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La Connaissance Scientifique


(La culture de la raison comme raison théorique )

(Mathématiques ,Sciences de la nature , Sciences humaines , Histoire)


Sommaire

Introduction- Mise en place des notions

La technique vise l’utile, la science est savoir, volonté de vérité.

La vérité se dit d'un discours, d'une proposition ou d'un jugement. La réalité, c'est le monde tel qu'il existe en lui même, tel qu'il est donné avant toute représentation humaine.


Qu'est ce qu'un discours vrai?

Il faut essayer d'énoncer les critères du discours vrai.



Etre soucieux de vérité c’est analyser les démarches que l’on fait pour y parvenir. J’affirme que cette proposition est vraie : Sur quelle base puis-je fonder mon affirmation ?

Le croyant (homme religieux) affirme la vérité de ce qu’il avance, mais cette vérité, il l’a reçue d’un prophète, de Dieu.

Le mathématicien démontre . Dans les mathématiques , la raison produit elle même les êtres sur lesquels elle travaille. Elle ne vise pas la réalité.Les êtres mathématiques sont abstraits.

Les sciences de la nature visent la réalité et recherchent l'adéquation de leur discours à la réalité.La raison s'avance vers le réel.

La physique avance des preuves expérimentales, mais la théorie qu’il construit est tenue pour vraie dans telle et telle condition … etc.

Parler de vérité,c'est essayer de faire la part de ce que l’on tient pour vrai, de ce qui est démontré, de ce qui est prouvé expérimentalement.



Qu'est ce que la science ? Naissance historique, caractères généraux.

La technique est une pratique. La science, est une appropriation théorique du monde. Son but n’est pas utilitaire. La science n’a pas existé pas dans toutes les cultures.

Theoria en grec signifie" contemplation". En ce sens une théorie est une vision du réel, mais la théorie va au delà de la vision. La théorie est un ensemble de propositions organisées de manière systématique , visant à donner une représentation abstraite de phénomènes.

Il s’agit de dominer intellectuellement la nature, dans un souci de vérité. La science voudrait former à propos du monde un discours conforme ou adéquat à la réalité, on aimerait que notre esprit soit le miroir de la réalité. Mais la réalité que le scientifique étudie lui sera peut être en un sens toujours cachée.. Il interprète les phénomènes qu’il observe, il construit un modèle qui peut être provisoire.

On peut mentionner la théorie newtonienne de l'attraction. La chute des corps devient un cas particulier du phénomène de l'attraction entre les corps.

On parle de double naissance de la science (A. Koyré) : en liaison avec l’apparition du souci théorique.

La science naît d'abord en Grèce et dans le monde hellénistique. Thalès de Milet (7e` 6ème siècle.) Pythagore (6" siècle)-Archimède (287-212). Euclide (vers 300 AV JC.) Ptolémée. Astronome. On parle de naissance de la pensée scientifique, parce que naît le souci théorique, séparé de la volonté de maîtrise technique de la nature.

Prenons l'exemple de la géométrie. Le mot signifie mesure de la terre. Les égyptiens ont des techniques d'arpentage pour redistribuer les terres après les crues du Nil. La géométrie grecque n'est plus une mesure de la terre. Elle est purement abstraite. Elle s’intéresse aux propriétés de figures idéales. Le triangle du géomètre peut n'être jamais tracé.

Prenons l’exemple de l’astronomie. Le système de Ptolémée est faux, mais Ptolémée a voulu « sauver les phénomènes », il a voulu rendre compte du mouvement apparent des planètes, sans aucun souci pratique, (théorie des épicycles ) alors que l'astrologie qui existe dans toutes les sociétés est animée d'un souci pratique. On voit donc apparaître dans le monde grec, l'intérêt théorique et la volonté de montrer que sous le sensible existe un ordre plus fondamental, qui est mathématique.

La Grèce n'a pas constitué de physique et la question de l'expérimentation n'a pas été posée.


La deuxième étape de la naissance de la pensée scientifique se situe en Occident à la fin du 16è" et au début du 17ème siècle. Trois noms sont à retenir Copernic (1473 -1543) s'oppose au géocentrisme sans donner d'arguments irréfutables. Kepler (1571-1630) : énonce les lois mathématiques du déplacement des planètes. Galilée (1564-1642) énonce en 1604 la loi de la chute des corps, pose le principe d'inertie, et affirme que l'hypothèse copernicienne est vraie.

C’est la naissance de la physique scientifique.

Une révolution intellectuelle a lieu à cette époque : Les sciences de la nature énoncent des lois. Elles décrivent des rapports universels et constants entre les phénomènes. Elles vérifient expérimentalement les lois énoncées, ce qui suppose la reconnaissance du principe de déterminisme. Elles formulent mathématiquement les lois énoncées. (Galilée : "Le livre de la nature est écrit en caractères mathématiques. ")


Comment expliquer cette Renaissance de la science du 16 eme et au 17 eme siècle ?

