Le Contrat Social de Rousseau
Le Contrat Social. Jean Jacques Rousseau.
Liste des Extraits étudiés:
Chapitre 1 :
Chapitre II: Des premières sociétés.
Chapitre III : Du droit du plus fort.
Chapitre IV : De l’esclavage. « Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme … n’a aucun sens. »
Chapitre VI : Du pacte social.
Chapitre VII : Fin du chapitre sur la nécessaire obéissance à la loi « Chaque individu
peut comme homme avoir une volonté particulière contraire …abus »
Chapitre VIII. De l’état civil.
LIVRE II
Chapitre III : Si la volonté générale peut errer.
Jusqu’à : « l’avis qui l’emporte n’est qu’un avis particulier »
LIVRE III
Chapitre IV : De la démocratie.
LIVRE IV :
Chapitre VIII : De la religion civile. Extrait : « Il y a donc une profession de foi purement civile … les cultes que nous avons exclus. »
Contrat Social : Livre I Chapitre 1
Rousseau annonce son projet.
« L’homme est né libre et partout, il est dans les fers »
« L’homme est né libre » reprend la thèse du 2ème discours. (Discours sur l’Origine et les Fondements de l’Inégalité parmi les hommes)
En développant la fiction de l’état de nature, Rousseau a montré que les hommes y jouissent d’une liberté d’indépendance.
L’homme y est pensé sans relation avec Dieu (non soumis à l'autorité de Dieu )et nul homme n’a par nature une autorité sur un autre homme. Nul ne naît pour être maître, nul ne naît pour être esclave. Chacun a seul par nature autorité sur soi même.
« Partout il est dans les fers » : renvoie à l’analyse du fait, de la réalité historique. Dans son époque Rousseau découvre des lois inégalitaires instaurant la domination des uns sur les autres.Quand il écrit le Contrat Social, le régime politique en France est celui de la Monarchie de droit divin, et il existe des privilèges liés à la naissance ( privilèges aristocratiques).
Il ne faut pas imaginer que les « maîtres » sont libres. Quand des rapports de violence existent entre les hommes, le maître a besoin de son esclave pour sa subsistance, il a besoin aussi de s’assurer de la fidélité de ceux qui lui sont soumis. Moralement, il est prisonnier de ses propres passions.
S’il n’y avait pas de droit, il n’y aurait entre les hommes que des rapports de force ; le problème politique serait simple : obéir quand on ne peut pas faire autrement et « secouer le joug » quand on peut renverser le rapport de force.
Mais Rousseau veut se placer dans l’ordre du droit : qu’est-ce qui fonde un pouvoir politique, qu’est ce qui le rend légitime et l’autorise à donner des ordres? Le but de l'ouvrage, c'est la recherche du pouvoir politique légitime.
Rousseau annonce le plan de sa démarche :
Sur quoi se fonde le droit ? (qu’est ce qui autorise un pouvoir politique à donner des ordres et à se faire obéir ? )
« Ce droit ne vient pas de nature » puisque nous l’avons vu plus haut rien ne fonde dans la nature un homme à se faire obéir d’un autre homme.
Rousseau examinera dans le texte les fondements naturels que certains auteurs prétendent donner au pouvoir politique. Ils les réfutera.
« Il est donc fondé sur des conventions » Les hommes n’ayant à se plier à aucune puissance naturelle, leur obéissance ne peut résulter que de leurs propres engagements.Il faut qu'ils consentent à obéir. Il faut que par un accord, un contrat, les hommes délèguent à un pouvoir politique l’autorité que chacun d’entre eux a par nature sur soi même.
C'est ce qui explique le titre : Le Contrat Social. Si les hommes vivent en société politique sous la loi qule but poursuivent-ils?
Que consentent-ils à abandonner ? Que souhaitent-ils recevoir en échange ?
« Il s’agit de savoir quelles sont ces conventions » . Rousseau réfutera les conventions qui lui paraissent inacceptables. Son adversaire politique est Hobbes ainsi qu'un juriste Hollandais Grotius ( Hugo De Groot)
Il faudra choisir entre les conventions possibles : tous les contrats ne sont pas acceptables.
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Livre I Chapitre II Des premières sociétés
Il n’y a pas d’autorité naturelle d’un homme sur son semblable : le pouvoir ne peut se fonder en invoquant l'autorité naturelle d'un père sur ses enfants. Il n'y a pas d’esclavage naturel.
