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La Croyance Religieuse

(Différences entre les versions)
(Peut on former à l’aide de la raison un concept de Dieu ? La métaphysique.)
Version actuelle (5 avril 2009 à 16:47) (voir la source)
(L’homme religieux reconnaît un principe d'autorité.)
 
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A l'aspect croyance, peut se rattacher la question de l’autorité. La religion n'a pas pour fondement des preuves rationnelles, ou pas seulement. Elle peut alors s'appuyer sur une tradition mythico-poètique (religion grecque) ou sur des textes tenus pour sacrés (judaïsme, christianisme). Dans tous les cas, l'esprit pense recevoir la vérité de la tradition, ou par le canal plus direct d'une révélation. On peut alors parler de l'autorité des anciens, ou de textes qui imposent la reconnaissance de dogmes que parfois la raison ne comprend pas. Il y a abdication de l'autonomie intellectuelle, on n'en a pas encore découvert l'idée, ou l'on renonce à l'idée de penser par soi même. (Les lumières font de l'exigence de l'autonomie intellectuelle le principe même de la philosophie. « Sapere Aude » Devise des Lumières. (Ose te servir de ton propre entendement).
A l'aspect croyance, peut se rattacher la question de l’autorité. La religion n'a pas pour fondement des preuves rationnelles, ou pas seulement. Elle peut alors s'appuyer sur une tradition mythico-poètique (religion grecque) ou sur des textes tenus pour sacrés (judaïsme, christianisme). Dans tous les cas, l'esprit pense recevoir la vérité de la tradition, ou par le canal plus direct d'une révélation. On peut alors parler de l'autorité des anciens, ou de textes qui imposent la reconnaissance de dogmes que parfois la raison ne comprend pas. Il y a abdication de l'autonomie intellectuelle, on n'en a pas encore découvert l'idée, ou l'on renonce à l'idée de penser par soi même. (Les lumières font de l'exigence de l'autonomie intellectuelle le principe même de la philosophie. « Sapere Aude » Devise des Lumières. (Ose te servir de ton propre entendement).
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Dans la "<u>Préface du Traité du Vide</u>", rédigée vers 1651,Pascal oppose la connaissance de la nature qui s'appuie sur la méthode expérimentale et exclut la référence à l'autorité des anciens, à la religion.
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Dans la [[Préface sur le Traité du Vide - Blaise Pascal|Préface sur le Traité du Vide]], rédigée vers 1651,Pascal oppose la connaissance de la nature qui s'appuie sur la méthode expérimentale et exclut la référence à l'autorité des anciens, à la religion.
La connaissance de la nature est entièrement à la portée de la raison. En s'appuyant sur la méthode expérimentale, la raison humaine pourra progresser dans la connaissance de la nature. Il ne faut pas se plier dans ce domaine à l'autorité des anciens.
La connaissance de la nature est entièrement à la portée de la raison. En s'appuyant sur la méthode expérimentale, la raison humaine pourra progresser dans la connaissance de la nature. Il ne faut pas se plier dans ce domaine à l'autorité des anciens.
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Nous pouvons trouver dans ce texte un éclairage sur les conflits historiques qui ont existé entre la science et la religion. (Procès de Galilée en 1633). Galilée disait : "La religion me dit comment aller au ciel, et non pas comment va le ciel". Les conflits science-religion sont venus de ce que les autorités religieuses ont prétendu imposer une conception de la nature tirée des textes sacrés, ou plutôt d'une certaine lecture de ces textes. Le conflit est le même à propos du darwinisme (au 19ème siècle). Pascal affirme très clairement que la science ne se soumet jamais à aucune autorité, qu'il s'agisse de l'autorité des anciens (Aristote à propos du vide) ou qu'il s'agisse de l'autorité de textes sacrés. Mais la science ne traite ni de problèmes moraux, ni des questions des fins dernières.
Nous pouvons trouver dans ce texte un éclairage sur les conflits historiques qui ont existé entre la science et la religion. (Procès de Galilée en 1633). Galilée disait : "La religion me dit comment aller au ciel, et non pas comment va le ciel". Les conflits science-religion sont venus de ce que les autorités religieuses ont prétendu imposer une conception de la nature tirée des textes sacrés, ou plutôt d'une certaine lecture de ces textes. Le conflit est le même à propos du darwinisme (au 19ème siècle). Pascal affirme très clairement que la science ne se soumet jamais à aucune autorité, qu'il s'agisse de l'autorité des anciens (Aristote à propos du vide) ou qu'il s'agisse de l'autorité de textes sacrés. Mais la science ne traite ni de problèmes moraux, ni des questions des fins dernières.
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== Limiter le pouvoir de la raison, n'est ce pas prendre le risque d'une dérive irrationnelle ? ==
== Limiter le pouvoir de la raison, n'est ce pas prendre le risque d'une dérive irrationnelle ? ==