Il y a révolution où rupture parce qu'il importe de comprendre qu'avant Galilée il n'y avait pas de vide théorique. L'humanité avait ses réponses issues de la tradition aristotélicienne ou de la tradition religieuse. (Il sera très difficile de rejeter l'ancienne vision du monde)

C'est à juste titre que l'on peut remarquer que le plus difficile est de s'étonner. L'homme pensait vivre dans un cosmos clos. Il découvre un univers infini. Il vivait dans le monde de l'à peu près. Il va vivre dans l'univers de la précision et apprendre à mesurer et à quantifier. Il décrivait qualitativement son monde (Aristote), il va trouver à l'univers une infrastructure mathématique.

Rôle de la technique ? Les fontainiers de Florence. Rôle de l’impulsion théorique ? Redécouverte des mathématiciens grecs et de Platon après la chute de Constantinople.



Comment le discours scientifique peut-il faire la preuve de sa vérité ?

Hume emploie un vocabulaire qui peut nous être utile pour souligner des distinctions nécessaires. Il distingue "vérités de raison" et "vérité de fait".

Les mathématiques énoncent des vérités de raison. Le théorème de Pythagore décrit des relations entre des figures. On peut les découvrir par la seule opération de la pensée. On n’a pas besoin que le triangle existe dans l’univers. On prend comme critère de vérité la non-contradiction du discours. Les être mathématiques n’existent que dans la pensée. La vérité en mathématiques est formelle.

La physique énonce des vérités de fait. Le soleil se lève à l'Est. Il se lèvera demain. Comment puis-je dire qu’il s’agit de vérités nécessaires ? (Nécessaire : le contraire est impossible.) La physique étudie des relations entre les corps, mais la physique veut rendre compte de faits réels. La science de la nature recherche des lois, c'est-à-dire des relations constantes entre les phénomènes, mais elle veut les donner comme universelles et nécessaires. Nous tenons pour vrai que le soleil se lèvera demain.

Le discours scientifique est soucieux de vérité, mais les critères de vérité et les procédures de la preuve ne sont pas les mêmes en mathématiques et dans les sciences de la nature. Il faut ajouter que depuis le Dix Neuvième siècle, les sciences humaines tentent de faire la preuve de leur scientificité et sont contestées sur ce point.

Le rôle formateur des mathématiques

Formation à l'abstraction

Les êtres mathématiques sont abstraits, ils n'ont pas d'existence dans l'expérience sensible. Le cercle tracé au tableau n'est pas le cercle du géomètre qui n'existe que dans la définition qu'on en donne. Les mathématiques, et Platon insiste bien sur ce point peuvent donc avoir un rôle dans la formation intellectuelle. Elles nous apprennent que pour connaitre, il faut se détacher de l'expérience sensible. (Le discours mathématique est toutefois hypothètico- déductif : il ne donne pas de vérité absolue. (Voir plus loin) )

Dans les mathématiques, la raison n'a pas affaire à la réalité.

Apprentissage de la rigueur démonstrative.

Problématique : Qu’est-ce que démontrer et tout peut-il l’être ? ( Sujet de dissertation au Baccalauréat)

Qu’est-ce qu’une démonstration ?

Etymologie : D'une racine indo-européenne men " avoir une activité mentale" qui a donné mens, l'esprit et monstrare " monstre"

C’est un raisonnement ( syllogismos) ayant la forme d’une déduction dans laquelle certaines choses étant posées, quelque chose d’autre que ces données en résulte nécessairement par le seul fait de ces données. » (Aristote - Premiers Analytiques)

On démontre en invoquant des raisons et ces raisons doivent être enchaînées logiquement et rattachées les unes aux autres de manière à former des conséquences.

La démonstration repose sur la déduction

« Opération intellectuelle à partir de laquelle nous concluons nécessairement d’une proposition à partir d’une proposition antécédente en vertu de règles logiques »

Règle logique essentielle : la non contradiction


Les points de départ non démontrés.

Tout n'est pas démontré en mathématiques

La démonstration mathématique a pour point de départ des axiomes, des postulats, non démontrés ; Axiomes : propositions censées être évidentes par elles mêmes Postulats = demandes non démontrées. Euclide ne démontre pas de postulat des parallèles, mais il nous demande de l'accepter parce qu'il a des conséquences fécondes. On demande de « tenir pour vrai » une proposition. Il s'agit d'une croyance mais d'une croyance consciente d'elle même, qui se donne pour ce qu'elle est.

La démonstration, c’est le discours qui montre : que montre-t-il ? Il ne montre pas le réel, il montre la raison en acte. La raison qui démontre établit la nécessité d’un résultat, par ses propres forces, sans appuis extérieurs et elle entraîne l’adhésion rationnelle de tous ceux qui la suivent. La démonstration entraîne un assentiment universel.

La démonstration ne recourt jamais à des éléments empruntés à l’expérience pour progresser et se contrôler. La démonstration est fermée sur elle-même La raison montre que ce qu’elle affirme correspond à ce qu’elle sait déjà par ailleurs.

