquer en premier lieu ce qui a fait dégénérer les religions. Il faut analyser les préjugés qui concernent la religion et les préjugés qui concernent la politique.


Le comportement des hommes religieux - toutes religions confondues - est loin d'être vertueux."Il est plus facile de connaitre la foi de chacun par les exactions, que par les précédentes vertus".

On veut s'emparer des charges sacerdotales pour le pouvoir qu'elles procurent. Les autorités sacerdotales perverties ne cherchent qu'à répandre la superstition pour mieux gouverner.

Les religieux cherchent à se faire admirer pour leurs qualités rhétoriques,au lieu d'enseigner leur foi.

Spinoza critique les théologiens préoccupés de faire des synthèses de leur religion avec Platon ou Aristote .(ST Thomas 1227-1272) - (Maïmonide 1135-1204 savant et philosophe juif, qui a tenté de concilier Aristote et le Bible).Les querelles entre religions viennent de ces spéculations, les partisans de tel ou tel docteur s'affrontent.

Il critique le manque de rationalité dans l'approche de la religion.On admire surtout les mystères des Écritures.On déteste la raison.(ligne 110) Sur l'écriture : "on proclame qu'elle est partout vraie et divine".(P.13 Ligne 222) Spinoza refuse de s'en tenir à la lettre du texte.(voir plus loin) et invite à une meilleure lecture des textes

Quelques principes de lecture des textes sacrés.

"En conséquence, je décidais d'examiner l'Ecriture avec un esprit neuf."( P.14 ligne 239

Spinoza élabore quelques principes de lecture des textes sacrés. Chacun peut se servir de sa raison pour lire l'Ecriture et ne doit pas se soumettre à la lettre du texte, c'est à dire pour Spinoza, se soumettre à ceux qui savent lire, les théologiens ). Au 17ème siècle, il était interdit aux catholiques de lire la Bible seuls,les juifs se référaient aux commentaires talmudistes. Les protestants font de la Bible une lecture personnelle, mais ne mettent pas en question son caractère révélé. Spinoza remet en question l'idée de révélation et veut faire une exégèse scientifique des textes sacrés. "Comprendre l'Ecriture par elle même ", c'est en faire une critique historique,comme l'historien moderne fait une critique de document.