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La Connaissance de Soi

Sommaire

Qui suis-je ? Que suis-je ? Conscience, identité du sujet, connaissance de soi

Introduction

Différencions deux questions

Lorsque nous posons la questions : "Que –suis-je ? ", nous recherchons une réponse tendant vers l'universel, s'appliquant à tous les hommes. Mon essence, ma nature : Je suis un homme, un animal raisonnable, un vivant, un bipède....

Cette question va dans le sens de la constitution d’un savoir (la science généralise : tous les hommes …)

Lorsque nous posons la question : " Qui- suis-je ? ", nous sommes à la recherche de notre singularité.

Cette question deuxième question renvoie à « moi » comme individu. (Individu, vient du mot diviser. Il s’agit de tout être formant une unité distincte et ne pouvant être divisé sans être détruit.) En disant moi, je me singularise et me distingue de tous les autres.

Nous allons explorer les réponses à chacune des deux questions.

A la question : "Qui êtes vous ? " On répond en tentant de définir son identité.

L'identité du sujet : qui-suis-je ?

Analyse de l'identité : trois sens.

Qu'est ce que l' identité ?  :

Etre Un. (avoir une unité et non pas se disperser en états psychologiques multiples.

Etre unique : différent de tous les autres. Rechercher ce qui fait mon identité, c'est me comparer aux autres et me différencier d'eux.

Rester le même à travers les changements, avoir une permanence dans le temps : ( quand on grandit, ou qu’on vieillit, ou quand notre caractère change, on a pourtant le sentiment d’être resté le même). Comment définir un moi invariant, qui serait le support de tous les changements ?

Sur quoi se fonde notre identité ?

La conscience

Lorsque je dis" Je", je rapporte toutes mes actions à un même centre : je me les approprie. Je rapporte mes pensées, mes représentations, mes idées à un même centre, même si elles appartiennent à des moments différents.

Qu'est ce qui me permet de faire l'expérience de mon identité ? C'est la conscience. La conscience, c’est le retour sur soi, la présence à soi de l’esprit dans toutes ses opérations. Je ramène à moi toutes mes expériences, je les réunis, je me rassemble autour de ce centre qui est le moi.

La conscience est une conscience psychologique, mais cette conscience m’ouvre la possibilité de porter un jugement sur mes actes. « La conscience, c’est le savoir revenant sur lui-même et prenant pour centre la personne humaine elle-même qui se met en demeure de décider et de juger .... La conscience est toujours implicitement morale » Alain. Définitions L’animal, qui est instinctif, est tout entier investi dans ses actions. L’homme a la possibilité d’être à distance de lui-même et de se juger. Il ramène à lui_même ses actions et en assume la responsabilité : elles lui appartiennent.

La mémoire

A la conscience s’ajoute la mémoire pour forger ma permanence dans le temps.

La mémoire, c'est cette faculté de conserver le passé, de le convoquer et de s'y mouvoir librement. Je ramène à moi mes souvenirs lesplus anciens et je puis dire que cet enfant, c'est moi. Malgré les changements, je suis le même. S’il y a rupture de la mémoire, il y a rupture de l’identité. C'est par exemple ce qui se produit dans des cas pathologiques ( maladie d'Altzheimer).

Locke, dans L'Essai philosophique concernant l'entendement humain , Livre II chapitre XXVII § 16 fait une remarque étonnante : Si j' ai la mémoire de Noe, je suis Noe. " Si j'avais conscience d'avoir vu l'Arche et le déluge de Noé comme j'ai conscience d'avoir vu une crue de la Tamise l'hiver dernier, et comme j'ai conscience maintenant d'écrire, je ne pourrais pas plus douter (....) que(...) j'étais le même soi "

Comment se construit l'identité du sujet ?

Le moi se cherche dans l'amour de l'autre. "Qu'est ce que le moi ? " Les Pensées de Pascal (Brunschvicg 323-Lafuma 688)

S'agit-il d'un fragment sur le moi, ou d'un fragment sur l'amour ? La question "Qu'est- ce que le moi " qui serait celle de ma nature, mon essence, se transforme en une autre question "Où est le moi" Où suis-je, moi, dans mon individualité, moi en particulier. Le moi cherche à s'atteindre indirectement à travers le regard, ou à travers l'amour des autres. Il se cherche dans l'amour de ses semblables. Pascal décrit une succession d'échecs. -L'autre ne m'atteint pas quand il ne me considère pas moi, en particulier. ( il regarde des passants dans la rue) -Dans l'amour, il me considère moi, en particulier, mais l'amour de l'autre ne m'atteint pas. On m'aime pour des qualités du corps ( beauté) ou pour des qualités de l'esprit ( jugement). (NB : une qualité = ce qui qualifie. La laideur est aussi une qualité, comme la paresse) Ce n'est pas "moi" qu'on atteint dans l'amour car toutes ces qualités changent, sont périssables, elles ne tiennent pas essentiellement à "moi". -On ne m'aime pas pour la substance de mon corps, ou la substance de mon âme. (la substance est le support des qualités, ici, ce serait la substance spirituelle pour l'esprit, ou la matière étendue pour le corps). La substance renverrait d'ailleurs à l'essence de tous les hommes, et non à un individu en particulier)

On aime des qualités, mais les qualités qui rendent aimable ( beauté, vivacité intellectuelle, mémoire), sont des qualités périssables et j'affirme que mon moi est au delà de ces qualités périssables. "Ces qualités ne sont point ce qui fait le moi puisqu'elles sont périssables" Il y a un décalage entre ce que les autres veulent aimer de moi et ce que je veux qu'ils aiment de moi. (Et d'ailleurs les autres changent aussi et au cours du temps ne jugent plus de la même manière. Je change et je perds les qualités du corps et de l'âme qui me rendraient aimable et je voudrais demeurer la même personne malgré le temps et les changements. Chaque moi voudrait être aimé pour lui même au delà des qualités qui le rendent aimables. Je voudrais, pour l'autre, ne pas être cet être voué au changement et à la mort. On voudrait être aimé "pour soi", mais c'est un échec, les autres m'aiment pour des qualités qui pourraient aussi bien être des qualités conventionnelles, issues de la société.