Version actuelle

Sommaire

Introduction

Il est difficile de parler de « la religion » Il faut rappeler la diversité du phénomène religieux, et essayer de lui trouver une unité. Mais il ne faut pas nécessairement projeter des évidences qui nous viennent de notre propre culture.

Il faut rappeler la diversité historique des religions : on ne peut pas dire que la religion soit un discours sur Dieu : animisme, polythéisme, monothéisme existent.

Les religions peuvent avoir divers fondements : avoir un fondement mythico-poètique ( Grèce - Rome) ou s’appuyer sur un texte sacré. (Les religions du Livre dans notre culture)

Le discours religieux est un discours qui se déploie dans plusieurs sens

Une religion peut véhiculer une cosmogonie (expliquer la genèse du monde) Elle peut véhiculer des règles de vie en société, et prescrire des règles morales. Elle peut développer des espérances eschatologiques (discours sur les fins dernières). Les religions proposent ou non un salut. Historiquement les différentes religions ont développé plus ou moins tel ou tel aspect.

On peut distinguer deux aspects de la religion :

Il y a une présence sociale de la religion

Il y en a un vécu subjectif.

Objectivement, dans son aspect social, elle est pratique, rituel. C’est un phénomène qui s’observe dans les sociétés.

La religion (de Religare), relie l'individu à son Dieu, et l'individu à une communauté par des rites, des cérémonies, des pratiques. C'est une pratique institutionnalisée. (Religion Statique selon le vocabulaire de Bergson)

Subjectivement, dans l'intériorité de chacun, elle est croyance ou acte de foi.

La religion (de Relegere), renvoie à l'idée de respect, de rapport intime de l'individu à la divinité à travers la prière, la supplication, l'adoration. La religion suppose non seulement la pratique, mais la foi. Le sentiment religieux (religion dynamique, selon le vocabulaire de Bergson) La religion est croyance.

La croyance, c'est la disposition d'un esprit qui donne son adhésion. J'adhère à un dogme.

La croyance peut avoir tous les degrés de probabilité, elle peut être plus ou moins ferme. Je donne mon assentiment, sur la base de preuves, sans preuves, mais toujours en fait au delà de la preuve et la fermeté de mon assentiment ne dépend pas de la qualité ou de la quantité des preuves dont je dispose.

Nuance de sens : croyance et acte de foi.

La croyance est souvent naïve, crédule. Alain écrit : "c'est une pensée couchée". Je donne mon adhésion à ce qui est véhiculé par la société et la tradition.

L'acte de foi est d’avantage une décision lucide (alors que la croyance est naïve). C'est une volonté de croire, sans preuve ou au-delà de la preuve, mais ce à quoi on adhère n'est pas démontrable. L'acte de foi suppose une confiance au delà de ce que la raison peut calculer. En ce sens Pascal dit que Dieu parle au cœur, c'est à dire à une spontanéité connaissante. Les vérités divines affirme-t-il sont au-delà de la nature et de la raison et Dieu seul peut les mettre dans l'âme de la manière qu'il lui plait. (Art de Persuader)

Nous allons tenter d’interroger la religion de deux manières :

1/La religion est croyance est croyance et repose subjectivement sur le fait d’aller au-delà de la preuve. Il faut interroger ce phénomène de la croyance.

Cet au-delà de la raison nous intéresse : dans l'attitude religieuse, on trouve l'idée que la raison ne peut mener seule la quête de la vérité, qu'à un certain moment, elle rencontre ses bornes. C'est peut être là une distinction fondamentale entre science et religion et c’est aussi ce qui sépare la religion de la perspective philosophique qui recherche la vérité par des moyens humains.

La raison philosophique a alors la tentation de réduire la part d’irrationalité que contient la croyance religieuse. Elle critique ce qu’elle nomme « la superstition ».

2/La religion a aussi une existence sociale. On peut considérer la religion en se plaçant à l'extérieur de la conscience religieuse. En tant que phénomène social, on peut se demander quel rôle la religion joue dans la société.