Féconde ou pas ?

Elle déduit ce qui est impliqué dans les prémisses. Platon en parle comme d’un « rêve » République Livre VII Cf. texte de Platon Extrait de La République.: La mathématique ne dit rien sur la réalité, elle part d’hypothèses. Platon souligne que les mathématiques sont hypothético-déductives. Elles tournent les esprits vers le monde des idées, mais ne nous font pas encore pénétrer dans ce monde des essences.

Exemple de sujet de dissertation : "Sur quoi se fondent nos démonstratons ? "


Le rôle du " coeur" au sens pascalien du terme.

Pascal fait remarquer qu’à la base des mathématiques demeurent des premiers principes non démontrés. Il oppose le cœur à la raison.

"Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais encore par le coeur : c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c'est en vain que le raisonnement qui n'y a point part essaie de les combattre" Pensées Fragment Lafuma 110 - B 282 Pléiade P.1221-1222 Les mathématiques sont un modèle de discours rationnel, elle font cependant place à des premiers principes non démontrés, mais " sentis" Pascal appelle « cœur » cette faculté des premiers principes. La raison procède de manière discursive dit-on, elle enchaîne des arguments, mais la voie démonstrative est seconde, la raison n'est pas au fondement de toute démonstration. Le cœur est une faculté qui donne immédiatement sont assentiment au vrai, sans se fonder pour cela sur des preuves. C'est une spontanéité connaissante. Le cœur sent qu’il ne peut pas en être autrement. Je tiens pour vrai ce que je ressens, et je sens qu’il peut en être de même pour les autres. On ne démontre pas la divisibilité à l'infini de l'espace, on ne démontre pas qu'à un nombre, on peut toujours ajouter un autre nombre.

"Toutes ces vérités ne se peuvent démontrer, pourtant ce sont les fondements et les principes de la géométrie. (...)La géométrie ne peut définir les objets ni prouver les principes, mais par cette seule et avantageuse raison que les uns et les autres sont d'une extrême clarté naturelle, qui convainc la raison plus puissamment que le discours. " L' Esprit de Géométrie.

Démontrer souligne donc Pascal revient à conclure des propositions à partir de principes sentis.


Dieu peut-il faire l'objet d'une démonstration ?

Sur ce point, Pascal souligne encore les limites de la démonstration rationnelle. Nous verrons comment il s'oppose ainsi à Descartes.

Dans L'art de persuader, Pascal distingue deux aspects de l'art de persuader : l'art de convaincre et l'art d'agréer. La conviction s' adresse à l'entendement, l'art d'agréer s'adresse à la volonté qui étant corrompue par le péché aime qu'on lui plaise.

Il précise alors que Dieu et les vérités divines sont au dessus de l'art de persuader. S'agissant des vérités divines : " Dieu seul peut les mettre dans l'âme et par la manière qu'il lui plait. Je sais qu'il a voulu qu'elles rentrent du cœur dans l'esprit, pour humilier cette superbe puissance de raisonnement" "C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison" (278 Brunswicg) "La foi est un don de Dieu, pas un don du raisonnement" Fragment 279


On peut donc s'interroger sur le sens du projet d'apologie de la religion chrétienne. ( TL en liaison avec la lecture en Lettres des Pensées)

On ne peut croire dans le christianisme par la seule raison ou par une foi purement humaine ( c'est à dire par une foi donnée par des arguments humains, on ne peut le croire que par une foi donnée par Dieu ( qui décide de toucher le cœur de l'homme).

Les Pensées s'adressent aux libertins. Le Dieu du christianisme ne se fait connaître que de ceux à qui il donne lui même la foi. Si le libertin est touché par la grâce, alors il sera convaincu par les preuves, s'il n'est pas touché par la grâce, il ne sera pas convaincu. Lafuma 7 : "La foi est différente de la preuve. L'une est humaine, l'autre est un don de Dieu" Mais Pascal reconnait que la preuve peut être un instrument de la foi.

A la fin de Lafuma 110 Pascal écrit : "Ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment de cœur sont bienheureux et bien légitimement persuadés, mais ceux qui ne l'ont pas nous ne pouvons la leur donner que par raisonnement en attendant que Dieu la leur donne par sentiment de cœur, sans quoi la foi n'est qu'humaine et inutile pour le salut"'

Si la "foi humaine" est inutile par le salut, s'agit il de produire par les preuves une foi humaine en attendant que Dieu convertisse ? En Lafuma 5(247) on voit le libertin répondre que "selon cette religion même, quand il croirait ainsi, cela ne lui servirait de rien" En Lafuma 11 ,Pascal présente une utilité des preuves : l'apologiste ne peut pas convaincre ou persuader de la vérité de la religion, mais il peut "ôter les obstacles" et préparer la machine. L'utilité des preuves est présentée comme négative.