Rousseau combat ainsi deux fondements possibles donnés parfois au pouvoir politique.
"La famille est si l'on veut le premier modèle possible des sociétés politiques; le chef est l'image du père, le peuple est l'images des enfants."
Rousseau combat cette idée en soutenant que le lien qui unit la famille est en fait un lien contractuel. Tout se passe comme si , à partir du moment où les enfant n'ont plus besoin du père pour les nourrir , ils acceptaient par contrat de continuer à se soumettre à son autorité. Dans une famille le père donne ses soins aux enfants par amour . Dans une société politique, seul existe chez le chef le plaisir de commander. Rousseau trouve que la comparaison est inadéquate et qu'un chef politique n'a pas à se comparer au père de famille.
(Affiches de propagande stalinienne: Staline, le petit Père des peuples.)
On prend aussi comme modèle du pouvoir politique , la relation entre le berger et son troupeau.Cette métaphore pastorale suppose une inégalité naturelle entre le berger et son troupeau , ce qui bien sûr est inacceptable pour Rousseau.On peut aussi se demander dans quel intérêt le berger conduit son troupeau. Ect-ce l'intérêt du troupeau ou le sien propre? Il mentionne Aristote qui admettait que certains hommes peuvent naître avec une volonté infirme et ont alors besoin d'un maître qui les commande. Il égratigne Hobbes au passage car il considère que celui -ci admet la soumission de certains hommes à d'autres.
La fin du paragraphe et ironique . Rousseau renvoie une ancienne conception du monde, issue de l'Ancien Testament et en vigueur encore au Moyen Age.Le monde aurait été partage entre les trois fils de Noë.
Livre I chapitre III : Du droit du plus fort
La force ne peut être un fondement naturel de l'autorité politique
Le texte distingue l’ordre de la force de l’ordre du droit, les pouvoirs légitimes de ceux qui ne le sont pas . Deux sortes d’obéissance s’opposent , l ’une morale, l’autre non .
Etre soumis à la force, c'est être contraint physiquement .On obéit par prudence, pour rester en vie, sans se sentir moralement tenu d'obéir."La force est une puissance physique, quelle moralité pourrait résulter de ses effets?" L’exemple de la fin du texte explicite cela .
Je donne ma bourse au brigand sous la menace de son arme, si je puis changer le rapport de force en ma faveur, je le fais, ma volonté n'était pas moralement liée.
Quand je reconnais qu'un pouvoir est juste, fondé en droit, quand je le tiens pour légitime, alors au contraire, j'en reconnais moralement la valeur, et j'obéis par conscience, même si ce pouvoir n'a pas la force de me contraindre. Je « dois vouloir » lui obéir . A la force , on obéit « par nécessité » , on n’a pas de choix , on obéit par « prudence », c’est à dire pour rester en vie .
. Quel sens possible peut prendre l'expression droit du plus fort ?
C’est une expression courante Ce pourrait être celui de la dissimulation mentionnée en début de paragraphe. « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. » Un pouvoir politique veut régner sur les esprits, recueillir l'adhésion des consciences, au lieu de se contenter d'être le plus fort. Il lui est plus facile de dominer s’il recueille cette adhésion.
On verra ainsi au 19ème siècle, Bonaparte arrivé au pouvoir par la force (général en chef de l’Armée d’Italie – coup d’Etat du 18 Brumaire …..) se parer d’une légitimité de droit divin en se faisait sacrer à Paris.C’est un camouflage : la force ne peut pas vraiment se transformer en droit .Beaucoup de dictateurs actuels essaient de trouver dans les urnes, une apparnet légitimité démocratique. Dire que la force fonde le droit ne peut avoir qu'un sens ironique:c'est le constat qu'on fait quand les chars soviétiques entrent à Prague en 1968, mais justement pour dire qu'ils sont là en violation de tout droit des peuples à disposer d'eux mêmes, ils sont seulement les plus forts.
Au sens strict : c’est un « galimatias inexplicable » L’expression est pour Rousseau, obscure embrouillée, dépourvue de sens.
« Si c’est la force qui fait le droit, l’effet change avec la cause » (le droit, c’est l’effet, la force la cause)
Dire que la force fonde le droit revient à dire que chaque fois qu'un plus fort émerge, le droit change .Le plus fort fonde un nouveau droit.