L'aspect subjectif de la religion

Les caractères généraux de la croyance religieuse

L'homme religieux croit en l'existence du sacré

L'homme religieux distingue deux mondes, le monde profane et le monde du sacré. L'expérience du sacré, c'est l'expérience d'une transcendance, (passer au-delà en latin) d'un "tout-autre". L'homme religieux croit en une double appartenance. Il appartient au monde de la nature, mais il reconnaît un au-delà de cette nature. IL croit que dans la nature, et parmi les forces naturelles font irruption des forces d'un autre ordre, suprêmement efficaces, les forces du sacré (Caillois, « L'homme et le sacré »)

Tout peut être tenu pour sacré. (un lieu, une personne, un édifice) On reconnaît le sacré à l'attitude psychologique qu'il engendre. Le sacré engendre d'une part la crainte, avec toutes ses nuances, effroi, terreur, ou simplement prise de distance, respect, mais d'autre part la fascination. L'homme religieux qui redoute le sacré et s'en éloignerait volontiers, essaie de s'approcher des forces du sacré pour en capter l'efficacité à son profit. D'où la création entre l'homme et le sacré d'intermédiaires (prêtres, personnes consacrées), établissement de rites etc. Le monde profane est un monde où chacun agit à sa guise, le monde du sacré est un monde où tout est codé.

Sur un premier point peut être soulevé la question d'un rapport science -religion. Une religion peut véhiculer une conception de la nature problématique pour la science. L'idée scientifique de l'universelle légalité est elle compatible avec l'idée que les forces du sacré interviennent dans la nature ? Jacob, dans "Le jeu des possibles" évoque la naissance de la science en la reliant à un aspect particulier du judéo-christianisme, l'idée d'un dieu qui reste hors de la nature (IL peut y intervenir, mais n'y intervient pas ou de moins en moins) : "La science occidentale est fondée sur la doctrine monastique d'un univers ordonné crée par un dieu qui reste hors de la nature et la gouverne par des lois accessibles à 1a raison humaine"

L’homme religieux reconnaît un principe d'autorité.

NB L’autorité est la caractéristique d’une personne ou d’une institution possédant un certain ascendant sur les individus. L’autorité exige un consentement des sujets qui obéissent plutôt par respect.

A l'aspect croyance, peut se rattacher la question de l’autorité. La religion n'a pas pour fondement des preuves rationnelles, ou pas seulement. Elle peut alors s'appuyer sur une tradition mythico-poètique (religion grecque) ou sur des textes tenus pour sacrés (judaïsme, christianisme). Dans tous les cas, l'esprit pense recevoir la vérité de la tradition, ou par le canal plus direct d'une révélation. On peut alors parler de l'autorité des anciens, ou de textes qui imposent la reconnaissance de dogmes que parfois la raison ne comprend pas. Il y a abdication de l'autonomie intellectuelle, on n'en a pas encore découvert l'idée, ou l'on renonce à l'idée de penser par soi même. (Les lumières font de l'exigence de l'autonomie intellectuelle le principe même de la philosophie. « Sapere Aude » Devise des Lumières. (Ose te servir de ton propre entendement).

Dans la Préface sur le Traité du Vide, rédigée vers 1651,Pascal oppose la connaissance de la nature qui s'appuie sur la méthode expérimentale et exclut la référence à l'autorité des anciens, à la religion. La connaissance de la nature est entièrement à la portée de la raison. En s'appuyant sur la méthode expérimentale, la raison humaine pourra progresser dans la connaissance de la nature. Il ne faut pas se plier dans ce domaine à l'autorité des anciens.

La religion, dont l'objet est au delà de la portée de la raison humaine doit s'appuyer entièrement sur l'autorité des textes sacrés, (et de leurs interprètes reconnus, les pères de l'Eglise) même lorsque la raison ne comprend pas les affirmations qui y sont contenues. Pascal considère que la raison humaine est corrompue par le péché originel et est donc devenue incapable de répondre à certaines questions morales ou eschatologiques. Elle a besoin de l'éclairage de la grâce (lumière surnaturelle par laquelle Dieu éclaire les hommes.)

