rilpoint_mw113

Le corps - machine

Version du 24 mai 2010 à 16:47 par Amb (Discuter | Contributions)
(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)

Le mécanisme cartésien propose un modèle pour connaître tout vivant , et le corps humain en particulier : c'est le modèle de la machine qui au 17ème siècle renvoie pour Descartes à l'automate. Un passage des Principes de la Philosophie présente tout particulièrement cette exigence . Nous rappelerons en même temps les principes de l'étude de texte .

«Je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l'agencement de certains tuyaux, ou ressorts , ou autres instruments, qui devant avoir quelque proportion avec les mains de ceux qui les font, sont toujours si grands que leur figures et mouvements se peuvent voir, au lieu que , les tuyaux et ressorts qui causent les effets des corps naturels sont ordinairement trop petits pour être aperçus par nos sens. Et il est certain que toutes les règles des mécaniques appartiennent à la physique, en sorte que , toutes les choses qui sont artificielles sont avec cela naturelles. Car, par exemple, lorsqu'une montre marque les heures par le moyen des roues dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel qu'il est à un arbre de produire ses fruits. C'est pourquoi. en même façon qu'un horloger, en voyant une montre qu'il n'a point faite, peut ordinairement juger, de quelques unes de ses parties qu'il regarde, quelles sont toutes les autres qu'il ne voit pas : ainsi , en considérant les effets et les parties sensibles des corps naturels, j'ai tâché de connaître celles de leurs parties qui sont insensibles.»

Descartes - Principe de la Philosophie - 1644


La première lecture se fait en essayant de repérer les mots de liaison ( articulations logiques du texte) , et les expressions importantes qu'il faudra expliquer parce qu'elles marquent la thèse de l'auteur

L’introduction présente l’idée générale du texte , et une problématique.


Le vivant peut-il être l’objet d’une connaissance scientifique? Longtemps , on a mis le vivant « à part» dans la nature en soulignant ses caractéristiques propres. La science du vivant se constitue avec Claude Bernard au 19 ème siècle. Descartes propose pourtant dès le 17 ème siècle une démarche de connaissance du vivant. Le modèle mécanique lui paraît propre à en rendre compte. Par vivant , on peut entendre aussi le corps humain. C’est donc l’homme , ou tout au moins son corps, qui devient accessible à la science. Descartes ouvre le chemin de la médecine. Il reste à juger de la valeur et des limites du modèle cartésien de la machine pour rendre compte du vivant..


On explique ensuite le texte idée par idée , en montrant la construction de l’argumentation.


On oppose d’ordinaire l’objet technique , artifice, ruse de l’homme , aux produits de la nature . Descartes récuse d’emblée cette distinction. « Je ne reconnais aucune différence….». La formule est polémique. Le vivant a traditionnellement fait problème. Il semble fait pour accomplir une fonction ( l’œil fait pour voir). Il a une loi de développement interne qui le fait semble-t-il résister aux déterminations venues du monde extérieur, il se reproduite d’une manière invariante, ( ce qui peut être sa fonction essentielle). Descartes met au contraire le vivant en continuité avec le reste de la nature en en proposant un modèle mécanique. Descartes ne dit pas que le vivant est une machine , il propose un modèle heuristique ( à des fins de connaissance).Les ingénieurs humains construisent des machines dont les rouages sont proportionnés à la taille de leur main. L’ingénieur divin a fait des «machines» aux rouages bien plus petits. «trop petits pour être aperçus par nos sens». La connaissance du vivant requiert seulement un bon instrument de grossissement ( microscope) pour accéder à ces minuscules rouages, mais pour Descartes aucun obstacle de principe ne peut venir l’ entraver .

Il énonce en effet ensuite un principe fondamental .La nature obéit à des lois et toutes les machines obéissent aux lois générales de la nature . « Les choses qui sont artificielles sont avec cela naturelles » mais il en tire une conséquence nouvelle à son époque. La montre marque les heures en obéissant aux lois générales de la physique , et un arbre produit ses fruits selon ces mêmes lois. Descartes en faisant cette comparaison réduit l’originalité du vivant . Il énonce les principes du mécanisme. Le mécanisme est cette conception de la nature héritée de la physique de Galilée qui affirme que toute la nature peut être connue par les lois de l’étendue géométrique et par les lois physiques du mouvement. Le vivant obéit à ces mêmes lois.

Une conséquence essentielle s’ensuit en effet.. On peut rendre compte du mouvement des aiguilles d’une horloge en proposant un modèle théorique de leur fonctionnement . L’horloger peut supposer qu tels ou tels rouages invisibles sont à l’origine de la rotation des aiguilles . Descartes propose de procéder de même pour le vivant . En observant « les parties sensibles» des corps naturels, on peut proposer un modèle théorique qui rende compte de ce que l’on ne voit pas:« J’ai tâché de connaître celles de leurs parties qui sont insensibles» On sait que pour rendre compte des passions Descartes a ainsi imaginé que dans les nerfs circulent des esprits animaux dont l’agitation touchant l’âme par le biais de la glande pinéale suscite les troubles qu’il lui arrive de connaître. La physiologie de Descartes est pour nous très naïve, mais elle repose sur l’idée d’une connaissance possible de l’ « animal – machine » et du corps humain. Descartes n’a pas exclu totalement la finalité de son modèle puisqu’il ménage une place à l’ingénieur divin.


On peut ensuite mener un débat sur la thèse de l’auteur.


Le modèle mécanique de Descartes a ses limites. Descartes au 17ème ne connaît pas d’autres machines que les machines simples , poulies leviers , et que les automates . Leur rouages tournent quand on introduit une certaine quantité de mouvement par le moyen d’un ressort. Aucun rouage n’est vraiment solidaire des autres rouages et du tout . Le modèle mécanique ne rend pas compte du statut d’organisme qu’a le vivant . C’est le reproche fait par Kant . Dans l’arbre, la totalité de l’arbre contribue à la conservation des feuilles, inversement les feuilles sont utiles à la conservation du tout. On ne peut enlever à un organisme une de ses parties sans affecter les autres. Faut-il voir dans « La vie » le principe organisateur qui maintient dans le vivant une finalité interne? La finalité n’est pas un concept scientifique, mais Kant suggère un « tout se passe comme si».

Il n’en reste pas moins que Descartes a anticipé le principe fondamental qu’ énonce Claude Bernard au 19ème siècle en découvrant la fonction glycogénique du foie et en donnant à la médecine le statut de science expérimentale. «Le vivant obéit au principe de Déterminisme» Descartes ignore la chimie . Pour faire de la biologie, il a fallu faire progresser la chimie. Jacob explique dans son livre « La logique du vivant» que les étapes de la biologie scientifique sont des étapes de réduction de l’ignorance. Berthelot en découvrant la synthèse des composés organiques montre qu’on peut reproduire en laboratoire certains des effets chimiques qu’on prêtait à la vie. L’analyse du code génétique montrera plus tard que la reproduction invariante repose elle aussi sur des principes chimiques et entre donc dans les lois les plus générales de la nature. Le progrès de la connaissance du vivant passe par un abandon progressif de la notion de finalité et par un abandon du vitalisme . On n’a plus besoin de recourir à « La vie » pour rendre compte du vivant.


Sujets de dissertation possibles sur le même thème: Une connaissance scientifique du vivant est elle possible ? Connaît on la vie ou connaît on le vivant ?