C'est le reproche fait par Rousseau à Hobbes. Le Léviathan (l’état) est là pour assurer la sécurité à l'intérieur et la paix à l'extérieur. S'il est défait sur le champ de bataille, on cesse de lui obéir et le plus fort qui a pris sa place dit le juste et l'injuste. Il fonde un nouveau droit.
Rousseau ne peut accepter une telle analyse parce qu'à ses yeux, il n'y a pas plusieurs légitimités. « Tout pouvoir légitime est républicain » Le seul pouvoir légitime est celui qui rétablit et assure dans la cité le respect des droits naturels de l'homme et qui supprime les rapports de force entre les membres du corps politique.
« Qu’est ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? » Comme on l’a dit plus haut : on se sent moralement tenu d’obéir à un pouvoir légitime, même si la force n’est plus de son côté.
En France,pendant la dernière guerre mondiale, la résistance se met du côté de la légitimité républicaine, même si celle si a été déposée par une occupation militaire.
"Obéissez aux puissances"
St Paul écrivait : « Obéissez aux puissances » (Epître aux Romains ) Le chrétien considère qu'il faut obéir à tout pouvoir politique quelqu'il soit , en y voyant l'émanation de l'autorité de Dieu (Dieu peut aussi envoyer un prince cruel, fléau de Dieu).
Rousseau répond à St Paul qu'il faut distinguer entre les pouvoirs politiques, faire la différence entre ceux qui sont justes et ceux qui ne le sont pas, et remédier à l’injustice. « Tout pouvoir vient de Dieu, mais toute maladie en vient aussi, et il n'est pas défendu d'appeler le médecin. » écrit-il.
Il y a donc pour Rousseau un remède à la violence en politique parce qu’on peut trouver les principes fondant la légitimité d'un pouvoir politique.
Le pouvoir politique légitime repose donc sur une convention :
-Livre I Chapitre IV : de l’esclavage. (Il s’agit du pacte d’esclavage ) Il ne suffit pas qu’un pouvoir repose sur un pacte pour être légitime : il y a de mauvais pactes
Livre I chapitre VI : Du pacte social. Rousseau décrit le pacte républicain.
Contrat Social Livre I - Chapitre IV De l'esclavage.
(Il s’agit du pacte d’esclavage ).
Si les hommes ne peuvent être liés à une autorité par la nature, ou bien par la force, seuls leurs propres engagements peuvent les lier.
« Puisqu’ aucun homme n’a une autorité naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorité légitime parmi les hommes. »
Ce préambule résume ce qui précède et annonce le propos qui suit.
Rousseau veut cependant montrer que certains pactes sont irrecevables, certains engagements sont nuls et non avenus.
Un homme ne peut se dépouiller de sa liberté. La liberté est inaliénable. Sinon cela n’aurait pas de sens de dire que l’homme naît libre.
La critique s’adresse à Hobbes et à la conception du pacte social développé dans le Léviathan.
Grotius est un juriste hollandais qui admet le pacte d’esclavage. Il passe de l’esclavage privé admis à Rome et par la loi juive ( un homme peut se vendre à un autre pour sa subsistance ) à l’idée qu’un peuple peut se vendre. Quand un peuple n’a plus de quoi subsister, il peut se vendre à un chef. Le chef procure la nourriture par la guerre ou le pillage, ou parce qu’il est suffisamment riche.
Rousseau conteste ce contrat parce qu’il n’y a pas de vraie réciprocité. Le peuple donne tout, mais il n’est pas sûr d’obtenir quelque chose en échange, c’est plutôt lui qui risque d’avoir à subvenir aux besoins du roi.
« Dire qu’un homme se donne gratuitement, c’est dire une chose absurde et inconcevable … »
Le propre de la liberté c’est d’appartenir à celui qui la possède et à lui seul. Un père ne peut donc disposer de la liberté de ses enfants. Rousseau veut soustraire l’enfant aux servitudes familiales.
« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme » La liberté comprend des droits et des devoirs (puisqu’elle a un sens moral). Renoncer à tout cela, c’est renoncer à ce qui fait le prix de l’humanité. il n’y a pas de compensation possible à ce qui est donné. Une convention suppose deux parties dont chacune apporte et reçoit quelque chose. Il n’y a pas de convention où tous les sacrifices sont d’un seul côté.
