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Les échanges

Sommaire

Introduction

Échanger, c'est se rendre mutuellement service, acquérir un bien contre un autre. L'échange est concerté, il s'oppose à la violence, il crée des liens de dépendance réciproque, il est une forme de communication. Sous le mot échanges, nous avons tendance à mettre les échanges marchands. C'est une forme importante d'échanges dans notre société, mais les échanges doivent s'entendre d'une manière bien plus large. -Nous allons étudier analyser les différentes formes d'échanges. -Nous allons essayer de voir en quel sens ils sont constitutifs du lien social.

Les différentes formes d'échanges.

Les hommes échangent avec les dieux :le sacrifice

Le sacrifice vise à fonder l’ordre social en créant un lien entre les hommes et les dieux. Les hommes utilisent le mythe, récit imagé transmis par la tradition et les poètes pour penser leur condition. Le mythe de Prométhée est un mythe fondateur de notre culture; Il dit la naissance de la culture, la séparation du monde humain d’avec le monde animal. La version d’Hésiode dit la mise en place du sacrifice, Prométhée fait la part des hommes et la part des dieux.Il dupe Zeus qui choisit la plus mauvaise part. Zeus mécontent d’avoir été dupé retire la foudre, Prométhée vole le feu divin, désormais les hommes sont des techniciens maîtres des arts du feu et de la forge. Le mythe dit aussi que Zeus donne en cadeau empoisonné Pandora, la femme, désormais la reproduction sera sexuée et les hommes condamnés à travailler pour nourrir les femmes

Voir l’interprétation que Hénaff donne du sacrifice: il apparaît dans les civilisations de pasteurs.Les hommes multiplient la vie. Ils pensent cela comme un don des dieux, ils rendent en échange une bête. En la tuant, ils lient les dieux qu’ils obligent à rendre et à perpétuer ce don de la vie. Le sacrifice est donc une relation de don et contre don entre les hommes et les dieux.

Les hommes échangent entre eux

L'échange constitue le lien des cités.

L'exogamie : échange des femmes Levi-Strauss souligne que parmi les règles sociale, une seule est universelle : la prohibition de l'inceste. (La définition de la personne proche changeant de cité en cité) Cette règle fait éclater la cellule familiale biologique et impose des alliances qui sont à la base de l'organisation de la société.

Les échanges linguistiques: (Voir cours sur le langage)

Les échanges de biens qui ne se font pas toujours sous la forme marchande. Il faut penser au don , étudié par Marcel Mauss, au troc. Les échanges marchands apparaissent avec la création de la monnaie.

Le fait social est-il originairement économique?

(oikos: la maison) (L'économie concerne la maison et les besoins de ceux qui y vivent.)

Lorsqu’il pense la construction de la cité dans La République, Platon la fait découler du besoin: « C’est l’impuissance où chaque homme se trouve de se suffire à lui-même et le besoin qu’il a d’une foule de choses qui est à l’origine de la cité » Il faudra associer un forgeron, un tisserand ...etc La cité, il faut le noter a une fin plus haute que la seule satisfaction des besoins. (Son but sera, non pas vivre, mais "bien vivre = être heureux)

Les modernes ( Dix huitième siècle) comme Smith, insistent sur le rôle que joue le besoin pour réunir les hommes.


Tout acte humain, pour Adam Smith est motivé par l’intérêt individuel. Cet intérêt individuel bien compris suffit à construire toutes les relations sociales. Les hommes ont des besoins et échangent pour satisfaire leurs besoins, mais Smith ajoute qu’il existe en tous les hommes un penchant naturel, une « propension à échanger »

Les hommes ont conscience de ne pas être auto- suffisant, alors que les animaux se suffisent bien plus facilement à eux-mêmes. Les hommes ont besoin de la société, du secours de leurs semblables, mais ils ne peuvent rien attendre de la bienveillance d’autrui.

Smith associe deux thèmes:

-le besoin inéluctable que nous avons de l’autre

-l'affirmation de l’égoïsme individuel.

(Dans ses ouvrages moraux Smith parle d’une sympathie de l’homme pour l’homme – dans ses ouvrages économiques, il insiste sur l’égoïsme) Il n’y a pas de bienveillance du boulanger, mais celui-ci veillant à son intérêt bien compris fera du bon pain qu’il vendra à un prix convenable.