Ce texte dit de manière tragique notre quête d'identité et l'échec de la relation à l'autre.

Il faut replacer ce texte dans une perspective théologique. Il y a eu en l'homme une grandeur perdue à cause du péché originel ; l'homme est maintenant un être voué au temps et à la mort. Peut-être Dieu seul aime -t-il chacun de nous pour ce qu'il est, c'est sans doute la perspective que veut ouvrir Pascal.

Notre relation à l'autre n'est-elle pas conflictuelle ? .

« La conscience du sujet peut-elle se passer de l’autre ? » (Sujet de dissertation)

Le rapport simple de moi-même à moi-même n’est pas propre à me faire saisir mon identité ; il est vide. Le regard que j'ai sur moi dépend du regard qu'autrui a sur moi ; la conscience de soi ne procède pas d'un simple retour sur soi (réflexivité). Je désire être reconnu par autrui comme une conscience, comme un homme, pas comme un animal ou comme une chose, et autrui a le même désir.

La conscience se cherche donc dans la confrontation avec l’autre : la conscience de soi est le produit d’un processus violent. Hegel décrit la lutte pour la reconnaissance : je ne me pose moi- même en tant que conscience de soi autonome, que si l’autre me reconnait pour ce que je suis. C'est la lutte entre deux désirs. Je me reconnais moi même dans l’autre (Je suis le maître si une conscience captive me confirme dans ma maîtrise.) Je veux être reconnu par l’autre en tant que conscience et sujet libre et non comme objet ou comme animal. L’autre peut me refuser cette reconnaissance.

La dialectique du maître et de l'esclave, dans la Phénoménologie de l'esprit de Hegel : Sur le champ de bataille deux hommes s'affrontent. Devient esclave celui qui n'ose pas assumer le risque de la vie et tremble pour sa vie animale. Quand la relation maître / esclave s’instaure, le maître dépend de l’esclave pour affirmer sa maîtrise. Il a besoin d'une conscience captive pour lui dire : tu es le maître. L’esclave, par contre, prend conscience de lui-même en transformant la nature dans l’œuvre. Il acquiert cette conscience dans le travail (Cogito pratique). L'esclave reconquiert sa supériorité sur le maître : l'humanité chemine par le travail de l'esclave.

La lutte pour la reconnaissance est une lutte dans laquelle chacun nie la liberté de l'autre, or être reconnu, c'est être pour l'autre une liberté.

Sartre en reprenant les analyses hégéliennes fait de cette dialectique une sorte de modèle des rapports humains : il décrit ainsi expérience de la honte ou l' expérience de l'amour.

Autrui est pour Sartre constitutif de ma conscience de soi spontanée : ce qu'on est pour soi, c'est d'abord ce qu'on est pour autrui.

Huis clos : « L’enfer c’est les autres »

Mon identité est-elle culturelle ?

Jusqu'à présent, nous avons considéré l'individu en lui même, mais chaque individu est aussi membre d'une communauté sociale. Il s'assure de ses capacités grâce aux interactions qu'il a avec les membres de son groupe, et grâce aux réactions positives qu'il obtient des membres de son groupe. Chaque être humain dépend d'échanges sociaux.

Dans un groupe, il existe donc des formes réglées de reconnaissance. Amour et relations affectives- Relation d'estime par exemple dans le monde du travail. Il y a une reconnaissance sociale qui requiert d'ailleurs des principes normatifs. (Axel Honneth - )

Entre les groupes sociaux( aux USA et au Canada, il y a par exemple des groupes autochtones) il peut y avoir aussi une exigence de reconnaissance. Taylor dans "Multiculturalisme" 1992 pose ce problème et milite pour une politique de différence. Des groupes humains entier ont subi le discrédit du jugement porté par d'autres groupes sur eux. On peut renvoyer à l'autre une image dépréciative et avilissante de lui même. Les groupes sont différents les uns des autres. Chaque groupe exige d'être reconnu dans sa différence, et les législations qui prennent en compte ces différences vont à l'encontre de l'égalité devant la loi.

Charles Taylor " Le multiculturalisme".

Puis-je me penser comme individu abstrait ? Ne dois-je pas tenir compte de la communauté à laquelle j’appartiens ? Charles Taylor affirme le primat de la société comme lieu de l’identité individuelle.Les autres détiennent la clef d’une identité réussie.

« La reconnaissance n’est pas simple politesse que l’on fait aux gens, c’est un besoin humain vital »." Le multiculturalisme. " Mais si l'autre déprécie la communauté à laquelle j'appartiens, je peux en retirer une image dévalorisée de moi-même.Les femmes peuvent ainsi "intérioriser l'image de leur propre infériorité". Les noirs peuvent, dans une société blanche ne pas résister à l'image dépréciative qu'on donne d'eux. La non reconnaissance est pour Taylor de l'ordre de l'oppression.Pour réparer cela, Taylor demande le droit, pour les membres des communautés minoritaires de cultiver leurs différences culturelles. A la politique "d'égale dignité", Taylor veut substituer une politique de différence. C'est une rupture avec le principe du droit égalitaire en contradiction par exemple avec la définition française d’une citoyenneté abstraite. L’état ne peut être neutre culturellement et il doit garantir des droits qui permettront la survie future des communautés. Taylor introduit ainsi l'idée de droits collectifs. (Au Québec, droits réservés aux minorités francophones).