Dans le contrat proposé par Hobbes dans le Léviathan, les hommes, pour sortir de l’état de nature qui est un état de guerre perpétuelle s’unissent et remettent tous leurs droits naturels entre les mains d’un pouvoir souverain.
Le contrat a lieu entre chacun des hommes et tout le reste. Tous s’engagent à se dépouiller de tous leurs droits naturels. Le souverain lui ne s’engage à rien. Son rôle est d’assurer la paix civile.C'est le souverain qui fera la loi et définira le bien et le mal , le juste et l'injuste.Hobbes considère que tous ont accepté les règles du jeu. Ils ne perdent pas leur liberté, ils ont choisi de déléguer leur souveraineté pour rester en vie.
Rousseau critique ce contrat en y voyant un pacte d'esclavage; pour lui, même si l'on semble consentir à se dépouiller de sa liberté, un tel contrat, dès qu'il est mis en place est nul et non avenu.
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On fonde encore l’esclavage sur une autre sorte de pacte : l’esclavage est censé pouvoir naître du droit de la guerre.
Le vainqueur aurait un droit de vie ou de mort sur le vaincu et lui donnerait donc la vie contre son esclavage.
Rousseau réfute cela en disant qu’il n’y a jamais de guerre d’homme à homme. La guerre est une relation d’état à état. Il s’oppose donc à Hobbes qui parle de guerre naturelle de chacun contre tous. La guerre n’a pu naître qu’avec la naissance des états. la guerre a pour seul objet de détruire l’état ennemi et non ses membres.
Quand un combattant pose les armes, il redevient simplement un homme et nul n’a plus le droit de vie ou de mort sur lui.
Contrat Social - Livre I - Chapitre VI - Du Pacte Social
Résumé de ce qui précède . Au chapitre V, Rousseau a évoqué la première convention par laquelle un peuple se constitue comme peuple.
Il pense qu’avant tout choix d’une forme de gouvernement (monarchie, aristocratie), le souverain doit se constituer.
Avant de se donner par exemple un roi, les membres d’un état doivent d’abord s’être constitués en état, il faut qu’ils créent une puissance publique que Rousseau appelle « le souverain »
Pour lui la cession de leurs libertés par des particuliers à un chef ( comme le conçoit Hobbes) ne fait pas encore un peuple. Il ne pense pas qu’un peuple puisse naître d’un rapport d’autorité entre un homme et une multitude.
On suppose donc la naissance fictive d’une société. Il n’y a jamais eu, dans l'histoire, de passage entre un état de nature et une société. Rousseau ne prétend pas faire de l'histoire. Il définit une norme, un idéal.
Quel but le pacte social légitime doit-il viser?
« Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune, la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui même et reste aussi libre qu’auparavant. »
Qu’attend –on de l’état ou du pouvoir politique ?
La sécurité des personnes et des biens et la liberté .
« Défendre la personne et les biens » (Remarque: Rousseau ne condamne pas la propriété privée alors que dans le Deuxième Discours, il associe la dégradation des sociétés à la naissance de la propriété privée.)
On pourrait obtenir la sécurité dans un état fort , en se soumettant à un rapport de force.C'est ce que vise précisément Hobbes dans Le Léviathan
Mais peut- on légitimer l’abdication de sa liberté ? Peut-on légitimement consentir à se soumettre à un autre homme ? Rousseau affirme qu’on ne peut demander à un homme d’aliéner sa liberté : (rappel de ce qui précède)
Demander à un homme d’aliéner sa liberté, ce serait lui demander de faire une convention qui tourne toute à son désavantage.
« Je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit que j’observerai tant qu’il me plaira et que tu observeras tant qu’il me plaira » (‘Contrat Social Livre I chapitre IV)
L’état doit être une association d’hommes libres et non une association d’esclaves soumis à un maître.
Le pacte social légitime ne peut être un pacte de soumission. Ici Rousseau s’oppose à Hobbes qui admet que pour trouver la sécurité et la paix civile les hommes peuvent se soumettre tous à un prince disposant de l’autorité absolue.
"Que chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui même et reste aussi libre qu’auparavant »
Le pacte social doit garantir la liberté.
Le pacte social doit empêcher qu’un associé puisse en soumettre un autre à sa volonté. Dans l’état de nature, la garantie de la liberté, c’est l’absence de relations sociales, dans la société, c’est l’autorité du souverain sur tous ses membres. Il faut libérer le citoyen d’une servitude particulière.