Préparer la machine, c'est préparer le cœur à la réception de la grâce. Il s'agit au moins de diminuer ses passions. Lafuma 821 " Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automates, autant qu'esprit. Et de là vient que l'instrument par laquelle la persuasion se fait n'est pas la seule démonstration" La machine, l'automate, le corps sont sources des passions. quand l'esprit est convaincu par des preuves et que " l'automate est incliné à croire le contraire, ce n'est pas assez. "


La démonstration mathématique peut elle servir de modèle aux autres discours ?

Descartes fait des mathématiques le modèle de toute science. Règles pour la Direction de l’Esprit Règle II (1628) « Ceux qui cherchent le droit chemin de la vérité ne doivent s’occuper d’aucun objet à propos duquel ils ne puissent obtenir une certitude égale à la démonstration de l’arithmétique et de la géométrie »

Règle III : « Construire de longues chaînes de raisons, toutes simples et toutes faciles ». Il faut prendre un point de départ évident (pas l’évidence du sens commun, mais une évidence qui a résisté au doute, et dont on va intuitionner la vérité « Par intuition, j’entends, non pas le témoignage changeant des sens, ou le jugement trompeur d’une imagination, mais la conception d’un esprit pur et attentif, conception si facile et si distincte qu’aucun doute ne reste sur ce que nous comprenons »

Chacun peut voir par intuition « Qu’il existe, qu’il pense, que le triangle est défini par trois lignes seulement » De ce point de départ, clair distinct, on déduit un certain nombre de conséquences

« Par un mouvement continu et ininterrompu de la pensée » Règle III

La déduction peut se ramener à une intuition : on parcourt tous les maillons de la chaîne. Intuition et déduction sont les deux voies de la science.

Descartes construit un arbre de la sagesse. La sagesse peut être un savoir total ordonné en un bel édifice démonstratif. Les racines de l'arbre sont la métaphysique, le tronc la physique, les branches de l'arbre la mécanique, la médecine et la morale. Métaphysicien, Descartes pose l'affirmation " Je me connais moi même comme substance spirituelle" comme première vérité, il en déduit la démonstration de l'existence de Dieu. ( le Dieu dont il démontre l'existence est l'Etre Infini) .Le Dieu vérace est le garant de la vérité en physique etc... Descartes, physicien démontre qu'il ne peut pas y avoir de vide dans la nature. ( Il se trompe, la physique réussit en se fondant sur une méthode expérimentale)

Attention : Descartes ne rejette pas les autres voies de la recherche de la vérité. Descartes est chrétien, il fait une place à la foi :

« Pour ce qui a été révélé par Dieu, nous y croyons comme à une connaissance plus certaine encore puisque la foi porte toujours sur des choses obscures et est toujours un acte, non de l’intelligence, mais de la volonté »

La religion nous demande de croire à des dogmes que la raison ne comprend pas : ex pour les catholiques romains, le dogme du Dieu trinitaire ( en trois personnes).



La vérité dans les sciences de la nature

Les sciences de la nature renvoient à une réalité. Comment peuvent elles aller vers cette réalité ? Elles s’appuient sur l’expérience. Le mot expérience est équivoque.

Les sens du mot expérience

1. Expérience, comme expérience vécue :être un homme d’expérience.

Un homme d’expérience est un homme qui a acquis assez de familiarité avec le monde pour ne pas être déçu dans ses attentes, pour anticiper des effets. L'expérience peut être utile à l'action. L'histoire constitue l'expérience de l'humanité. Le réalisme politique de Machiavel propose ainsi des leçons aux hommes politiques en s'inspirant de l'expérience vécue par d'autres acteurs de l'histoire. S'il conseille aux hommes politiques d'agir en hommes quand ils le peuvent, mais en animal( renard ou lion ) quand la nécessité l'impose, c'est parce que l'expérience historique lui montre que les hommes politiques loyaux perdent aisément leur pouvoir.

On peut dire que la jurisprudence, c'est un recueil d'expériences. On a appliqué la loi dans des cas particuliers,et on garde la mémoire de ces décisions des magistrats. On peut y trouver une instruction pour des décisions futures.

2/Expérience comme expérience sensible. Le mot expérience vient du mot éprouver. Le monde affecte mes sens, il m'est donne par cette expérience sensible.

L’expérience sensible ne me donne que des exemples, des cas particuliers. Elle me donne une diversité plus que la régularité de la loi. Je vois des corps tomber de dix façons différentes, je ne vois pas la régularité de la loi.


3/L’expérience comme expérimentation, au sens scientifique du terme.

Il s’agit de créer de toute pièce une situation artificielle, dont on contrôle tous les paramètres afin de vérifier une hypothèse qu’on a faite. L'expérimentation part de la théorie construite par la raison et sert à la vérifier. Elle est active.

Ex : le plan incliné de Galilée.L'expérience de Torricelli sur le vide et la pression atmosphérique.

La science de la nature se constitue en rupture avec l'expérience sensible Elle s'appuie sur une méthode expérimentale.

Sujet de dissertation : Y-a-t- il des expériences sans théorie ?