Problèmes : n’a-t-on pas le droit de juger sa propre culture, de la quitter, de se construire contre elle ? ces droits ne vont -ils pas enfermer les minorités dans les groupes dont ils sont issus ? A cela s'ajoute les problèmes généraux posés par les politiques de discrimination positive.

''Sujet de dissertation : « Est- ce la conscience qui constitue l’identité personnelle ? »

Quels sont les enjeux de l'affirmation de l'identité du sujet ?

La société attend de moi que j’affirme mon identité, c’est en fonction de cela qu’elle peut m’imputer la responsabilité de mes actes et me punir. L’identité est au principe de la responsabilité morale et juridique. (Sujet de dissertation : « Suffit-il d’être conscient pour être responsable ? »)

La société a besoin de l'affirmation de mon identité, elle m’impute mes actes. Je suis au centre de mes actions : je reconnais en être l’auteur. Si ma mémoire est traversée par l’oubli, je ne m’impute pas les actes dont je ne me souviens pas être l’auteur. Quel point de vue de la société va -t-elle adopter ? Va- t-elle juger sur le fait, ou bien sur l’intention qui a présidé à l’acte ?

Analysons rapidement la notion de responsabilité :

Sens très ancien : la dette, payer une dette. Les anciens codes francs établissent des systèmes d’équivalence matérielle ; Pratiques de mise a mort du bouc émissaire. On ne se soucie pas de punir l’auteur de l’acte, il importe seulement, par du sang répandu d'effacer la souillure, de rétablir l’ordre ancien. De manière récente qu’on pense la responsabilité comme le fait d’assumer ses actes.

Quel but la société poursuit-elle en punissant ? Défendre l’ordre social ; dissuader. Réhabiliter les coupables, leur donner le temps de se réformer moralement Idée plus contemporaine, le procès doit donner la parole aux victimes.

Il faut tenir compte de ces facteurs différents pour répondre à la question : quand un individu sera-t-il tenu pour responsable par la société ? Dans quel cas la société doit elle punir ? Doit-elle punir sur les faits ? Doit-elle punir en tenant compte de l’intention qui a présidé à l’acte ?

Lecture du texte de Locke- Extrait de Identité et différence ( Essai philosophique concernant l'Entendement humain §22) - : Essais sur l'entendement humain

Locke considère que la société ne peut juger que sur le fait. Un somnambule ne se souvient plus étant éveille des actes qu’il a commis étant endormi. Ils n’appartiennent pas à son identité. Ce ne sont pas les siens. Un ivrogne à oublié les actes qu'il a commis sous l'emprise de l'alcool. Mais la société ne peut pas savoir si l'oubli est feint ou non. Locke évoque un jugement divin qui serait le véritable jugement moral :

"On peut raisonnablement penser que" … (empirisme de Locke : on ne peut que spéculer, Dieu n'est pas donné dans l'expérience)

Dieu ne nous punira que pour ce qui fait partie de notre identité. (Sinon ce serait perçu par le sujet comme une sorte de fatalité tragique : je suis responsable d’actes dont je ne suis pas le véritable auteur. (malédiction qui pèse sur Œdipe)

Que suis-je ? La conscience que j'ai de moi même peut elle s'approfondir en connaissance de soi ?

Descartes affirme qu'elle peut s'approfondir en connaissance de mon essence.

Nous allons analyser la réponse cartésienne : Je suis celui qui pense ce qu’il est en train de penser. Je suis une chose qui pense, ou je me connais moi-même dans l’acte de penser. (Descartes ne dit pas comme la religion chrétienne, je suis une âme) Nous verrons que Descartes ne définit pas ainsi l’identité d’un individu (moi, René Descartes), mais qu’il donne une réponse universelle, valant pour tous les hommes.

Critique de cette réponse ? La conscience que j’ai de moi-même ne me donne-t-elle pas une approche tout à fait superficielle de moi-même ?

Y a-t-il lieu d'introduire la notion d'inconscient ?

La démarche de Decartes n'est pas psychologique, il n'écrit pas de Confessions. Ce n’est pas un « Moi » René Descartes qui sera découvert. On n'est plus dans la question de l'identité du sujet.

Chacun de nous est invité à faire la démarche pour soi, mais le « Je pense » a valeur universelle, c’est une réalité impersonnelle, et non pas tel individu singulier.

Descartes montre dans les Méditations métaphysiques qu’il s’agit même de la connaissance la plus claire et la plus vraie. Je me connais moi même comme substance spirituelle.

Quelle démarche Descartes suit-il pour parvenir à sa réponse ?

Il s'agit d'approfondir la conscience qu'on a de soi même en procédant à un examen critique de toutes nos pensées, de tout ce qu'on a tenu pour vrai jusqu'à ce jour.C'est le projet du doute méthodique.

Une méthode c'est un chemin, une voie qui mène à. Le doute de Descartes est un doute méthodique, non sceptique. Le sceptique doute de l’aptitude de la raison à trouver le vrai. Son doute est une conclusion : il suspend son jugement parce qu’il ne peut pas trouver de vérité, à toute thèse, il peut opposer une thèse contraire

Descartes tente de trouver une vérité pour en faire le fondement solide de l'édifice de la connaissance.