(Le Traité du Vide, inachevé s'opposait à l'autorité d'Aristote qui affirmait : "La nature a horreur du vide". )

Remarquons que Pascal distingue clairement l'objet de la religion et l'objet de la science. L'homme n'a pas à chercher dans les textes sacrés une connaissance de la nature. Il ne peut y trouver que des valeurs morales ou un éclairage sur la question du salut. ( Voir l'extrait des "Pensées" sur la justice : la raison humaine est incapable de penser le droit naturel et de définir "la véritable équité")

Nous pouvons trouver dans ce texte un éclairage sur les conflits historiques qui ont existé entre la science et la religion. (Procès de Galilée en 1633). Galilée disait : "La religion me dit comment aller au ciel, et non pas comment va le ciel". Les conflits science-religion sont venus de ce que les autorités religieuses ont prétendu imposer une conception de la nature tirée des textes sacrés, ou plutôt d'une certaine lecture de ces textes. Le conflit est le même à propos du darwinisme (au 19ème siècle). Pascal affirme très clairement que la science ne se soumet jamais à aucune autorité, qu'il s'agisse de l'autorité des anciens (Aristote à propos du vide) ou qu'il s'agisse de l'autorité de textes sacrés. Mais la science ne traite ni de problèmes moraux, ni des questions des fins dernières.

Limiter le pouvoir de la raison, n'est ce pas prendre le risque d'une dérive irrationnelle ?

La religion est vécue sur le mode de la croyance : qu’est- ce que cela implique pour l’individu ?

Le discours religieux se donne pour un discours " Vrai". La croyance est pour le croyant un mode d' accès à la vérité. Il faut analyser cette croyance qui va au- delà de ce que la raison peut prouver expérimentalement ou démontrer. Ne risque-t-elle pas d’être tentée par toutes les dérives les plus irrationnelles ? La raison tend à dénoncer les aspects les plus irrationnels de la croyance religieuse en les nommant « superstitions ». La question est celle de la détermination d'une limite entre l'irrationnel "acceptable" et l'irrationnel "contestable". NB : Le problème est difficile parce que certains penseurs rationalistes auront tendance à nommer superstition toute forme de religion révélée. (Voir : Le déisme de Voltaire)

Qu’est- ce que la superstition ?

(CF Texte de Spinoza Traité Théologico-politique ) On appelle superstition une forme abâtardie, inférieure de la croyance religieuse, liée surtout à la crainte et à l’espoir ou encore toute croyance et toute attitude irrationnelle en tant qu’elle traduit la volonté de se prémunir contre l’ignorance et la peur en ayant recours à des procédés archaïques ou dérisoires.

NB : Le problème est difficile parce que certains penseurs rationalistes auront tendance à nommer superstition toute forme de religion révélée.

(Voir : Le déisme de Voltaire)

Spinoza décrit les mobiles affectifs qui sont à la racine de la superstition : les désirs immodérés et la crainte. La superstition se guérit par la connaissance.


Peut on former à l’aide de la raison un concept de Dieu ? La métaphysique.

Rappelons qu’un concept est une idée abstraite produit d’une opération intellectuelle, alors que l’image est la reproduction de données sensibles.

L’image a toujours des caractères singuliers, concrets, particuliers.

Lorsque les hommes essaient de penser les dieux ou un dieu unique, ils partent de leur expérience. Ils forment une image du divin à partir de l’homme et de ses caractères, c’est de l’anthropomorphisme.Ils prêtent ainsi aux Dieu, ou à Dieu, des passions, des désirs et des craintes. Sortir de la superstition suppose que l’on corrige ces aspects irrationnels, et qu’on pense Dieu à l’aide de la raison.Il importe de sortir du monde de l'image.


Prenons deux exemples : L’un dans le cadre du monothéisme, l’autre dans le cadre du polythéisme.

EPICURE ET LUCRÈCE réfléchissant au bonheur essayent de montrer que pour vivre en paix, l'homme doit commencer par se délivrer de ses craintes. Leurs contemporains craignent les dieux et leurs interventions dans la nature(foudre) ; ils craignent la mort et le jugement des dieux après la mort. Ils essaient de se concilier la faveur des dieux par des sacrifices et de scruter leurs intentions en déchiffrant les signes que ceux-ci sont censés envoyer. (présages). Il faut remplacer l'image erronée des dieux véhiculée par les croyances populaires par une notion raisonnée qui seule délivre des terreurs superstitieuses. Il faut connaître la nature (physique).

La raison propose une « notion commune » des dieux.