Le pacte doit faire en sorte que chacun demeure « aussi libre qu’auparavant » c’est à dire jouisse d’une liberté sous la loi qui compense l’abandon de sa liberté naturelle. (le « auparavant » renvoie à un état de nature, à une situation – fictive - où la relation politique n’existe pas). Il faut que chaque membre du corps politique soit préservé d’une relation de dépendance personnelle.
( que « chacun n’obéisse qu’à soi même »). C’est en obéissant à la loi qu’on sera préservé d’obéir à un autre homme, mais évidemment, il faut que la loi remplisse certaines conditions pour qu’il y ait liberté d’autonomie ..
Les clauses d’un Contrat permettant de remplir ces conditions sont universelles et nécessaires, elle sont posées par la raison telle qu’elle est chez tous les hommes. Elles n’ont peut être jamais été « formellement énoncées ».
On ne peut se référer à un événement historique. Il s’agit d’une réflexion sur ce que doit être le Contrat, base d’une société juste, non violente. C’est un Contrat « tacite », non exprimé réellement.
Les clauses du Contrat
Une clause = c’est une disposition d’un acte juridique.
« L’aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté »
Il peut être curieux de constater que le chemin de la liberté passe par l’aliénation de tous les droits .
Dans la théorie de Hobbes l’aliénation est aussi totale. (Spinoza pense qu’on ne peut aliéner sa liberté de penser , sa liberté religieuse ) mais chez Hobbes chacun s’engage vis à vis de tous les autres à ne plus exercer son droit naturel ,( à se défendre soi même par exemple) ; chacun s’engage vis à vis de chacun , la communauté n’apparaît pas . Le souverain seul demeure libre et profite de l’abstention de tous les autres. La loi désormais, c’est la volonté du prince , il n’y a pas d’autre droit que celui dont il décide . Il dit le juste et l’injuste.
Chez Rousseau chacun abandonne ses « droits » , il faut plutôt dire sa liberté naturelle , à se conserver par exemple . Et cet abandon est fait en faveur de toute la communauté, pas d’un autre homme.
Chacun s’en dépouille également, pour qu’il n’y ait pas de privilèges, et pas de rapports de dépendance. « La condition est égale pour tous » l’égalité est une condition de la liberté. Si la condition n’était pas égale pour tous, les plus forts , les plus indépendants pourraient réduire les autres sous leur dépendance .
L’union sera d’autant plus parfaite que personne n’aura rien gardé de ses droits naturels.
Chacun reçoit en échange des droits civils, c’est à dire des droits garantis par la loi : propriété de ses biens, liberté civile . C’est la loi qui lui confère ces droits là. Le juste et l’injuste sont maintenant définis par la loi.
On se donne à une collectivité et non pas à un particulier. « Chacun se donnant à tous ne se donne à personne »
On obéit à un être impersonnel ; et cette collectivité va mieux garantir les droits qu’elle me donnera que je ne pouvais moi même garantir mes droit par ma simple force .
« Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale »
Chacun promet d’obéir à la loi. On peut être libre en obéissant. Il faut donc comprendre comment l’obéissance à la loi, peut garantir à chacun une forme de liberté. L’obéissance à la loi préserve d’obéir à un autre homme . Le citoyen, libéré d’une servitude particulière n’est pas non plus écrasé par le joug de la communauté.
Cette loi, garantie de la liberté n’est pas quelconque. Elle est volonté générale. « Sous la suprême direction de la volonté générale »
Qu’est ce que la volonté générale ? Elle vise au bien commun. Elle va donc dans le sens de l’intérêt véritable de chacun à la différence de ce que Rousseau appelle la « volonté de tous » qui n’est qu’une somme d’intérêts particuliers.
Dégager la volonté générale est possible, si un intérêt commun unit les citoyens. Elle n’est pas sacrifice de soi, mais dérive de l’amour de soi . « Faire le bien pour le bien, c’est le faire pour soi, dans son propre intérêt »
C’est une règle de justice que le citoyen conscient des conditions de vie en société accepte pour son bien, sa sécurité personnelle et la sauvegarde de sa liberté. En obéissant à la volonté générale, je travaille au bien commun en même temps qu’à mon propre bien.