Il choisit d'assimiler le douteux au faux. Chaque fois que sur un point il découvre la plus mince raison de douter, il refuse provisoirement de tenir pour vraie l’affirmation en cause. Douter, c’est suspendre son jugement. La suspension du jugement est un acte de volonté.

………………………….

''[Sujet de Dissertation : Peut-on venir à bout des préjugés ? (Bac ES 2007) La démarche de Descartes est justement l’exemple d’une telle entreprise : on peut « tester « ses connaissances, pour éliminer toutes celles qui manquent de solidité, parce qu’on les a acquises sur la foi d’autrui, par habitude etc.….]

Etapes :

- La connaissance sensible du monde extérieur est mise en doute

- Le corps également (argument du membre fantôme).

- La réalité du monde extérieur (argument du rêve)

- Les vérités mathématiques : ( argument du malin génie).

Une affirmation semble résister à tous les doutes susceptibles d'être formulés : « Qu’il me trompe autant qu’il le voudra ce Malin génie, il ne peut faire que je ne sois pas, aussi longtemps que je pense » .

"Je suis, j'existe aussi longtemps que je pense"

La connaissance de mon corps n’est pas la connaissance la plus claire et la plus vraie, la plus indubitable. L'obscurité est du côté du corps qui sera l'objet d’une connaissance indirecte

Par contre, je me connais moi même sans référence au corps, comme "chose qui pense", c’est à dire substance spirituelle (puisqu’à ce moment là, j’ai mis le corps en doute). Il faut résister à nos habitudes intellectuelles. Nous pensons en général que les corps parce qu'ils sont donnés à nos sens sont plus faciles à connaître.

Contenu de cette connaissance de soi. Explicitation du '"Je pense"

Descartes propose une vision dualiste de l’homme : je me connais d’abord comme substance spirituelle, sans référence au corps ( puisqu'il a été mis entre parenthèses dans le cheminement du doute méthodique,) je vis uni à un corps qui lui, est substance étendue.

Toute pensée est consciente, la pensée est transparente de part en part, ou peut le devenir.

"Par le nom de pensée, je comprends tout ce qui est tellement en nous que nous l'apercevons immédiatement par nous mêmes et en avons une connaissance intérieure ; ainsi toutes les opérations de la volonté, de l’entendement, de l'imagination et des sens sont des pensées”. Descartes

« Qu’est- ce qu’une chose qui pense ? C’est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent. » Je me découvre comme entendement (capacité de concevoir des idées) volonté (je veux, je ne veux pas). J'expérimente ma volonté dans le doute. J'ai un pouvoir absolu d'affirmer et de nier, de suspendre toute affirmation J'ai un libre arbitre : je peux faire une chose, ou ne pas la faire, et ce faisant, je ne sens point qu'aucune force extérieure ne me contraigne. Je sens et Imagine, ce qui renvoie au corps dont l’existence devra être démontrée. Dans le Cogito, Descartes affirme la liberté de l'homme, qui est au principe de sa responsabilité morale ainsi que de sa responsabilité face à l'erreur.

Cette analyse de l’affirmation « Je suis une chose qui pense » met en évidence l’originalité de la place de l’homme dans la nature.

Se connaître, c’est trouver sa place dans la nature et par rapport à Dieu.

"Toute notre dignité consiste dans la pensée"(Pascal)

La nature est bien connue dans le cadre du mécanisme issu de la physique de Galilée. La nature est régie par les lois de l'étendue géométrique et par les lois physiques du mouvement Elle obéit au principe de déterminisme. L'animal appartient lui aussi à ce monde de matière et de mouvement. Il peut être connu, comme tout vivant sur le modèle de la machine. (Automate)

Dans ce monde du mécanisme, se distingue le sujet comme substance spirituelle. Il n'y a plus qu'une seule sorte d'âme dans la nature, l'âme humaine, seul point de spiritualité.

La liberté du sujet est source d’une action non déterminée, elle est problématique dans le monde du mécanisme Elle s'éprouve et ne se prouve pas, dit Descartes Peut on faire de l'homme" un empire dans un empire " ? (L’expression est de Spinoza) Pourquoi le sujet comme substance spirituelle serait-il le seul à échapper aux lois qui régissent l'ensemble de la nature ?



L'ère du soupçon : ne doit -on pas faire une place à la méconnaissance de soi ?

Toute pensée dit Descartes est pensée consciente. Ne se peut-il pas que cette conscience soit altérée et que la conscience soit plus ou moins mystifiée ? La conscience n’est-elle pas beaucoup plus superficielle que ne l’entend Descartes ?

L’ère du soupçon : Quand je dis » moi » , mes actions, mes pensées doivent elles être rapportées au sujet « Je ». N’y- a-t-il pas des causes qui déterminent mon action et me font agir ? Mes actions n’ont-elles pas un enracinement profond et involontaire ?

Je constate en moi la présence d’affirmations, d’exigences dont j’ignore l’engendrement. J’ai des idées ou des pensées dont j’ignore peut être la vraie cause.

N’y - a- t-il pas en moi une part d’obscurité en moi ? Être inconscient, c’est se méconnaître soi même.

L’homme ne se fait-il pas des illusions sur lui-même, illusions qui ne sont pas aisément levées ?