La science contredit l'expérience sensible

"Voici une pierre assez lourde, et qui tombera si je la laisse ; la cause qui fait qu’elle tombe, et qui fait aussi qu’elle presse et pousse contre ma main, c’est bien son poids, comme on dit, et ce poids est en elle. Mais pourtant non, pas plus que la valeur n’ est dans l’or, autre fétiche, ou l’amertume dans l’aloès. La pierre pèse, cela veut dire qu’il s’exerce entre la pierre et la terre, une force qui dépend de la distance et des deux masses ; ainsi la terre pèse sur ma main, aussi bien que la pierre ; et cette force de la pesanteur n’est pas plus cachée dans la terre que dans la pierre, mais est entre deux et commune aux deux : c’est un rapport pensé (…). Mais qui ne voit que l’imagination nous fait inventer ici quelqu’effort dans la pierre, qui lutte contre notre effort et se trouve seulement moins capricieux que le nôtre ? Cette idolâtrie est bien forte ; et l’imagination ne s’y arrachera jamais ; le tout est de ne pas en être dupe, et de ne point juger par cette main crispée. " Alain 81 Chapitres sur l’esprit et les passions.

Pour comprendre le texte :

Newton élabore la théorie de l’attraction : deux corps s’attirent à distance, proportionnellement à leur masse, et d’une manière inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare. (mm’) La masse est une propriété des corps, pas le poids qui vient d’une relation entre deux corps. un cosmonaute a la même masse, pas le même poids, selon qu’il est sur terre ou dans l’espace.

Alain oppose raison et opinion.

Opinion : Alain part d’un exemple : la pierre pousse contre la main. « On dit » que son poids est en elle. A la poste, on me parle du poids de mon colis. Notre corps et notre sensibilité nous font introduire des jugements sur la réalité. Ma main me dit que ma valise est lourde en elle même. C’est le langage de l’opinion ou du sens commun.

Raison : « Cela veut dire » Alain introduit l’explication rationnelle, celle de la science de Newton. Le poids n’est pas dans la pierre. La raison montre que l’explication de bon sens n’était qu’une illusion.

La valeur n’est pas dans l’or (C’est une convention)

L’amertume n’est pas dans l’aloès : (c’est une sensation.)

« Fétiche »: terme religieux. Alain l’emploie pour montrer que la raison dénonce la croyance ;

La raison dit que le poids diffère de la masse. Le poids dépend de l’attraction de la planète sur le corps.L’attraction est « un rapport pensé » : une loi établit ce rapport.

La science décrit un « comment ». L’attraction elle-même est inconnue, on en mesure les effets. La raison permet de détecter les sources de l’erreur : la sensibilité et l’imagination. « Qui ne voit que l’imagination nous fait inventer quelqu’effort dans la pierre ? »

« Lutte » « capricieux » sont des termes renvoyant à l’action humaine. C’est de l’anthropomorphisme. (Imagination : faculté de former des images à partir de données sensibles)(La physique d’Aristote place un impetus dans la pierre, une tendance au repos)

Est-il aisé d'abandonner les illusions liées au sensible ?

« Idolâtrie » renvoie à « fétiche ». C’est un mot du vocabulaire religieux. Il s’agit d’une croyance très forte. « L’imagination ne s’en arrachera jamais » On ne peut pas quitter son corps. L’idole est une représentation de la divinité qui est adorée en lieu et place de la divinité elle-même. Le sensible est une idole : on le prend pour la réalité elle-même. L’erreur consiste à placer dans un objet une propriété qui ne lui appartient pas.

On peut au moins « ne pas en être dupe » On ne peut quitter son corps, mais on peut « ne pas juger par cette main crispée ». Mes réactions ne vont pas changer, mais je ne dois pas juger du réel en fonction de mes réactions. Problème posé par le texte :

Nous n’avons affaire à la réalité que par l’intermédiaire de notre corps. Notre sensibilité nous pousse à porter sur le monde extérieur des jugements où intervient l’imagination. La pensée scientifique récuse l’imagination et propose une explication rationnelle. Est-il aisé de renoncer à l’erreur ?



Analyse de la méthode expérimentale

Sujets de dissertation:

Nos connaissances viennent elles entièrement de l'expérience? A quoi reconnait-on une théorie scientifique? L'expérience conduit-elle d'elle même aux théories scientifiques?


Lecture Kant : Préface de la Critique de la Raison Pure - (1781-1787 )

Qu'est ce que connaître ? Kant analyse la réussite de Galilée et de Torricelli. (Le 3ème exemple pourrait être celui de Lavoisier, dont la chimie supplante la chimie de Stahl)

Quand ces physiciens eurent trouvé leur méthode, « une lumière se leva pour tous les physiciens ».Ils ont accompli une révolution intellectuelle et engagé la physique « dans la voie sûre de la science ».

Les physiciens comme Galilée ont donc compris qu'il fallait forcer la nature à répondre aux questions que l'esprit pose à partir de ses a priori.