Les dieux sont des vivants immortels et bienheureux. Ils n'ont pas de passions, ne désirent rien n'attendent rien des hommes. La physique nous montre par ailleurs que les dieux n'interviennent jamais dans la nature. Le monde fait d'atomes se rencontrant au hasard dans le vide ignore la finalité. Il n'y a pas d'intelligence organisatrice, les dieux ne poursuivent aucune fin. I1 ne faut pas dire que nous avons des yeux pour voir, une main pour prendre, des dents pour mâcher. Cela supposerait une nature ou des dieux, ayant conscience d'un but (comme l’homme qui est un technicien) et donnant les moyens de réaliser ce but. Il faut comprendre que parce que nous avons des mains, nous manipulons des outils. Epicure relie très bien le préjugé finaliste à la superstition. (Les hommes veulent scruter les intentions supposées des dieux et les tourner à leurs profit). La physique matérialiste n'est aucunement scientifique au sens moderne du terme. Elle propose cependant un modèle raisonné d'explication de la nature fait pour anéantir la peur.


SPINOZA fait également au 17ème siècle une critique de la superstition en montrant qu'elle repose sur une concaténation de préjugés (chaîne). (Ethique. Appendice du Livre I).( Voir cours sur la liberté)

Les hommes au lieu de se faire une idée raisonnée de Dieu s'en font une image sur le modèle humain. (Anthropomorphisme). "Je crois que le triangle, s'il était doué de langage, dirait en même manière que dieu est triangulaire éminemment et le cercle que la nature de Dieu est circulaire éminemment. " Lettre LVI

Ils font des erreurs sur eux mêmes, ils les projettent dans leur image de Dieu.

Les hommes se croient libre de libre-arbitre. Ils vivent dans un monde d’effets, perçoivent leurs volitions et non ce qui les détermine à vouloir, comme la pierre qu'on lance, si elle ignore la main qui la lance peut croire qu'elle veut aller par libre-arbitre vers son but. Ils prêtent à Dieu une libre volonté, le pouvoir absolu de faire ou de ne pas faire. C'est un pas vers la superstition, car ils souhaiteront fléchir cette volonté pour la tourner à leur profit. (Prières, sacrifices).

Les hommes sont des techniciens, et leur activité est effectivement finalisée. I1s pensent un but (avoir chaud) et se donnent les moyens de le réaliser (la maison qu'ils construisent) ; ils trouvent dans la nature des moyens pour parvenir à leurs buts ( les arbres). Ils vont imaginer que Dieu agit lui aussi en vue de fins, et qu'il poursuit des buts. Ils supposent que dieu ou les dieux ont disposé la nature au profit de l'homme.

Le préjugé finaliste n'est pas lui-même synonyme de superstition, mais il l'engendre Les hommes croient que la nature et les dieux obéissent à des motivations humaines;les superstitieux vont se mettre "à implorer le secours divin par des vœux et des larmes de femme" ;

Ce préjugé finaliste devient un obstacle à la connaissance. Les hommes essayent de montrer que "la nature ne fait rien en vain" (Que tout ce qui existe, existe dans le cadre d'un projet)et ils vont se contenter de ce type d'explication. Ils relient les phénomènes naturels aux dieux et à leurs passions (pensons au tremblement de terre de Lisbonne dont parlera Voltaire et aux autodafés). Quand un phénomène entre mal dans ce cadre, on dit que"les voies de Dieu sont impénétrables " (Dans Candide, Voltaire se plait à montrer les méchants survivant à la tempête alors que les justes périssent). La volonté de dieu devient « l'asile de l'ignorance »

Le finalisme met "la nature à l'envers". L'effet est mis avant la cause. L'explication déterministe de la nature montre au contraire que telle cause engendre tel effet.

Spinoza veut ainsi montrer que seule l'imagination des hommes engendre la superstition. Elle traduit les appétits des hommes, les désirs et non les connaissances "Pour en être délivré, il suffit de connaître Dieu et la nature. Notre raison nous montre que Dieu, Etre infini, n'est pas doué de libre-arbitre, qu'il n'agit pas en vue de fins, qu'il n'est pas créateur de la nature. Il est nécessairement. "Dieu c'est à dire la nature". I1 existe un ordre nécessaire de la nature, qui ne change jamais, et que nous devons connaître.

Le dieu de Spinoza est celui de la raison. Sa démarche est une démarche métaphysique. (Il faudra se demander si la métaphysique est bien une connaissance).