Trois penseurs du soupçon : Nietzsche, Marx et Freud, à des titres différents, remettent en cause la belle clarté de la pensée cartésienne



Le moi n’est pas maître dans sa propre maison: hypothèse freudienne de l’inconscient psychique

Les voies qui mènent à l’introduction d’un inconscient psychique

La démarche freudienne s'appuie toujours sur sa pratique médicale et vise à en rendre compte. Elle s'inscrit dans un contexte historique qui voyait de grands médecins s'intéresser à l'hystérie, (Breuer en Autriche, Charcot en France) et essayer de la traiter en ayant recours à hypnose

Etudes sur l’hystérie: Anna O; Le cas Élisabeth.

Actes manqués

Rêves.

Freud donne à son hypothèse le statut d'une hypothèse scientifique. (Métapsychologie.)

L'hypothèse est nécessaire‑ Ma conscience est lacunaire ‑ L'hypothèse donne sens et cohérence à des phénomènes qui n'en auraient pas autrement. (Rêves, actes manqués, phénomènes compulsionnels)

L'hypothèse est légitime: on l'emploie à bon droit, puisqu'elle reçoit un équivalent de la vérification expérimentale, la guérison dans la cure psychanalytique.

Description par Freud d'un psychisme scindé.

Freud est pragmatique, il adapte sa description du psychisme aux résultats de ses investigations. Retenons deux topiques successives:

Cs/Pré‑Cs/ Incs et Ça, Moi, Surmoi.

Par la première topique, Freud souligne surtout qu'une petite partie de la vie psychique est consciente. Il s’oppose totalement en cela à Descartes. Les contenus inconscients sont essentiellement des contenus refoulés. La notion même de refoulement renvoie à un conflit de forces. Il faudra se demander ce qu'on refoule et pourquoi. Le pré‑conscient correspond à des contenus écartés de la conscience par l'attention par exemple, mais qui peuvent être rappelés volontairement. (Mes souvenirs de vacances quand je fais des mathématiques).

La deuxième topique explique peut être mieux ce conflit.

Le ça est par nature un chaos pulsionnel. Les pulsions sont des forces qui créent en l'organisme des états de tension. La suppression de ces états de tension est plaisir. Ces pulsions sont par exemple les pulsions libidinales (tournées exclusivement vers la recherche du plaisir) ou bien les pulsions agressives. Ces pulsions ignorent la réalité, conçue comme l’ensemble des exigences de l'auto‑conservation (survie) et de la vie en société.

Le Surmoi correspond à l'intériorisation au cours de l'éducation des interdits culturels. Le Moi se différencie du Ça au cours de l'éducation en tenant compte des exigences du Surmoi et des exigences de la réalité. « Le moi, écrit Freud, a trois maîtres sévères. » Sa tâche est de tenir en bride le ça conformément aux exigences de la réalité. Il peut aussi modifier le monde extérieur pour le rendre conforme aux désirs du ça, mais il doit tenir compte de l’intériorisation des interdits.

L’être humain doit tenter de parvenir à la maîtrise de soi. « L’esprit de décision qui permet de choisir quand il convient de dominer les passions et de s’incliner devant la réalité, ou bien quand il convient de prendre le parti des passions et de se dresser contre le monde extérieur, cet esprit de décision est tout l’art de vivre. » Ma vie et la psychanalyse.

Educations et destins de pulsions:

"L'homme est un loup pour l'homme "(Freud pense que l'étude des rêves ainsi que l'expérience historique le fondent à poser l'existence en l'homme de pulsions a‑sociales et même franchement hostiles à la société. Il n'y a pas pour lui de sociabilité naturelle La sociabilité est toute entière construite au cours du processus de l'éducation. La culture transforme la nature de l'homme en imposant aux pulsions un devenir compatible avec la vie en société. (Être normal, c’est adopter un comportement social moyen.)

NB: Toute considération sur la nature de l'homme doit être prise avec prudence. Ne jamais oublier que l'homme se rencontre toujours en société. L'homme naturel n’est pas observable, il n'est pas donné dans l'expérience. On ne peut que spéculer sur lui, l'atteindre de manière indirecte. (Ce que fait Freud par le biais du rêve)

Nous sommes nature; mais nous avons aussi une histoire qui est celle du devenir de nos pulsions au cours de l'éducation. Il nous faut devenir "normal", c'est à dire acquérir un comportement qui ne s'écarte pas de façon significative de la moyenne des comportements sociaux. Le névrosé est pour Freud celui qui ne parvient pas à accomplir ce processus d'évolution vers la normalité. Cette évolution vers la norme suppose un devenir des pulsions. La réalisation est très peu possible.

Les pulsions et leurs représentants sont essentiellement refoulées dans l'inconscient où elles ne meurent pas. Elles continuent parfois à exiger satisfaction dans le rêve ou le symptôme névrotique.

Elles peuvent être sublimées et ceci est un destin de pulsion favorable, parce que 1'individu réalise ses pulsions en transformant leur objet d'une manière compatible avec les exigences de la société. (Art, science, compétition) Le “fou", le génie, l'homme normal sont pensés par Freud en termes de devenir et d'histoire.