Le texte est célèbre: « L’homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c’est en vain qu’il l’attendrait de leur seule bienveillance. Il sera bien plus sûr de réussir s’il s’adresse à leur intérêt personnel ….. Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme » Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations

Du concours des égoïsmes nait une prospérité commune.( Comme si une main invisible régulait le conflit des égoïsmes).Pour Smith,la solidarité se réalise elle-même dans les échanges incessants, sans qu’il soit dans les intentions conscientes des individus de la rechercher comme telle, sans qu’ils soient guidés par des valeurs morales.

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Remarques:

On voit apparaître dans ce texte de Smith, une idée qui sera très riche de développements: le mal moral ( immoralité des passions ) peut engendrer un bien commun.

Adam Smith insiste sur l’idée d’une auto- régulation de l’économie. La question est importante, l’enjeu est celui du rôle du politique. Quel besoin les hommes auront-ils de la loi et de l’ordre politique ?

Smith parle bien du concours des égoïsmes, chacun poursuit bien en ce sens son intérêt.

Peut- on réduire la société à une somme d’égoïsmes ?

Pour que les hommes vivent ensembles, ne faut-il pas qu’ils aient en vue un certain bien commun ?

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Durkheim fait la critique de Smith :

¤Si l’intérêt rapproche les hommes, ce n’est que pour quelques instants, il ne peut créer entre eux qu’un lien extérieur, les consciences restent extérieures.


¤Toute harmonie apparente d’intérêt peut cacher un conflit latent  : aujourd’hui il m’est utile de m’unir à vous, demain ce sera inutile.

L’intérêt n’est qu’un lien passager, il ne suffit pas à fonder le lien social.

On peut reprocher à Smith d’avoir ignoré les autres formes d’échanges comme le don qui a d’autres motivations selon Mauss.

Smith a –t-il transformé en forme naturelle de l’échange, ce qui pour n’en est qu’une forme historique parmi d’autres ?


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Sujet de dissertation : L e lien social peut-il ne reposer que sur l’intérêt ?

Il faut être vigilant car la notion d’intérêt est équivoque : en latin : il m’importe, ce qui me convient, correspond à mes besoins.

Péjorativement, c’est l’attachement égoïste à ce qui nous est propre. Le ne que invite à montrer que le lien social peut être fondé en partie sur l’intérêt égoïste mais que cela ne sera pas suffisant.

On peut montrer aussi que le lien social peut reposer sur des échanges désintéressés. Si le mot intérêt signifie aussi ce qui me motive, ce qui me convient : le bien, la justice peuvent aussi être des objets d’intérêt. Et on peut essayer de montrer que les hommes peuvent rechercher un bien qui dépasse la simple satisfaction de leurs besoins ou la recherche du profit.

Adam Smith n'attend de la loi que la création d’un contexte d’ordre propice aux échanges économiques. Nous sommes là dans la perspective du libéralisme. Dans notre parcours de la société à la société politique, il importera de se demander ce que nous attendons de la loi et de l’ordre politique.


Les échanges marchands

La naissance de la monnaie

On troque pour assurer la survie du groupe familial restreint Si on considère la valeur d'usage , une chaussure sert à se chausser ou à échanger.

Quand les échanges s'élargissent ( échanges maritimes par exemple) se fait ressentir le besoin d'une denrée aisée à transporter et non périsssable pour faciliter les échanges. Les métaux se conservent bien et se fragmentent aisément. On applique ensuite un empreinte sur le métal pour ne pas avoir à revérifier constamment le métal.

Toutes ces analyses sont faites par Aristote au 4 ème siècle avant JC. Adam Smith s'en inspirera.

La monnaie dit Aristote est un opérateur de proportion , ou un instrument de justice. Elle sert à établir des équivalences dans les échanges. La monnaie existe par convention . Aristote insiste sur l'étymologie du mot : nomisma.

NB: Certains économistes font remarquer que la monnaie suppose surtout la confiance , confiance dans le pouvoir politique ou dans l'institution qui met son empreinte sur la monnaie.


Question:

Comment détermine -t-on la valeur d'une chose? , la proportion entre une chaussure et le blé?

2 propositions: La valeur se détermine par l'utilité. Smith et Marx vont plutôt rapporter la valeur à la quantité de travail social moyen qui est nécessaire pour produire un objet.