NB: La démarche de la métaphysique est une démarche raisonnée. Le métaphysicien ne fait pas un acte de foi, il ne croit pas en des dogmes . Il démontre. Il affirme la puissance de sa raison: elle peut , par ses propres forces s'élever jusqu'à des objets tels que Dieu, l'âme , la liberté de l'homme. Au XVIII ème siècle, Kant fait la critique de la raison, il en montre les limites. Au delà de l'expérience possible, elle ne peut pas construire une connaissance.

Spinoza tend à dégager de la religion un noyau strictement rationnel. Il lit les textes bibliques comme des textes remplis d'images qui renvoient à des leçons simples d'ordre moral. Leur sens est adapté au niveau de compréhension de ceux à qui elles ont été prêchées par les prophètes, à des hommes doués d'imagination. La foi n'exige pour Spinoza que l'obéissance à quelques règles morales de justice et de charité. Il rejette toute vision d'une transcendance, ou d'un salut dans un au-delà purement illusoire à ses yeux.

(Voir l'analyse complémentaire de la Préface du Traité théologico-politique de Spinoza)



Texte : Le miracle - extrait du TTP- chapitre 2


"Rien par exemple de plus clair dans l'Écriture que ce fait : Josué, et peut-être aussi l'auteur qui a écrit son histoire, a cru que le soleil se mouvait autour de la terre, que la terre était immobile et que le soleil s'est arrêté pendant quelque temps. Beaucoup cependant, ne voulant pas accorder qu'il puisse y avoir aucun changement dans les cieux, expliquent ce passage de telle sorte qu'il semble ne rien dire de semblable ; d'autres, qui ont appris à philosopher plus correctement, connaissant que la terre se meut et que le soleil au contraire est immobile, font des efforts désespérés pour tirer cette vérité de l'Écriture en dépit de ses réclamations manifestes. Je les admire en vérité. Je vous le demande : sommes-nous tenus de croire que Josué, un soldat, était versé dans l'astronomie ? Qu'un miracle n'a pu lui être révélé, ou que la lumière du soleil n'a pu demeurer plus longtemps que de coutume au-dessus de l'horizon, sans que lui Josué connût la cause de ce phénomène ? Pour ma part, l'une et l'autre inter­prétation me semblent ridicules ; j'aime donc mieux dire ouvertement que Josué a ignoré la vraie cause de cette prolongation de la lumière, qu'avec toute la foule pré­sente il a cru que le soleil se mouvait autour de la terre et, ce jour-là, s'était arrêté quelque temps, et ne remarqua point que la grande quantité de glace alors en suspension dans l'air (voir Josué, chapitre. x, v, II ) ou quelque autre cause semblable que nous ne recherchons pas ici, avait pu produire une réfraction inaccoutumée."


Spinoza relit l’Ancien Testament en montrant que ce qu’on a appelé miracle, donc intervention de la volonté divine dans l’ordre de la nature peut s’expliquer selon des lois physiques. Dieu est parfait, il ne change jamais les lois de la nature ce qui serait contraire à sa perfection.

L’Ancien Testament raconte que Dieu a arrêté le Soleil pour que Josué puisse gagner la bataille qu’il conduisait. Spinoza explique qu’il s’agit d’ une parhélie. (Lorsque l’atmosphère est chargée de particules de glace, les rayons du soleil qui la traversent subissent une réfraction. Le soleil reste ainsi plus longtemps visible au dessus de l’horizon.) Josué a pu croire que Dieu arrêtait le soleil dans le ciel pour que le jour soit prolongé. Les hommes de l’époque étaient trop ignorants pour comprendre ce qu’ils voyaient. Traité Théologico-politique Chap II.


NB / Pb de l’interprétation d’un texte. Spinoza choisit sa grille d’interprétation pour trouver le sens vrai du texte : les textes sacrés ne peuvent véhiculer aucun contenu contraire à la raison.

Conclusion : la raison tente de"purifier" la croyance religieuse de ses aspects irrationnels . La spécificité de la religion s'en trouve sans doute niée, puisque l'on coupe dans une certaine mesur le lien entre l'homme et une transcendance. '


La critique que Spinoza fait de la superstition est animée également par un souci politique.

"Le grand secret du régime monarchique et son intérêt majeur est de tromper les hommes et de masquer, du nom spécieux de religion, la crainte par où ils doivent être maîtrisés". La religion dans ses aspects les plus superstitieux impose la vision de la nature comme source de mystères, mais les intérêts qui président à ces thèses ne sont pas seulement spéculatifs.11 s'agit de préserver l'autorité de certains sur la foule. On manipule les peuples par les craintes superstitieuses. Spinoza en retire une exigence : celle de la nécessaire séparation du politique et de toutes les religions, afin qu'un pouvoir ne puisse s'appuyer sur une religion particulière.