Si la loi ne représente qu’une somme d’intérêts particuliers, au lieu de viser le bien commun, des rapports de dépendance demeurent. On peut se retrouver soumis aux intérêts des autres : la loi n’exprimerait que la défense des intérêts de quelques uns .(par ex en termes modernes des intérêts économiques d’une minorité)
Précisons ce qu’est une loi d'après Rousseau : rappel .
« C’est une déclaration de la volonté générale sur un objet d’intérêt commun »
« C’est quand tout le peuple statue sur tout le peuple ».
La loi doit émaner de tout le peuple et ne jamais statuer sur un cas particulier. ((Par exemple si la loi dit qu’il y aura des privilèges, elle ne dit pas quel particulier doit en jouir). Statuer sur un cas particulier c’est appliquer la loi, c’est un acte de magistrature.
L’indépendance, au sens de « faire ce qui me plait » n’est pas pour Rousseau la vraie liberté. C’est une liberté précaire qui n’a pas de consistance.
« On a beau vouloir confondre l'indépendance et la liberté, ces deux choses sont si différentes que même elles s'excluent mutuellement. Quand chacun fait ce qu'il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d'autres, et cela ne s'appelle pas un état libre. La liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à n'être pas soumis à celle d'autrui; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d'autrui à la nôtre. Quiconque est maître ne peut être libre, et régner c'est obéir. » Lettres écrites de la Montagne.
Vocabulaire:
L’acte d’association produit une « République » . Le mot signifie « chose publique » parce que l’intérêt commun y est préservé .
Le souverain, dans l’usage courant, c’est une personne, le roi, l’empereur. Rousseau entend par là ceux qui ont le pouvoir de faire les lois et qui exercent ce pouvoir. Le souverain est actif. Ici, c'est le peuple qui est souverain.
L’état, c’est le peuple, en tant qu’il observe les lois, c’est l’ensemble des hommes soumis aux mêmes lois, qui sont donc passifs.
Le citoyen, est le membre du corps politique en tant qu’il est actif, il fait la loi.
Chaque citoyen obéit aussi à la loi, en tant qu’il obéit, il est « sujet » soumis à la loi. Mais on n’est jamais seulement sujet dans une république, toujours en même temps citoyen et sujet.
Livre I Chapitre VII - Du Souverain
(Fin du chapitre: « En effet, chaque individu peut comme homme … énormes abus »
Rousseau y montre que le recours à la force est nécessaire et légitime pour garantir le droit. une communauté juridique suppose une limitation réciproque des libertés en présence.
Chacun des membres du corps politique ayant voté la loi perçoit sa nécessité et souhaite l’imposer aux autres tout en préférant s’en exempter soi même. « Chaque individu peut comme homme avoir une volonté particulière contraire ou dissemblable à la volonté générale qu’il a comme citoyen »
Si le citoyen est soucieux du bien commun, le particulier ne voit que son intérêt propre.
S’il s’agissait de moralité, la loi morale doit être respectée vis à vis des autres alors que les autres ne la respectent pas.
Ici, il s’agit de droit, celui qui viole la loi me donne le droit de le forcer à respecter ma liberté, de m’affranchir du droit à son égard.
C’est l’état qui exerce cette contrainte. L’état fait la synthèse de la loi et de la force.
Attention, il s’agit de mettre la force au service du droit ( et non pas de fonder le droit sur un rapport de force .)
Par le contrat social, nous nous engageons tacitement à accepter qu’on nous contraigne par la force à observer les lois.
Il ne s’agit pas de violence, la violence est un abus de la force pour plier les volontés, mais il s’agit d’une contrainte légale, contrainte exercée selon les formes de la loi. ( la loi définit les sanctions etc. )
Rousseau met la force au service du droit pour garantir à chaque citoyen qu’il ne sera pas dupe, et que, tandis qu’il obéira aux lois, les autres ne désobéiront pas. Chacun peut rester hors du pacte et renoncer aux avantages de la société: mais s’il en accepte les avantages, il accepte par là qu’on le contraigne à en supporter les obligations.
D’où l’expression : « on le forcera à être libre » La volonté générale soumet également tous les citoyens . Il n’y a plus de rapports « de dépendance personnelle ». Si tout le monde obéit à la loi , personne n’est esclave d’un autre homme , mais encore faut –il que la loi soit respectée .
La lecture de ce passage peut –être complétée par la lecture du LIVRE II Chapitre 5 : Du droit de vie et de mort .