Tout le texte oppose un esprit qui recevrait passivement des données de l'expérience, à un esprit actif. L'esprit ne doit pas se laisser « mener à la lisière », il n'est pas « comme un écolier qui apprend tout de son maître ». L'observation passive conduirait à aller au hasard. La raison doit « prendre les devants avec ses principes » , elle construit une expérimentation à partir de ses principes. Elle est « comme un juge en fonction » qui « force les témoins à répondre à ses questions ».

La science moderne est née lorsque Galilée a compris qu'il fallait partir d'une interrogation théorique et aller vers l'expérience qui est alors expérimentation, pour obtenir une réponse à cette question. Cette question est posée dans un langage géométrique et mathématique.

Galilée croit que la nature utilise toujours les voies les plus simples . Le mouvement de la chute des corps doit être le plus simple: le mouvement uniformément accéléré. mais il n'impose pas cette conclusion comme le ferait un métaphysicien , il construit un processus , le plan incliné pour vérifier son hypothèse.

Les empiristes ont raison de souligner que la science n'est pas livresque, et qu'il faut observer la nature. Ils ne perçoivent pas assez l'activité de la raison dans l'observation. Si on observe passivement , sans poser de question, on ne voit rien. Les rationalistes on raison de souligner l'activité nécessaire de la raison, mais celle -ci n'a pas le droit d'imposer ses conclusions théoriques sans vérification par l'expérimentation.



Kant est ainsi à même d'expliquer la réussite des sciences de la nature. Il oppose cette réussite à l'échec de la métaphysique.

La physique parvient à faire l'accord des esprits autour de propositions universelles et nécessaires alors que les métaphysiciens n’ont pas su dépasser leurs contradictions. Souligner les échecs de la métaphysique risque d'engendrer le scepticisme en discréditant la raison elle même.

Kant montre qu'à l'intérieur de certaines bornes une connaissance est possible, alors que si l'on franchit ces bornes, on a tout au plus affaire à des postulations Il fait une critique de la raison..

Qu'est ce qui nous permet d'affirmer la nécessité des lois de la nature ?

Mon expérience étant singulière, ai-je le droit de dire : il en sera toujours ainsi. C’est ce que fait pourtant l’homme d’expérience, et même le savant qui répète plus rigoureusement l’expérimentation. Je dis que les mêmes causes engendreront toujours les mêmes effets Nous pratiquons toujours de tels raisonnements de causalité, ou bien dans l’expérience commune, ou bien dans l’expérience de la science.

La science de la nature repose sur un raisonnement inductif. Nous avons observé quelques cas, mais jamais tous les cas possibles, et pourtant la science énonce des lois universelles : valables pour tous les cas. Hume fait remarquer qu’il y a là une croyance. Nous tenons pour vrai que ce qui a été observé dans quelques cas se reproduira toujours. L’esprit a pris un pli, je passe par habitude du phénomène qui est donné à celui qui n’est pas encore donné

Comment procédons nous dans ces inférences causales ? Comment procède l’esprit ? Je remarque un ordre de succession : un conjonction (et puis). Je remarque que la conjonction se répète. Je n’observe qu’une régularité. J’ai observé qu’un phénomène suivait régulièrement un premier phénomène.

Si je dis qu’un phénomène est cause d’un autre phénomène, j’anticipe sur une expérience que je n’ai pas encore faite et que je ne ferai peut être pas. L’esprit a pris un pli, je passe par habitude du phénomène qui est donné à celui qui n’est pas encore donné.

J’ai pris un pli : c’est une détermination subjective de mon esprit, et j’en fais un principe objectif valable universellement pour tout ce qui se produit sur la terre. Nos jugements de causalité ne sont-ils pas sans justification rationnelle possible ? Ne sommes nous pas plutôt dans l’ordre de la coutume ou de la croyance ?

« Quand nous avons coutume de voir deux impressions unies l’une à l’autre, l’apparition de l’une ou son idée, nous conduit immédiatement à l’idée de l’autre »

Hume Traité de la Nature Humaine. I -3- 8.

La coutume est donc un grand guide de la vie humaine. Quand je me pose la question : sur quoi mes énoncés sont-ils fondés ? Je dois répondre, la croyance ou la coutume. Le soleil se lévera-t-il demain ?

(NB : Les objections de Hume sont importantes, puisque rappelons le, la science recherche des lois universelles et nécessaire et s’appuie sur le principe de déterminisme selon lequel les mêmes causes engendrent toujours les mêmes effets.)

Comment Kant répond -il ? Kant répond à l’empirisme :

Il faut savoir gré à l'empirisme d'avoir souligné que nos facultés intellectuelles ont besoin de recevoir des données sensibles pour entrer en activité. Hume a réveillé Kant dit-il, de « son sommeil dogmatique » .Les métaphysiciens ont eu tort de raisonner a priori uniquement.

Mais Kant montre que l'esprit intervient activement dans l'élaboration de la connaissance. Connaître, c'est mettre en forme et organiser au moyen de notre sensibilité (formes a priori de l'espace et du temps et de notre entendement (catégories de l'entendement) une matière donnée dans l'expérience. La connaissance dépend de l'activité du sujet connaissant. Tout savoir fait appel à des principes a priori (ne dérivant pas de l’expérience) par lequel l'esprit organise les données sensibles qui sont en elles même des données chaotiques.