Freud parle d'un Malaise "dans la civilisation. Il se demande si l'individu ne devient pas névrosé sous l'influence de la civilisation même, parce qu'elle exige de lui trop de renoncements à son bonheur (conçu par Freud comme satisfaction pulsionnelle). Freud conclut toujours cependant en faveur de la civilisation et de ses apports. Il se demande si l'on peut substituer au mécanisme du refoulement basé sur la peur et le sentiment de culpabilité, l'appel à la raison, le renoncement aux pulsions basé sur la compréhension des nécessités de la vie en commun. Freud doute cependant. "Ne devra t‑ on pas conclure que l'homme est une créature d'intelligence faible dominé par ses instincts ? " écrit ‑il

Avant toute critique de la thèse de Freud, il faut noter son influence dans notre culture. La psychanalyse a changé le regard sur l'enfance en soulignant l'importance de cette période dans la formation de la personnalité. *Elle a tenté de montrer que l'homme était plus devenir et histoire que nature.

Elle a crée un discours sur la sexualité qui n'existait pas en Occident (sauf dans les pénitentiels, dit Michel Foucault)

Voir texte: Le Moi a trois maîtres sévères.

Critiques adressées à la thèse de Freud:

On peut adresser à Freud des critiques morales:

La psychanalyse se voit reprocher d'atténuer la responsabilité morale du sujet. Si la cause de mes actions est une pulsion refoulée " Je suis agi", mais on ne peut me tenir pour responsable de mes actes. Si j'agis, sans connaître le sens réel de mes actions, je n'en suis pas vraiment l'auteur.

Alain par exemple mène une telle critique, en se plaçant dans une perspective cartésienne.

Critique d'Alain: Eléments de Philosophie' :

"L'homme est obscur à lui-même; cela est à savoir. Seulement il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d'inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l'inconscient est un autre Moi; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu'il n'y a point de pensées en nous sinon par l'unique sujet, Je3, cette remarque est d'ordre moral. Il ne faut point se dire qu'en rêvant on se met à penser. II faut savoir que la pensée volontaire: « Tu l'as bien voulu ! » On dissoudrait ces fantômes en se disant simplement que tout ce qui n'est point pensée est mécanisme, ou encore mieux, que ce qui n'est point pensée est corps, c'est-à-dire chose soumise à ma volonté; chose dont je réponds. Tel est le principe du scrupule. [...] L'inconscient est donc une manière de donner dignité à son propre corps; de le traiter comme un semblable; comme un esclave reçu en héritage et dont il faut s'arranger. L'inconscient est une méprise sur le Moi, c'est une idolâtrie du corps. On a peur de son inconscient; là se trouve logée la faute capitale. Un autre Moi me conduit qui me connaît et que je connais mal. L'hérédité est un fantôme du même genre. « Voilà mon père qui se réveille; voilà celui qui me conduit. Je suis par lui possédé. » [...]

En somme, il n'y a pas d'inconvénient à employer couramment le terme d'inconscient; c'est un abrégé du mécanisme. Mais, si on le grossit, alors commence l'erreur; et, bien pis, c'est une faute. "

En complément voir: Éléments de Philosophie d'Alain

Il n’y a point de pensée en nous sinon par l’unique sujet « Je ». Alain réaffirme que la pensée est consciente de part en part, il n’y a pas de zone obscure et incontrôlable à l’intérieur de notre vie psychique: le doute, la suspension du jugement peuvent toujours nous permettre de nous ré-approprier les contenus de notre vie psychique. Se définir comme substance spirituelle signifie être entendement et volonté ou libre arbitre, ce que réaffirme Alain. « La pensée est volontaire ».

Que devient l’idée d’inconscient ? Si la conscience est claire de part en part, ce que l’homme connait mal en lui, c’est la machine, le corps. On peut dire qu’il y a un inconscient organique. Mais Alain affirme qu’on doit pouvoir contrôler les manifestations de ce corps. Le corps est « choses dont je réponds » Traduisons: si des instincts se manifestent en moi, je suis peut être incapable d’empêcher leur manifestation, mais je puis ne pas y consentir et là est ma responsabilité. Si je réponds à une agression par la colère, la colère me fait lever la main, mais je puis me retenir de frapper (Descartes)

Alain refuse donc le droit à l’homme d’invoquer le corps et les instincts pour dire qu’il n’est pas responsable de ces actes. Il ne faut pas « donner de la dignité à son propre corps » en disant que notre volonté ne peut rien contre la machine.

L'existentialisme avec Sartre, se place lui aussi dans cette perspective.

L’homme est l’être par qui le néant vient au monde. L’objet s’épuise dans son être. L’animal, le chien, le chat ne peut être autre chose que ce qu’il est. EN SOI

L’homme a le pouvoir de se tenir à distance de lui même. Il s’interroge sur lui même, sur le sens de sa vie Il interroge le monde et peut l’anéantir: le doute cartésien.

Une conscience peut faire abstraction de ce qui est, cette possibilité, c’est la caractéristique du POUR SOI. « Descartes, après les stoïciens lui a donné un nom: c’est la liberté » (L’Etre et le Néant .P.59)

La liberté, c’est la différence entre l’En Soi et le Pour Soi.

La liberté, c’est le fait de ne jamais coïncider vraiment avec soi même, d’être toujours autre que ce qu’on est. (je ne suis plus l’enfant que j’étais, …)

L’exemple du coupe-papier dans L’existentialisme est un humanisme. Le coupe papier a été conçu par un artisan pour accoplir un certain but. Il ne peut pas être autre que ce qu'il est. Dire "l’existence précède l‘essence. ", c'est dire que l'homme n'a pas de nature, mais se choisit dans l'existence. « La liberté de l’homme précède l’essence de l’homme et la rend possible, l’essence de l’être humain est en suspend dans sa liberté. Ce que nous appelons liberté est donc impossible à distinguer de l’être de la réalité humaine. « L’Etre et le néant » P.40

Sartre retrouve la tradition cartésienne, mais sans la référence à Dieu.