Rousseau y montre que l’exercice de la contrainte légale peut aller jusqu’au recours à la peine de mort :
La loi me protège de l’assassin , mais pour jouir de cette protection , j’ai consenti à mourir si je le deviens.
Livre I Chapitre VIII : De l'état civil.
Rousseau fait dans ce chapitre le bilan de ce que la vie en société apporte à l’homme.
Il fait le bilan d’un double passage :
Un passage fictif de l’état de nature à l’état de société . ( Rappelons que l’état de nature est une fiction ) qui lui permet de montrer que l’homme n’est homme que lorsqu’il vit en société .
Un passage plus précis à une société où existent des bonnes lois, celles du Contrat social . on découvre alors que l’homme accède à la liberté moral.
Le début du texte reprend les thèses du deuxième discours</font> : l’homme naturel est un animal robuste , ou encore dit le passage « un animal stupide et borné » qui vivant seul ne parle pas, ne pense pas , n’a pas de vie affective , et n’a pas encore actualisé sa perfectibilité .
Pour décrire l’homme naturel, Rousseau emploie le vocabulaire de l’animalité : il est conduit par ses instincts, son impulsion physique, est gouverné par ses appétits . Il va dans le sens de ses penchants , ou de ses inclinations naturelles . Kant dirait : il obéit au mécanisme de la nature . Son humanité n’est qu’en puissance : il est perfectible .
La vie sociale seule permet à un homme de se réaliser . il se développe intellectuellement et s’élève à l’idée du droit et de la moralité . Il appréhende la justice, il connaît le bien et le mal . Sa raison s’est développée . (grâce au langage). La fin du paragraphe dit qu’il devient « un être intelligent et un homme »
Rousseau ne condamne pas la vie sociale , bien au contraire , la société n’est pas par essence corruptrice .
Seuls « les abus » de l’état social dégradent l’homme , et il faut entendre par là la violence et les inégalités sociales cautionnées par les mauvaises lois .
L’homme perd en société sa liberté d’indépendance : « il se prive de plusieurs avantages qu’il tient de la nature » .
Mais il gagne beaucoup : facultés développées , sentiments ennoblis, âme élevée .
Le bilan fait est positif « il devrait bénir l’instant heureux »
Le Contrat Social permet justement de corriger les « abus » et de faire en sorte que la perfectibilité de l’homme s »accomplisse au mieux.
Rousseau fait maintenant le bilan de ce qu’apporte le Contrat Social. (son but : sécurité des personnes et des biens et liberté )
A la liberté naturelle succède une liberté civile, sous la loi ( la liberté du citoyen) . Mais la liberté naturelle est précaire, elle n’a de « bornes que les forces de l’individu » Chacun protège soi même sa liberté de la force des autres, les rapports de force risquent de lui faire perdre toute consistance . La liberté civile est une liberté sous la loi qui reçoit l’appui de toute la force de la communauté.
Il en en de même en ce qui concerne les biens . Sans loi, il n’y a qu’une « possession » précaire , garantie par la force de chacun . Le Contrat social assure une « propriété « garantie par la loi . « fondée sur un titre positif » ;
On découvre que Rousseau donne encore au Contrat une troisième fin : il assure au citoyen l’accès à « la liberté morale ».
Etre soumis à une loi raisonnable qu’on a soi même votée (liberté d’autonomie ) éduque l’homme . Chaque fois qu’elle lui interdit le laisser aller « à l’impulsion du seul appétit » elle l’aide à devenir raisonnable.
La formule est déjà kantienne.
Contre le sens commun qui définit la liberté comme « faire ce qui nous plait » Rousseau définit un degré supérieur de liberté , la liberté raisonnable ;
Rousseau rapproche donc morale et politique. Il ne s’agit pas ici d’une discussion sur les moyens de la politique, mais bien sur ses fins. Rousseau. donne à la politique une fin morale. Est- ce bien à l’état de rendre moral le citoyen ? La moralité n’est –elle pas une affaire privée ?
Livre II Chapitre III - Si la volonté générale peut errer
(
En complément du livre I chapitre VI . Du pacte social )
Rousseau y précise la définition de la volonté générale et énonce les conditions à réunir pour que la loi soit bien volonté générale .