Par exemple, Kant considère que la relation de causalité ne peut être tirée de l'expérience comme le voulait les empiristes. Elle est a priori « Lorsque nous apprenons qu'une chose arrive, nous présupposons toujours qu'une chose a précédé dont la première découle selon une règle » Les lois ne pourraient pas être universelles et nécessaires si elles n'étaient que des résumés d'expériences passées.

« Que toute connaissance commence avec l'expérience, cela ne soulève aucun doute ». Chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l'expérience et c'est avec elles que toutes commencent. Mais si « toute notre connaissance débute avec l'expérience, cela ne prouve pas qu'elle dérive toute de l'expérience. » (Critique de la Raison Pure)

Bornes de la connaissance : pas de métaphysique comme science

Sujet de dissertation : S'il n'y a de science que du nécessaire, la théorie peut elle se fonder sur l'expérience ?

Le critère de la réfutabilité ou de la falsifiabilité ( Anglais : to falsify = réfuter.)

La falsifiabilité, c’est le caractères des théories scientifiques qui sont par nature susceptibles d’être réfutées mais qui ne pourront jamais être définitivement confirmées.Une théorie scientifique prend un risque , face à l'expérience La théorie scientifique est celle qui a résisté aux contrôles pouvant l’infirmer ou la démentir. On ne prouve pas qu’une théorie est vraie, mais plutôt de manière négative qu’elle n’est pas fausse.

Une théorie irréfutable n’est pas « vraie » : ce n’est pas une théorie scientifique. (Marxisme, psychanalyse)

La méthode scientifique n’est pas l’induction, mais la méthode déductive de contrôle. Etant donné une hypothèse H, il est possible d’en déduire certaines conséquences susceptibles de la confirmer. Si les conséquences sont rencontrées, elle est confirmée, sinon elle est démentie.

Popper en tire des conséquences politiques :

Il y a une logique libérale de la science : elle accepte une diversité de théories pourvu qu’elles soient soumises au contrôle. Il y a une éthique de la vérité propre aux sociétés démocratiques. Les sociétés closes sont des sociétés qui reposent sur des explications totalisantes et non réfutables du monde (sociétés communistes)

Peut- on affirmer que notre raison atteint le réel ? La théorie scientifique n'a jamais fini de prouver sa vérité.

Le discours scientifique n'est il pas toujours à distance de la réalité?

(On met les maths à part )

Qu'entend on par réalité ?

L’ensemble des choses qui sont- L’être véritable des choses par opposition à l’apparence

Que cherche t-on ? La vérité dans les sciences de la nature est définie comme une adéquation avec la réalité, mais on ne fait que tendre vers cette adéquation qui est considérée comme toujours à faire, voire comme impossible.

Einstein compare le physicien devant la nature à un ingénieur auquel on demanderait de rendre compte du mouvement des aiguilles d’une montre, en lui interdisant d’en ouvrir le boîtier ; Il invente un modèle théorique qui rend compte du mouvement des aiguilles observé, il décrit des rouages possibles, mais il ne peut garantir de manière absolue que sa reconstruction coïncide bien avec le mécanisme réel à l’intérieur du boîtier.

La science produit des modèles qui aident à comprendre, sans garantir la coïncidence absolue du modèle avec la réalité. C’est une représentation actuelle du monde :

NB : La physique moderne abandonne le réalisme :

Théorie : synthèse cohérente des explications, des faits, des lois.

D'une théorie scientifique, il faut souligner :

Qu'elle n'est jamais vérifiée qu'en fonction des instruments d'investigation dont l'époque dispose : lunette de Galilée ou "Hubble", microscope ou microscope électronique. etc..

Qu'une nouvelle observation peut toujours être faite qui pourrait venir la remettre en question

Que cette vérification est relative à la précision des instruments de mesure dont on dispose, ainsi qu'à la puissance des instruments mathématiques de calcul.

On pourrait dire qu'il n'y a pas a pas de vérité définitive dans les sciences de la nature, mais pour plusieurs raisons différentes.

Cas à part : les théories pré-scientifiques : On peut abandonner totalement une théorie pré- scientifique qui n'avait d'autre confirmation que l'expérience sensible (ex : le géocentrisme)

On peut affiner une théorie et l'englober comme cas particulier dans un cadre plus général. Si l’on considère des faibles vitesses, la mécanique de Galilée suffît. Pour de très grandes vitesse il faut considérer que la masse varie. On ne dira pas que la mécanique de Galilée est "fausse". mais qu'elle a une application limitée. D'une manière analogue les lois de Kepler sur les mouvements des planètes sont seulement approchées : on sait maintenant que les ellipses décrites ne sont pas des ellipses géométriques idéales.