La religion au sens où elle est acte de foi ne se partage pas de la même manière qu'une vérité rationnelle. Les vérités religieuses ne se démontrent pas, ne se prouvent pas expérimentalement. La tentation est grande pour le croyant qui considère qu'il détient la vérité de l'imposer par la force et l'intimidation à autrui. Par ce biais là on rencontre également la question de la tolérance.

L'aspect objectif de la religion

La religion a une présence sociale, on peut la considérer comme "fait social",en se plaçant à l'extérieur de la conscience religieuse.Telle est la démarche de Durkheim.

Mais lorsqu'on se place à l'extérieur de la croyance religieuse , celle -ci peut devenir l'objet d'une critique.


La religion est un fait social : Durkheim (TES )

Qu’est-ce qui a pu déterminer l’homme à voir deux mondes hétérogènes , à distinguer le monde sacré du monde profane.

Durkheim essaie de montrer que la société prend ainsi conscience d’elle-même.

Vue du dehors, la religion s’organise en fonction de ce partage sacré/ profane. L’expérience que le croyant fait de la transcendance est pour Durkheim très réelle. Il en retire une vigueur nouvelle pour vivre, mais pour lui, le croyant interprète mal son expérience. L’interprétation qu’il en donne en l’attribuant à un être surnaturel est fausse.

La société a des moments de dispersion, et des moments de concentration ou d’effervescence. Chaque individu se sent renforcé par sa participation au groupe. A ces moments, la représentation d’un être surnaturel émerge de la collectivité assemblée. La collectivité prend conscience d’elle même et de son identité en voie de constitution. Le groupe s’imagine que la cause de la modification de son comportement émane de cette représentation. Une influence leur semble émaner du totem, En Mélanésie, on appelle cette force : mana.

La force qui est adorée dans le totem est identique au clan.

La force surnaturelle exprime symboliquement l’identité collective.

La religion s’institue : les rites et les cérémonies religieuses permettent au croyant de revivre les événements fondateurs. La société veut raffermir le sentiment d’identité collective : cérémonies.

NB D’autres cérémonies ne différent pas fondamentalement des cérémonies religieuses. (Cultes patriotiques) Il peut exister un sacré laïcisé.

Durkheim donne une explication causale des croyances totémiques. Elles traduisent la manière dont la société vit sa cohésion. Il existe des représentations collectives qui peuvent être des causes du comportement des individus, indépendamment des raisons que ceux-ci donnent de leurs croyances.

Le déterminisme n’est pas accessible à la conscience des agents.

Durkheim ne parle pas cependant d’illusion. La force que les hommes retirent de la religion est bien réelle.

Texte : La religion est un fait social Durkheim

Faut-il aller plus loin et se demander si la conscience n'est pas mystifiée dans la religion?


Au XIXème siècle Nietzsche annonce qu'il ouvre "l'ère du soupçon" . Trois grandes critiques irréligieuses se déploient qui ont pour point commun de considérer la conscience religieuse comme une conscience mystifiée. La conscience religieuse est pensée comme un fausse conscience de soi de l'homme. Sur ce point, on peut citer la démarche de ceux que l'on nomme " les maîtres du soupçon »

NB : L’inconscience, c’est la méconnaissance de soi . Selon ces critiques, la conscience religieuse n’est qu’une conscience partielle et mutilée que l’homme a de lui même.


Critique marxiste de la croyance religieuse

Marx écrit en 1848 L’idéologie Allemande .Il y analyse la notion d'idéologie.

Le matérialisme affirme le lien entre les idées des hommes et la vie matérielle (niveau des forces productives, rapports de production, organisation sociale qui en découle) Les idées des hommes (idées morales religieuses, juridiques esthétiques) découlent de cette vie matérielle ou tout au moins s’expliquent largement par elle. Qui domine la vie économique domine également la vie intellectuelle en imposant les idées nécessaires sa domination. La classe dominante se sert des idées qu'elle diffuse pour masquer les conflits (lutte des classes) existant au sein de la société.

L’idéologie, c’est un système de représentation qui n’a pas de valeur de vérité, mais qui sert à masquer les conflits existant au sein d’une société.