« Si l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais l’expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée; autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté. » L'existentialisme est un humanisme.

Attention, ma liberté ne consiste pas à modifier les conditions matérielles de mes actes Si je choisis de jeter une pierre, elle obéit au principe de déterminisme.

Ma liberté se rapporte à mes actes et en aucun cas aux conditions dans lesquelles ils s’effectuent.

Les conditions de ma liberté ne diminuent pas la liberté.

« Il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition….. Les situations historiques varient, l’homme peut naître esclave dans une société païenne, ou seigneur féodal, ou prolétaire. Ce qui ne varie pas c’est la nécessité pour lui d’être au monde, d’y être au travail, d’y être au milieu d’autres et d’y être mortel. » L'existentialisme est un humanisme P. 67 - 68.

L’homme est jeté au monde dans une situation: sa liberté se vit à partir d’une situation.

Une situation: l’occupation allemande.

La liberté c’est le choix permanent qui oblige chacun, à chaque instant, à propos de chaque obstacle à se faire être. Du point de vue de la conscience, la réalité humaine s’affirme comme liberté absolue.

L’existentialisme est un prolongement moderne du cartésianisme, mais Sartre refuse de faire de la conscience une substance.

« La conscience n’a pas de « dedans », elle n’est rien que le dehors d’elle même, et c’est cette fuite absolue, ce refus d’être substance qui la constitue comme conscience »

« Cette nécessité pour la conscience d’exister comme conscience d’autre chose que soi, Husserl la nomme intentionnalité. » Sartre Situations I P. 32 Gallimard Du point de vue de la conscience, la réalité humaine s’affirme comme liberté absolue, Ma conscience est intentionnalité:

Je me tourne vers le monde en lui donnant sens. Je ne peux ignorer le sens que je donne à une situation, puisque c'est moi qui le constitue. Sartre fait ainsi l'analyse de l'émotion: La conscience se fait émue.

L'émotion est une conduite magique: en m'évanouissant, face à une situation je l'anéantis magiquement. Dans l’émotion, c’est le corps, qui dirigé par la conscience change ses qualités.

Je comprends toujours plus ou moins obscurément ma réalité d’homme. Je comprends le sens de mes conduites. Tout fait humain est significatif. On peut étudier la signification de l’émotion.

Sartre n'explique pas l'émotion par le désordre physiologique. La conduite émotionnelle est un système organisé qui vise une fin, c’est un système qui est appelé pour masquer, remplacer une conduite qu’on ne veut pas tenir. On ne peut comprendre l’émotion que si on y cherche une signification .Esquisse d'une théorie des émotions.

La psychanalyse cherche aussi dans l’émotion une signification: tout état de conscience vaut pour autre chose que lui même: le vol maladroit, c’est un processus d’auto-punition.

L’évanouissement près d’un buisson de laurier: le refus de revivre un souvenir pénible lié à un buisson de laurier. Mais Freud dit que la conscience est lacunaire et qu'elle ignore le sens réel de certains des actes du sujet.Pour Sartre, le sens de ma conduite est présent à ma conscience. je peux tout au plus me le cacher à moi même en choisissant la duplicité: la conscience se fait de mauvaise foi.

Sartre refuse de dire que je peux agir en ignorant le sens de mes actes, et il refuse d'admettre que l'on puisse avoir à se connaître soi même par l'intermédiaire d'autrui.

Dans l'Etre et le Néant , il critique l'analyse freudienne du vol pathologique. Pour Freud cela pourrait être un processus d'auto-punition lié au complexe d'Oedipe. L'auteur de l'acte n'en est pas vraiment responsable, puisqu'il ignore lui même ce qui le fait agit. Pour Sartre, celui qui commet un vol à l'étalage, sait toujours quel sens il a choisi de donner à son acte.

La mauvaise foi, c'est seulement un mensonge que l'on se fait à soi même pour se démettre de sa responsabilité. Il s'agit de duplicité de la conscience.

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On peut critiquer la scientificité de son hypothèse :

Freud dans la Métapsychologie soutient que son hypothèse est nécessaire parce qu'elle a un pouvoir explicatif: elle donne sens à ce qui n'a pas sens autrement. C'est ce qu'on attend d'une hypothèse dans les sciences de la nature.

Il soutient qu'il donne un équivalent de la vérification expérimentale, puisque, à la lumière de son hypothèse il guérit des malades: son hypothèse a donc prise sur la réalité.

Une autre hypothèse n’est-elle pas aussi explicative: l’hypothèse des désordres organiques (biochimie du cerveau) peut aussi expliquer l’autisme par exemple.

La cure psychanalytique a t-elle jamais vraiment guéri ?

Le débat existe encore actuellement en France.


La conscience mystifiée dans l'idéologie: l'analyse du matérialisme historique.

Analyse d'un extrait de l'Idéologie allemande (1845-46) Marx et Engels.

Freud décrit une méconnaissance de soi qui a des racines psychologiques. Marx situe son analyse sur le plan social.

La conscience des hommes est modelée par leurs conditions matérielles d'existence, mais ils l'ignorent et croient à l'indépendance de leurs idées.

Les hommes croient que leurs idées (morales, politiques, religieuses) constituent une sphère autonome qui évolue par critique, dialogue, qui a une histoire et qui peut déboucher sur une action qui change la société. Le marxisme est un matérialisme, il veut dénoncer les illusions de la conscience et montrer que les idées des hommes sont relatives à une pratique matérielle, (économique et sociale), qu'elles varient dans l'histoire en fonction de cette pratique, et qu'elles n'ont pas d'autonomie réelle.