En ce qui concerne le sort d'autres théories, on peut dire qu'il est en suspend : le darwinisme (et le néo- darwinisme) ont reçu aux yeux de certains quelques éléments de confirmation D'autres ne prennent pas en considération ces "confirmations" L'existence d'une évolution est reconnue. Son explication théorique fait l'objet de débats.

NB : Selon la terminologie de C. Bernard, nous venons de parler de l'ignorance "relative" du savant. Bernard introduit également l'idée d'une ignorance "absolue". Il considère que la science est à tout jamais à distance de l’en-soi des choses. et que la réalité en elle même est hors de sa portée. "En instruisant l'homme écrit-il la science expérimentale a pour effet de diminuer de plus en plus son orgueil, en lui prouvant chaque jour que les causes premières, ainsi que la réalité objective des choses, lui seront à jamais cachées, et qu'il ne peut connaître que des relations"' (P.60- Introduction à la Médecine expérimentale) Claude Bernard s'inscrit dans un courant de pensée : le positivisme dont le chef de file est A Comte. Le positivisme tourne la recherche scientifique vers l’application technique de la science : « Savoir, prévoir, pouvoir. »

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Sujets de dissertation :

"Une vérité scientifique est elle indépendante du temps ? " "Le renouvellement des théories scientifiques conduit il à douter de la certitude des sciences ? »


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Quelle place donner à la science dans notre culture?

Sujets de Dissertation: La science peut-elle tenir lieu de sagesse ? Pourquoi vouloir la science ?

Lorsque nous nous interrogeons sur les raisons pour lesquelles nous pouvons vouloir la science, la justification la plus immédiate qui vient à l’esprit est la justification utilitaire : nous voulons la science pour ses applications techniques et nous considérons plutôt les aspects positifs de ses applications : vaccins, amélioration des conditions de vie. Ceci renvoie à la question déjà rencontrée, le progrès d’une culture se mesure t-il au progrès technique ?

Il ne faut pas oublier que la science est seulement descriptive : elle décrit des « comment » , elle ne prescrit rien. (elle ne dit pas ce qu’il faut faire ). Si par ses applications elle rend possibles un certain nombre d’actions, elle ne porte pas, par elle même des jugements de valeur sur ces actions possibles. Kant au 18ème siècle montre bien que progrès des sciences et des techniques n’a jamais signifié « moralisation de l’homme » ; seule la moralité porte des jugements de valeurs sur ce que la connaissance scientifique rend possible par ses applications techniques. (Voir actuellement le débat sur les applications possibles des connaissances génétiques. La science montre l’origine d’une maladie génétique. Elle ne prescrit pas l’eugénisme (action pour purifier la race). Il s’agit là de choix moraux ou politiques. Les techniques montrent avant la naissance qu’un enfant peut naître handicapé. La science elle même ne dit pas que cette vie n’a pas de valeur. C’est un choix moral ou une décision juridique.)

Il est arrivé historiquement qu’un régime politique justifie ses décisions par des références à la science. (Hitler et les références au darwinisme dans « Mon Combat ». Il s’agit d’une manipulation idéologique tout a fait approximative des théories de l’évolution. On peut tirer une leçon de ces perversions historiques du discours scientifique : mieux vaut être le mieux informé possible par soi même pour ne pas se laisser duper.

L’importance de la science se mesure peut être à la manière dont une culture scientifique transforme les mentalités. Les progrès de la science signifient progrès de la rationalité scientifique, et inversement reculs des croyances les plus irrationnelles, voire de la superstition.

Le siècle des Lumières a insisté sur les progrès intellectuels que l’humanité peut faire. On définit l’homme comme un être doué de raison, mais il n’est peut-être rationnel qu’en puissance ( Il laisse peut être sa raison en sommeil et n’utilise pas ses potentialités). Le 18ème Siècle voit se dessiner dans l’histoire une marche en avant de l’humanité vers la conquête de l’autonomie intellectuelle.


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« La première condition que doit remplir un savant qui se livre à l’investigation dans les phénomènes naturels c’est de conserver une entière liberté d’esprit assise sur le doute philosophique. Il ne faut pourtant point être sceptique ; il faut croire à la science, c'est-à-dire au déterminisme, au rapport absolu et nécessaire des choses, aussi bien dans les phénomènes propres aux êtres vivants que dans tous les autres ; mais il faut en même temps être bien convaincu que nous n'avons ce rapport que d’une manière plus ou moins approximative, et que les théories que nous possédons sont loin de représenter des vérités immuables. Quand nous faisons une théorie générale dans nos sciences, la seule chose dont nous soyons certains, c'est que toutes ces théories sont fausses absolument parlant. Elles ne sont que des vérités partielles et provisoires qui nous sont nécessaires, comme des degrés sur lesquels nous nous reposons, pour avancer dans l'investigation ; elles ne représentent que l'état actuel de nos connaissances, et, par conséquent, elles devront se modifier avec l'accroissement de la science, et d'autant plus souvent que les sciences sont moins avancées dans leur évolution. » 'Claude Bernard



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