Marx tente donc de montrer après Feuerbach, que les hommes pour dépasser leurs limites matérielles inventent un Dieu pourvu de toutes les qualités dont ils manquent. Il souligne aussi que les classes dominantes peuvent se servir de la religion a des fins de pacification sociale. La religion est donc pour l'homme une consolation illusoire. Elle lui permet dépasser en imagination les limites de sa condition. La formule " la religion est le soupir de. la créature tourmentée, l'âme d'un monde sans cœur, elle est l'opium du peuple " va dans ce sens. Mais Marx considère qu'il est inutile de répandre l’athéisme. La religion joue le rôle de fleurs imaginaires grâce auxquelles l'homme cache ses chaînes réelles. Dire "Dieu est mort" reviendrait à lui faire vivre ses chaînes sans consolation. Par contre, s’il domine l'aliénation réelle de sa situation matérielle ses chaînes tomberont et les fleurs imaginaires deviendront inutiles.

Marx veut ouvrir à l'homme la perspective d'un bonheur réel dans l'histoire On a pu dire que Marx situe, dans un devenir historique les perspectives eschatologiques de la religion. (Eschatos:dernier et logos:discours.) Il considère que la religion met le salut de l’homme dans un devenir imaginaire alors qu'il pense le voir se réaliser dans l’histoire (fin de la lutte des classes, fin de l’exploitation de l’homme par l’homme, maîtrise accrue de la nature.)


Cette approche de la religion par son rôle social est susceptible de critique:

Historiquement, cette fonction sociale de la religion a sans nul doute existé, mais si l’homme ne vivait plus dans une situation matérielle aliénée, échapperait-il à certaines questions auxquelles la religion tente de répondre ?

(Question de la mort, du salut, du sens à donner à sa vie ?)

Certains aspects de la religion n’engendrent –ils pas plutôt des désordres dans la société ?

Il est peut être bon de toujours préciser ce qu'on entend lorsque'on emploie le mot religion : s'agit-il d'une religion révélée, s'agit-il de déisme, s'agit il d'une religion liée ou non au pouvoir politique.

On appelle fanatisme les excès passionnels auxquels se livrent ceux qui pensent détenir la vérité. Le fanatique, c’est celui dont la conviction est telle qu’elle le rend incapable de juger par soi même et d’envisager ou de tolérer d’autres opinions que la sienne. Le fanatique considère son opinion comme vraie, il refuse d’en changer, il refuse d’admettre qu’autrui puisse avoir une opinion différente.

Voltaire réfléchit au 18ème siècle sur le passé français de guerre de religions. (Article "Dieu" du Dictionnaire philosophique adressé à d’Holbach).

Ce qui a divisé les hommes dans la société, c’est le lien entre un pouvoir politique et une religion (La Monarchie française s’appuyait sur la religion catholique.) Les croyants d’une autre religion sont toujours soupçonnés de porter atteinte au pouvoir politique.

Les hommes se battent aussi parce que leur religion étant dite révélée (sa vérité est donnée par Dieu) chacun considère qu’il est dans le vrai et que l’autre à tort, d’où le fanatisme.

Voltaire nomme « superstition » toutes les religions révélées. Elles sont des croyances et sont capables de la pire irrationalité.

Il pense, et c’est le sens de son texte à d’Holbach,(d’Holbach est athée) que le vrai problème est celui de la fonction sociale de la religion. On ne peut pas démontrer que Dieu existe ou qu’il n’existe pas (la métaphysique n’est pas possible comme connaissance), mais on peut considérer qu’il est bon que le peuple ait foi en Dieu pour mieux observer la loi de la société. Voltaire se dit rassuré s’il peut penser que son cocher et son cuisinier croient en Dieu. Il faut pour des raisons de paix sociale poser l’existence d’un Dieu rémunérateur et vengeur.

(Limite de la foi de Voltaire en la raison du peuple !)

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LE DEISME : C’est l’affirmation en dehors de toute révélation religieuse de l’existence d’un être suprême dont la nature et les propriétés restent inconnaissables. Le déisme veut se passer des dogmes révélés de la religion.

Depuis Kant, on distingue le déisme du théisme. LE THEISME veut démontrer par la raison la nature de Dieu, alors que le déisme se contente d’affirmer son existence sans prétendre la comprendre. Le théisme affirme l’existence d’un Dieu unique et transcendant. Il admet que la nature bonne et raisonnable de Dieu est connaissable.