On a posé par définition que la loi doit être volonté générale et viser le bien commun . Elle est « toujours droite et tend toujours à l’utilité publique ». La République suppose la foi dans la capacité politique du peuple ( à la différence des régimes fascistes par exemple) . Rousseau pense que le peuple dans son ensemble veut son bien , et ne peut être corrompu, c’est à dire que sa volonté ne peut être déviée de son objet nécessaire , mais il peut rester à distance de ce but s’il ne parvient pas à définir son bien . Rousseau exclut que la volonté gnérale se délègue , elle ne doit pas être transmise à des représentants , ce qui pourrait la corrompre .
(Montesquieu écrivait que le peuple était tout juste bon à choisir des représentants ).
La volonté générale, c’est celle qui prend corps dans l’ensemble des citoyens, l’objet de cette volonté générale ne peut être que l’égalité en vue de la liberté . la volonté générale vise à « l’intérêt commun » .
La volonté générale est possible, si un intérêt commun unit les citoyens. Elle n’est pas sacrifice de soi, mais dérive de l’amour de soi . « Faire le bien pour le bien, c’est le faire pour soi, dans son propre intérêt »
C’est une règle de justice que le citoyen conscient des conditions de vie en société accepte pour son bien, sa sécurité personnelle et la sauvegarde de sa liberté. En obéissant à la volonté générale, je travaille au bien commun en même temps qu’à mon propre bien.
Mais en chaque citoyen reste quelque chose de sa nature d’être particulier . C’est en ce sens d’ailleurs qu’il a promis d’obéir à la loi . La volonté de tous , par opposition à la volonté générale , c’est la somme des volontés particulières . Elle « regarde à l’intérêt privé » Si la loi ne représente qu’une somme d’intérêt particuliers, au lieu de viser le bien commun, des rapports de dépendance demeurent. On peut se retrouver soumis aux intérêts des autres : la loi n’exprimerait que la défense des intérêts de quelques uns .(par ex en termes modernes des intérêts économiques d’une minorité.)
Il y a pour Rousseau un intérêt commun , mais chacun obéit à deux mobiles : le recherche de l’intérêt commun et la poursuite de son intérêt particulier . Il faudrait que ceux qui confondent intérêt commun et interêt particulier soient éliminés pour obtenir la volonté générale dans sa pureté . Rousseau croit qu’elle sortira de la somme (algébrique) des différences Chez ceux qui suivent leur intérêt particulier , il n’y a pas de raison que le nombre des cas ou l’intérêt particulier s’oppose à l’intérêt commun soit plus grand que les cas où il va dans le même sens . Ces cas s’annuleront et il restera les cas où l’intérêt commun l’emporte sur l’intérêt particulier . Il faut que toutes les influences qui s’exercent sur le corps politique soient bien dégagées . En ce sens, Rousseau préfère qu’ils n’y ait pas dans le corps politique « de brigues » ou « d’associations partielles », (nous dirions par exemple de partis politiques, le nombre d’opinions qui se confrontent diminue et la loi des grands nombres ne joue plus .
On peut espérer que chaque citoyen fasse abstraction de ses intérêts particuliers et statue en fonction de sa conception raisonnable du bien commun.
Beaucoup de conditions sont à réunir pour que la volonté générale soit bien dégagée , et en particulier des conditions d’information du citoyen.
« Si le citoyen suffisamment informé délibère » Sous cette formule, se cache le renvoi à de multiples conditions Il faut de l’instruction, (Cf Condorcet) toute république instruit le peuple , une bonne circulation d’une information pluraliste, ce qui suppose la liberté d’opinions . Il faut qu’il ait de la vertu et du civisme , c’est à dire de la part de chacun un intérêt pour la chose publique : il faut savoir distraire du temps à sa vie privée .Il faut que les questions politiques ne soient pas trop complexes pour être à la portée de citoyens ordinaires . (On verra Tocqueville dénoncer dès 1835 les dérives de la démocratie américaine )
NB : Il y a toujours un danger que des intérêts particuliers soient pris en compte. Rousseau écrit que le peuple veut toujours le bien, mais qu’il ne le voit pas toujours ; (D’où l’intervention du législateur : il faudrait un Dieu pour donner la loi aux hommes, formule qui est l’expression d’un constat d’impuissance : le peuple sera-t-il jamais capable de se donner de bonnes lois ? On sait très bien qu’on ne trouvera jamais de législateur divin, et les législateurs humains ont trop tendance à faire les lois à leur profit .) (Livre II chapitre VII )