La chrématistique ou art d'acquérir

La monnaie sert à faciliter les échanges sans profit dans un premier temps.


Il y a une chrématistique naturelle ou nécessaire, branche de l'économie domestique.

Le maître de maison doit approvisionner sa famille pour consommer immédiatement ou pour mettre en réserve. Il s'agit de procurer la vie heureuse . Aristote ademet qu'il y a une bonne richesse, au service du maître de maison.

La chrématistique commerciale

La monnaie est détournée de son rôle normal.De moyen pour faciliter les échanges,elle se propose comme but de l'échange, elle devient une fin en soi. Il n'y a alors plus de lieu entre la monnaie et le besoin.

NB: Aristote distingue deux arts d'acquérir. Marx associe plus immédiatement l'échange marchand à une opération commerciale dégageant du profit.

La critique du marchand

Pour Aristote, le marchand ne peut pas être un bon citoyen, il n'a pas le souci du bien commun.Ce sera plutôt l'étranger, le météque. On pense également que sa place n'est pas dans la cité, mais sur le port.

Aristote condamne également le prêt à intérêt. Le temps n'est pas un être vivant, il ne peut pas engendrer. C'est d'autre part un don divin et on ne doit pas vendre ce qui a été reçu de Dieu.


La réhabilitation des échanges marchands.

Le commerce guérit des préjugés destructeurs : et c'est presque une règle générale que, partout où il y a des moeurs douces, il y a du commerce ; et que, partout où il y a du commerce, il y a des moeurs douces. Qu'on ne s'étonne donc point si nos moeurs sont moins féroces qu'elles ne l'étaient autrefois. Le commerce a fait que la connoissance des mœurs de toutes les nations a pénétré partout : on les a comparées entre elles, et il en a résulté de grands biens.

On peut dire que les loix du commerce perfectionnent les mœurs ; par la même raison que ces mêmes lois perdent les mœurs. Le commerce corrompt les mœurs pures


'Montesquieu: De l’esprit des lois'


Montesquieu décrit une opposition: l'esprit du commerce s'oppose à la violence barbare. Il associe moeurs douces et commerce.

Il affirme que le commerce a une influence civilisatrice. C'est pour lui le développement du commerce qui cause le changement des moeurs et les fait évoluer vers des moeurs plus pacifiques.Les peuples en échangeant sur le plan économique apprennent à se connaître.

Montesquieu admet cependant que le commerce peut avoir deux effets contradictoires. Il reprend la critique de Platon.Le commerce corrompt les moeurs pures. Platon se méfie comme Aristote après lui de tout ce qui dépasse les échanges nécessaires dans la cité à la satisfaction des besoins. Montesquieu soutient cependant qu' à son époque le commerce a une influence civilisatrice.

Montesquieu ne fait donc pas une apologie sans nuance du commerce.


Tout peut-il avoir une valeur marchande?

Y-a-t-il du hors de prix?

La force de travail n'est pas une marchandise comme les autres

Marx dénonce la société capitaliste qui est censée reposer sur un échange juste. Le travailleur met sur le marché sa force de travail.

Pour Marx , il est légitime d'échanger les produits du travail. Vendre la force de travail, c'est vendre ce qui est l'essence même de l'homme, sa qualité de producteur. Il y a réification. On met l'homme sur le plan des choses . La force de travail, comme toutes les marchandises reçoit une valeur qui dépend des lois dites " naturelles" de la régulation du marché. Le travailleur ne contrôle mêm plus le prix de sa force de travail. D'autre part, la source du profit capitaliste est pour Marx le "sur travail" , le travail non payé. Le travailleur produit de la richesse pendant tout son temps de travail. On ne lui restitue sous forme de salaire qu'une partie de la richesse produite. De la différence provient le profit capitaliste. Il y a du travail non payé.

La personne humaine a une dignité , pas un prix

Pour qu'une chose ait un prix, il faut qu'elle puisse être remplacée par autre chose, au titre d'équivalent. La personne humaine ne peut pas recevoir d'équivalent . Elle a une valeur absolue en elle même. L'homme a une valeur intrinséque. La moralité pour Kant se raménera à la reconnaissance de la dignité absolue de la personne humaine.