Marx est à l'initiative du matérialisme historique.

Rappel: premier sens du matérialisme. C'est théorie qui affirme que dans l'univers tout est fait de matière et de vide. (atomisme antique)

Le matérialisme historique de Marx: c'est la thèse qui affirme que les idées des hommes sont conditionnées par leur vie matérielle. L'idéologie Allemande est un texte de jeunesse de Marx, texte très polémique. Marx y durcit ses idées.

La vie matérielle

La vie matérielle: c'est la vie des hommes considérés comme producteurs. Les hommes transforment la nature par le travail à l'aide de techniques qui évoluent dans le temps. La vie matérielle est caractérisée par les forces productives et les rapports de production. Les forces productives sont les techniques utilisées par les hommes à une époque donnée, les sources d'énergie Les rapports de production correspondent à la manière dont une société s'organise pour produire. (société féodale ou société esclavagiste) "La production des idées est le langage de la vie réelle" écrit Marx. L'homme n'est pas un être qui pense, mais un être qui produit. Sa vie réelle est sa vie de producteur, même s'il l'imagine autrement. Les idées qu'ont les hommes à une époque sont "l'émanation directe" de leur comportement matériel. Le lien de conditionnement est souligné de manière polémique. Pour comprendre les idées des hommes à une époque donnée, il faut analyser le contexte économique et social dans lequel elles sont produites.

La notion d'idéologie

La société est divisée en classes sociales dont les intérêts sont contradictoires. ("L'histoire est l'histoire de la lutte des classes affirme Marx)

A une époque donnée, la classe dominante est la classe qui possède les moyens de production les plus performants (terre sous la féodalité, les usines au 19ème siècle).

La classe dominante est la mieux placée pour dominer intellectuellement, pour faire circuler ses idées. Elle diffuse les idées qui servent sa domination et la perpétuent. Les sociétés sont déchirées par des conflits de classe; elles pourraient être en guerre civile perpétuelle. Or, ce n'est pas le cas. Pourquoi? La classe dominante présente les idées qui servent ses intérêts comme des idées universelles, auxquelles tous peuvent se rallier, elle réussit à présenter une vision harmonieuse de la société.

Les idées jouent le rôle de masque. Elles servent à camoufler les conflits et à faire accepter par tous la situation.

Qu'est ce qu'une idéologie ?

Une idéologie est un système de représentation qui n'a pas de fonction scientifique, mais qui a une fonction pratique, qui sert à masquer les conflits existant au sein d'une société. Les idées d'une époque ne sont pas vraies, mais utiles;

Exemple: La société féodale se donne une représentation harmonieuse d'elle même: le prêtre prie, le guerrier assure la défense, le paysan travaille.Marx pense quant à lui que deux groupes d'oisifs vivent au détriment du travail du paysan. L'image d'une totalité solidaire cache une réalité conflictuelle.

Exemple 2: La révolution française se fait au nom de la liberté pour tous les hommes. Au nom de la liberté, on abolit les corporations (Loi Le Chapelier). Marx considère que c'est en fait une loi bourgeoise, qui va dans le sens des intérêts d'une classe,sous couvert d'universalité. La corporation protégeait d'une certaine façon les travailleurs. La Loi Le Chapelier met sur le marché des "travailleurs libres" soumis seulement aux lois de l'offre et de la demande. La liberté n'a pas le même sens pour celui qui vend sur le marché sa force de travail et pour celui qui possède l'outil de production et achète la force de travail. Au nom d'une idée universelle on établit un droit qui défend les intérêts d'une classe sociale qui parce qu'elle est dynamique économiquement, veut conquérir également le pouvoir politique.

Le monde renversé dans l'idéologie

La conscience des hommes est mystifiée dans l'idéologie. Ils ne comprennent pas lien que leur pensée entretient avec leur pratique. "Les hommes marchaient sur la tête" écrit Marx. Il pense qu'il les fait remarcher sur les pieds en renversant le conditionnement et en montrant que la vie matérielle conditionne les idées. Marx utilise une métaphore, celle du renversement des objets dans la chambre noire d'un appareil photographique. Les hommes croient à l'autonomie de la sphère des idées, et ils pensent que des idées pensent changer la réalité de la vie matérielle.

Marx considère toutefois que cette illusion était nécessaire, il ne pouvait en être autrement. Elle était aussi nécessaire que le renversement des images dans une chambre noire qui découle des lois de la physique. La lutte des classes l'imposait, le fait aussi sans doute que les producteurs d'idées soient eux mêmes coupés de la pratique.

La prise de conscience de la mystification idéologique.

Comment Marx est-il capable de prendre conscience de la mystification et de la dénoncer? Les conditions de la vie matérielle l'expliquent.

Au 19ème siècle des faits nouveaux interviennent dans la vie matérielle qui expliquent cette possibilité: durcissement de la lutte des classes qui la rend difficile à masquer, constitution par le capitalisme d'une classe ouvrière qui trouve peu à peu les conditions d'une prise de conscience. Marx critique les socialistes de son époque, en les nommant "socialistes utopiques" (Saint Simon, Fourier). Ils rêvent de cités idéales et penses que répandre des idées suffira à changer la société. Marx fait une lecture de l'histoire. Il faut que le capitalisme se développe, que les rapports sociaux changent et se durcissent pour que les conditions historiques de la chute du capitalisme soient réunies. On ne change pas le monde avec des idées.